La pauvreté en Haïti et la pauvreté non monétaire

La pauvreté en Haïti et la pauvreté non monétaire

La microfinance un mouvement planétaire – Section 2 :

1.4. La pauvreté en Haïti

Selon l’INSEE, la pauvreté monétaire c’est la situation d’une personne (ou d’un ménage) dont le niveau de vie se trouve inférieur au seuil de pauvreté du pays dans lequel il se trouve et l’empêche de vivre une vie normale et de participer aux activités économiques, sociales et culturelles courantes. Donc ici elle dépend du niveau de vie de l’ensemble de la population.

En se basant sur les nouvelles données de la consommation de 2012, le gouvernement haïtien a défini pour la première fois un seuil de pauvreté national qui devient dorénavant la nouvelle référence pour mesurer, suivre et analyser la pauvreté dans le pays. Ces taux sont de 82,2 HTG/jour/habitant (2,42 $ PPA de 2005) pour la pauvreté modérée et 41,7 HTG/jour/habitant (1,23 $ PPA de 2005) pour la pauvreté extrême.

Selon ces mêmes critères la pauvreté en Haïti est estimée avec un taux national de 58,7 % et un taux de pauvreté extrême de 23.9 % en 2012.

Un million de personnes vivent juste au-dessus du seuil de pauvreté et pourraient être poussées au- dessous à la suite d’un choc quelconque; ce qu’implique que près de 70 % de la population sont soit pauvres soit vulnérables à la pauvreté. Seulement 2 % de la population possèdent un niveau de consommation qui excède les 10 dollars par jour; ce qui représente le seuil de revenu de la région Latino-Américaine pour définir la classe moyenne.

Les ménages qui vivent en dessous du seuil de pauvreté et qui n’ont pas accès aux services de base sont considérés comme chroniquement pauvres. Ils font face à plus de défis pour sortir de la pauvreté par rapport aux pauvres transitoires qui, eux, manquent de ressources monétaires mais peuvent avoir accès aux services de base.

Près de la moitié de la population en Haïti sont chroniquement pauvres, ce qui suggère que leurs chances de sortir de la pauvreté et d’améliorer leurs conditions de vie sont fortement limitées. Près de 70 % des ménages ruraux sont considérés comme des pauvres chroniques, par rapport à 20 % dans les zones urbaines : ceci souligne encore une fois, la difficulté des ménages à sortir de la pauvreté dans les zones rurales d’Haïti.

D’une part, seulement 14 % des ménages sont transitoirement pauvres à l’échelle nationale, en ce sens qu’ils manquent de ressources monétaires, mais ont accès aux services de base; de ce fait, ils sont plus susceptibles d’être en mesure de passer au-dessus du seuil de pauvreté.

D’autre part, 12 % des ménages vivent au-dessus du seuil de pauvreté modérée, mais n’ont pas d’accès aux services de base, ce qui suggère qu’ils n’ont pas les moyens d’améliorer leur bien être de façon durable et risquent de retomber dans la pauvreté.

Non seulement la pauvreté est de plus en plus répandue en milieu rural, mais elle y est également plus ancrée. L’écart de pauvreté est de 35.5% dans les zones rurales, alors qu’il est de 12.3% dans les zones urbaines. Autrement dit, le budget des pauvres en milieu rural devrait augmenter en moyenne de 39 HTG par habitant et par jour pour sortir de la pauvreté, tandis que 25 HTG suffiraient en milieu urbain pour en sortir.

Les départements les plus touchés par la pauvreté sont ceux qui sont les plus isolés et les plus éloignés de la capitale. Ils sont géographiquement concentrés dans le Nord (Nord-Est à 79.3%, et Nord-Ouest à 81.8%) et le Sud (Grand’Anse à 79.6%). Dans ces départements la pauvreté est aussi la plus profonde et la plus intense du pays. La même tendance caractérise l’extrême pauvreté (annexe A).

Le Nord-Est et le Nord-Ouest affichent les taux les plus élevés d’incidence de la pauvreté. Ces deux départements et celui de la Grand’Anse ont deux caractéristiques en commun : l’éloignement de la capitale et l’isolement en raison de la mauvaise qualité des infrastructures de transport, qui les rend pratiquement inaccessibles en saisons pluvieuses.

