Le discours de Macron : les procèdes rhétoriques

3. Les procédés rhétoriques

3.1. Les Figures de style

Une figure de style est un procédé particulier de l’utilisation du langage, qui sert à créer un effet sur le destinataire. Elle peut avoir une fonction esthétique, c’est-à-dire qu’elle se rapporte au beau, ou bien une fonction argumentative, comme l’explique Chaïm Perelman, (considéré comme le fondateur de la « nouvelle rhétorique ») dans son ouvrage « l’Empire rhétorique » : « Une figure est argumentative si son emploi, entraînant un changement de perspective, paraît normal par rapport à la nouvelle situation ainsi suggérée. Par contre, si le discours n’entraîne pas l’adhésion de l’auditeur, la figure sera perçue comme ornement, comme figure de style, restant inefficace comme moyen de persuasion. » (1977 :30).

Dans le but d’organiser notre travail d’analyse, nous avons classé par catégorie les différentes figures de style relevées du corpus, pour ensuite les définir et démontrer leurs fonctions dans le discours en faisant référence au contexte d’énonciation.

3.1.1. Les figures d’analogie :

En rhétorique, une analogie est une comparaison, une correspondance, un rapport de ressemblance entre deux choses, deux personnes, deux situations ou deux notions différentes qui possèdent des points communs d’ordre physique, intellectuel, moral, etc.

Considérons le tableau suivant :

Tableau illustratif des figures d’analogie :

La métaphore-« C’est aussi la moralisation de notre vie politique, indispensable, que dès les premières semaines nous conduirons. Pourquoi ? Parce qu’elle nourrit ce manque de moralité, ces affaires, parce qu’ils nourrissent le doute, cette lèpre qui a gagné notre vie démocratique. »

-« La France est un peuple, un, c’est un peuple qui se tient et ce sera ma responsabilité avec vous toutes et tous de mener ces changements profonds pour réconcilier notre peuple

-« Nous tombons dans une société où on a l’impression que tout se vaut- les fausses informations comme les vraies – que toutes les paroles se valent, qu’il n’y a plus de hiérarchie et que, ce faisant, tous les projets sont dilués les uns avec les autres »

-« Donc oui pour réconcilier ces Frances qui se regardent en chien de faïence »

-« Et donc oui, les artisans à mes côtés seront les hussards de la république du xx1e siècle. Nos enseignants, les enseignants-chercheurs, les savants, les journalistes rigoureux qui doivent parfois ne pas céder à la fascination de l’instant et toujours veiller à la rigueur de la preuve »

-« Garder cette responsabilité Chevillé au corps »

-« Une démocratie, ce n’est pas un grand magma »

-« Jamais nous ne devons céder aux sirènes de la peur et de la haine »

-« Le défi démocratique, sécuritaire n’a jamais été aussi brulant, nous devons face à tout cela faire un choix d’avenir »

La personnification-Une France plus âgée qui douterait de son destin

-Une société qui construirait sa réussite dans l’injustice

-Ces affaires nourrissent le doute

-Le visage de la production

-« Ce grand acte de confiance et ce grand acte d’avenir dont parlait JAURÈS, il passera aussi par la culture. Celle qui émancipe, celle qui doit irriguer tous nos territoires, qui a irrigué cette ville magnifique non loin de la Cathédrale Sainte Cécile, qui a irrigué toute la région »

Le tableau ci-dessus recense les différentes figures d’analogie présentes dans notre corpus. Nous avons relevé deux catégories : la métaphore et la personnification.

Afin de pouvoir interpréter ces procédés stylistiques et de dégager leurs fonctions dans le discours, nous prendrons deux à trois exemples de chaque catégorie pour les comparer et souligner d’éventuelles distinctions dans le but de comprendre l’intention de l’énonciateur.

En se référant au contexte d’énonciation, nous pouvons avancer ce qui suit :

** La métaphore :

Selon l’ouvrage « Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage » J. Dubois définit la métaphore comme suit : « l’emploi de tout terme auquel on en substitue un autre qui lui est assimilé après la suppression des mots introduisant la comparaison » (1994 : 317)

Prenons en compte les exemples suivants :

a- « C’est aussi la moralisation de notre vie politique, indispensable, que dès les premières semaines nous conduirons. Pourquoi ? Parce qu’elle nourrit ce manque de moralité, ces affaires, parce qu’ils nourrissent le doute, cette lèpre qui a gagné notre vie démocratique ».

Nous remarquons dans cet énoncé l’absence du comparé, nous retrouvons uniquement le comparant qui est « cette lèpre », donc c’est une métaphore in absentia.

Afin de comprendre qui est comparé dans cet exemple et quel est le point commun entre le comparé et le comparant, nous devons nous référer à certains éléments du contexte.

D’abord le terme « Lèpre » désigne une maladie infectieuse chronique due à une bactérie. On comprend par-là que le point commun entre les deux pôles de la comparaison est le fait qu’ils soient tous les deux nuisibles et amers comme une maladie infectieuse.

Dans son discours, l’énonciateur dit qu’il est indispensable de moraliser la vie politique, parce qu’elle nourrit un manque de moralité et qu’elle nourrit le doute, ensuite il reprend avec le terme « cette lèpre », qui fait référence à « la vie politique » citée au début de l’énoncé. Donc nous pouvons déduire implicitement que Macron veut comparer la vie politique en France à une maladie infectieuse.

b- « Et donc, oui, pour réconcilier ces Frances qui se regardent en chiens de faïence »

Dans cet exemple, nous soulignons la présence du comparé qui est « ces Frances » et le comparant « chiens de faïence ». Donc c’est une métaphore in praesentia.