Les départements où sont situées les trois plus grandes villes enregistrent également les taux de pauvreté les plus bas: L’Ouest, ou se trouve la capitale Port- au-Prince, a un taux de 39.1%; l’Artibonite, qui a pour chef-lieu les Gonaïves, la troisième plus grande ville d’Haïti et un centre d’affaires dynamique qui représente 70% de la production nationale de riz, a un taux de 60.5%; et un taux de 68.8% pour le Nord, qui abrite Cap-Haïtien, la deuxième plus grande ville et le deuxième port commercial et touristique du pays.17

Mais dans le combat de la lutte contre la pauvreté, selon un rapport de la PNUD une baisse des taux de pauvreté monétaire et multidimensionnelle est observée depuis 2000. L’extrême pauvreté a baissé de 31 à 24% entre 2000 et 2012 (graphe 4), et des progrès ont été accomplis en termes d’accès à l’éducation et à l’assainissement, bien qu’en général l’accès aux services de base reste limité et caractérisé par d’importantes inégalités.

Graphe 4 : Evolution de la pauvreté en Haïti (2000-2012)
La pauvreté en Haïti - Evolution de la pauvreté en Haïti (2000-2012)
Sources : ECVMAS 2012 et seuils de pauvreté officiels; Calculs BM/ONPES

On note que la situation de pauvreté dans les zones urbaines est relativement meilleure du fait des opportunités d’emploi non agricoles, des transferts privés, un meilleur accès aux biens et services essentiels, ainsi qu’en raison de la diminution des inégalités, contrairement aux zones rurales. Selon un bilan de la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA), sur chaque 100 Haïtiens n‘arrivant pas à combler leurs besoins alimentaires, 77 se retrouvent en milieu rural (CNSA, p. 22, 2006).

C‘est à peu près le même constat pour Egset et Sletten pour qui il y a incontestablement plus de pauvres en milieu rural en Haïti, et que parmi les pauvres d‘Haïti, ceux du milieu rural ont un revenu encore plus faible que le revenu des pauvres en Aire Métropolitaine (Egset et Sletten, p. 13, 2003).

1.4.1. La pauvreté non monétaire

La pauvreté non monétaire fait référence aux besoins élémentaires pour mener un train de vie tolérable et que certaines personnes ont des difficultés à satisfaire, tels que l’accès à l’eau potable, à un logement décent, à un centre de santé etc.

En Haïti, 70 % de la population sont considérées comme étant multi-dimensionnellement pauvres, puisqu’ils elles ont accès à moins de trois des dimensions de base essentielles (éducation, assainissement amélioré, eau potable, énergie, logement non-précaire et sécurité alimentaire)18.

Le niveau de bien-être non monétaire a également progressé depuis 2001 en Haïti aussi bien dans les zones urbaines que rurales (tableau 6). Les acquis les plus importants ont été enregistrés dans le secteur de l’éducation, où le taux de scolarisation des enfants d’âge scolaire est passé de 78 à 90%.

La qualité de l’éducation demeure néanmoins source de préoccupations : pour un ensemble de raisons dont le démarrage tardif de la scolarité, le décrochage scolaire et le redoublement, seul un tiers des enfants âgés de 14 ans se trouve dans la classe correspondant à son âge.

La qualité de l’accès à l’assainissement reste faible: en 2012, 31% de la population totale seulement avait accès à un assainissement amélioré19, contre 16% dans les zones rurales.14 Le niveau d’accès à des sources améliorées d’eau potable est assez similaire en milieu urbain et rural avec un taux de 55 et 52% respectivement.

Cependant, la majorité de la population urbaine restante (36%) achète l’eau potable directement auprès de vendeurs, tandis que le reste (9%) utilise des sources non améliorées d’eau potable.

En revanche, la majorité de la population rurale restante (44%) n’a pas cette possibilité et utilise des sources non améliorées d’eau (eau de rivière ou de puits non protégés) avec une forte probabilité de contamination.

L’accès à l’énergie (électricité, énergie solaire, ou générateurs) n’a augmenté que légèrement et ce grâce aux progrès dans les zones urbaines, alors qu’en zones rurales il stagne à 11%.

Tableau 6. L’accès aux services de base en % (2001-2012)

IndicateursEchelle

nationale

UrbainRural
200120122001201220012012
Enfants en âge scolaire inscrits à l’école789084937487
Accès à l’eau du robinet (dans la maison)711131835
Eau traitée (achetée)20364
Accès à l’énergie20323662631111
Taux d’aisance en plein air21633344117653
Accès à un assainissement amélioré314816
Habitat, matériaux de construction non dangereux486071813341

Sources : ECVH 2001; ECVMAS 2012; Calculs BM/ONPES Remarque : — = non disponible.

Malgré l’amélioration de l’accès aux services de base, les pauvres restent confrontés à de grands obstacles pour y accéder. En 2012, 87% des enfants de 6 à 14 ans issus de ménages pauvres étaient inscrits à l’école, contre 96% des enfants de ménages non pauvres.

La pauvreté est un obstacle important à la scolarisation et à l’utilisation des services de santé.

« Le coût » est le principal motif invoqué pour ne pas scolariser les enfants ou ne pas consulter un médecin en cas de maladie22. Ces obstacles à l’investissement dans le capital humain sont plus élevés dans les zones rurales, où la pauvreté est plus étendue en raison de l’accès limité aux services de base.

1.5. Autres indicateurs

On aurait tendance, vu de loin, à croire qu’il n’y a que des pauvres en Haïti. Quelle erreur ! D’un côté il y a une bourgeoisie qui vit dans le luxe et de l’autre des bidonvilles d’une misère record.

Au cours de la même période, l’inégalité des revenus a stagné : le coefficient de Gini est à 0,61 depuis 2001, celle le plus élevé dans la région.

Les 20% les plus riches détiennent plus de 64% des revenus total du pays, alors que les 20% les plus pauvres en détiennent à peine 1%. Ces niveaux d’inégalité monétaire font d’Haïti un des pays les plus inégalitaires d’Amérique latine et du monde (graphe 5).

Inégalité des revenus en Haïti et en l’Amérique Latine
Graphe 5 : Inégalité des revenus en Haïti et en l’Amérique Latine (coefficient de gini23)

Pour le Transparency International, le pays maintient sa 163ème place sur 177 pays dans le classement suivant l’indice de perception à la corruption en 2013.

La corruption est considérée comme un symptôme de dysfonctionnement de l’appareil public, via des pots-de-vin, l’extorsion des fonds publics, et le népotisme selon Atalas (1968). C’est le genre de situation où les citoyens perdent confiance dans la capacité de l’Etat à gérer l’économie dans leurs intérêts.

La situation socio-économique haïtienne

De plus, l’Indice de Développement Humain (IDH) un indicateur qui intègre des facteurs tant sociaux (espérance de vie, niveau de formation) qu’économique (revenu national brut per capita), en 2013 Haïti est classée 168ème sur 187 pays et figure dans le lot de ceux qui ont un IDH faible.

Cet indicateur a tendance à être plus élevé dans les pays riches que dans les pays pauvres.

_______________________
17 voir «Haiti-USAID Best Analysis» March 2013, Office of Food for Peace, U.S. Agency for International Development, Washington, DC, http://www.usaidbest.org/docs/haitiReport.pdf.
18Les pauvres chroniques vivent en dessous du seuil de pauvreté et n’ont pas d’accès aux services de base: éducation (alphabétisation, tous les enfants d’âge scolaire à l’école); santé (indice de sécurité alimentaire); eau (accès à une source améliorée d’eau potable, y compris l’eau traitée); assainissement (accès à un assainissement amélioré); énergie (accès à une source d’énergie durable); habitat (accès aux logements non précaires). Pour être considérés multi-dimensionnellement pauvres, les ménages doivent être démunis dans au moins trois des six dimensions. (Voir Lopez Calva, 2013).
19 L’amélioration de l’assainissement comprend les toilettes à chasse d’eau ainsi que les latrines améliorées. Selon l’OMS et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, les latrines améliorées sont celles qui isolent de façon hygiénique les excreta humains de tout contact humain.
20 Il comprend l’électricité, l’énergie solaire, et les générateurs
21 Le taux d’aisance en plein air mesure la proportion de personnes privées d’accès à tous sanitaires (améliorés et non améliorés). Il correspond au taux de défécation en plein air utilisé par les Nations Unies et il s’agit d’un des objectifs du millénaire (OMD), au coeur des discussions de l’agenda post-2015.. Il est passé de 63 à 33 % à l’échelle nationale entre 2000 et 2012, ce qui est en phase avec les progrès réalisés dans les zones urbaines et rurales.
22 Selon l’Enquête démographique et de santé 2012 (EDS), 7 femmes sur 10 âgées de 15 à 49 ans ne sollicitent pas d’aide médicale faute d’argent, tandis que 43 % ne le font pas faute de moyen de transport.
23 Un indice qui mesure le degré d’inégalité dans la distribution des revenus dans un pays. Il varie dans l’intervalle 0 et 100. Une valeur de 0 correspond à l’égalité totale, et plus un pays se rapproche de l’autre extrême, plus d’inégalité il y a dans la distribution des revenus ou de la richesse. Un indice supérieur à 0,5 est considéré élevé.
24 Le classement « Doing Business » créé en 2002 par le groupe de la banque mondiale classe 189 pays par rapport à leur facilité à faire des affaires.Les pays sont classés en fonction de la facilité d’y faire des affaires, de 1 à 189, la première place indiquant le plus haut niveau de facilité.


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