L’expression « Se regarder en chiens de faïence » qui date de la fin du XVIIe siècle, représente des chiens en céramique, posés régulièrement l’un en face de l’autre et qui se regardent fixement31. Cela signifie une situation tendue entre deux personnes qui se regardent avec hostilité et méfiance. Donc le point en commun entre le comparé et le comparant est cette animosité.

En comparant « ces Frances » à « des chiens de Faïence », Macron veut montrer que le pays est divisé en deux, qu’il y a deux Frances adverses qu’il faut réconcilier.

c- « Ce grand acte d’audace que nous devons reforger, c’est celui de l’école, c’est celui de l’enseignement supérieur et de la recherche, c’est celui qui défendra partout le savoir, l’éducation par la transmission, l’émancipation par le savoir, la liberté de chacun parce qu’il acquiert la connaissance de quelque chose. Et donc oui, les artisans à mes côtés seront les hussards de la république du xx1e siècle. Nos enseignants, les enseignants-chercheurs, les savants, les journalistes rigoureux qui doivent parfois ne pas céder à la fascination de l’instant et toujours veiller à la rigueur de la preuve ».

Dans l’énoncé ci-dessus, l’orateur compare « les artisans » à « des hussards de la république » qui représentent des soldats de la cavalerie légère. Généralement un soldat est caractérisé par sa bravoure et son dévouement pour le pays, qui représentent des qualités partagées entre le comparé et le comparant.

Par le terme « Artisans », Macron parle des enseignants, des enseignants-chercheurs, des savants et des journalistes rigoureux dont le métier est considéré comme un travail artisanal. C’est-à-dire qu’il ne se limite pas seulement à transmettre un savoir, il peut également avoir des influences culturelles et affectives sur l’être humain. Il les compare à des hussards, car il estime que par leur savoir, leur savoir-faire et leur bravoure, ils mèneront à bien ce combat.

Nous pouvons attribuer deux fonctions aux métaphores employées dans le discours. D’abord une fonction esthétique, qui donne libre cours à l’imagination du destinataire en faisant plusieurs interprétations du sens caché. Mais aussi une fonction argumentative. En effet quand un orateur veut persuader son auditoire, le fait de présenter simplement ses arguments n’est pas suffisant, donc il utilise des métaphores pour accentuer et amplifier les idées fortes de son argumentation. En faisant une analogie d’éléments ou d’idées en rapport à la vie de tous les jours, à des généralités ou bien à ce qui pourrait toucher le public de près ou de loin rend l’adhésion plus facile et plus accessible.

** La personnification :

Dans son ouvrage « Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage », Dubois définit la personnification comme suit : « une figure de rhétorique qui consiste à faire d’un être inanimé ou d’un être abstrait, purement idéal, une personne réelle, douée de sentiment et de vie » (1994 : 369)

Observons les exemples ci-dessous :

a- « Une France plus âgée qui douterait de son destin »

L’énonciateur personnifie la France en lui attribuant le sentiment du doute pour dire que cette France ne progresse pas parce qu’il n’y a pas assez de réformes et de projets.

b- « Ce grand acte de confiance et ce grand acte d’avenir dont parlait JAURÈS, il passera aussi par la culture. Celle qui émancipe, celle qui doit irriguer tous nos territoires, qui a irrigué cette ville magnifique non loin de la Cathédrale Sainte Cécile, qui a irrigué toute la région »

Dans cet énoncé, l’énonciateur attribue des caractéristiques humaines à la notion de « culture ». Lorsqu’il dit « celle qui émancipe», il veut dire celle qui rend libre, comme quoi la culture est une source de liberté et une ouverture à de grandes réformes.

Le verbe Irriguer représente une opération qui consiste à apporter de l’eau à des végétaux pour augmenter leur production. Ce faisant le sens figuré de cette expression est que la culture est celle qui doit rendre vie à nos territoires, et c’est celle qui a embellit cette ville magnifique et toute la région. Par cette personnification, Macron veut faire apparaitre la culture sous un bel aspect.

Comme la métaphore, la personnification revêt une double fonction. Son aspect esthétique la rend fantastique. En effet quand un énonciateur veut faire parler ou faire agir un objet ou un concept donné il rend l’idée irréaliste voire surnaturelle. En outre, la personnification permet de concrétiser des idées abstraites, les familiariser ce qui les rend claires et explicites pour l’auditoire que l’on veut persuader.

3.1.2. Les figures d’insistance :

Ce sont des figures qui insistent sur le message, qui le rendent plus évident pour montrer l’argumentation32.

Observons le tableau suivant :

Tableau récapitulatif des figures d’insistance

Anaphore-« C’est un projet réactionnaire, autoritaire, anti-européen, nationaliste c’est un projet dangereux pour notre pays et c’est un projet comme nous l’avons compris, hier soir, qui ne porte rien »

-« Cette confiance démocratique, c’est celle que vous représentez, celle que nous portons, celle du renouvellement que nous mènerons jusqu’à son terme »

-« Je ne veux pas d’une société qui construirait sa réussite dans l’injustice, dans la fracture des territoires, dans la fracture sociale. Pourquoi ? Parce que ces sociétés explosent, parce que dans ces sociétés-là, les classes moyennes

implosent, parce que ces sociétés – nous l’avons vu en Grande-Bretagne -, elles décident aussi, à ce moment-là de sortir du cours du monde »

-« Je sais toutes les différences qu’il y a dans le pays, les divisions, les fractures et les colères et je sais qu’il y en a parmi vous »

-« J’assume très clairement de ne pas choisir entre l’entreprise et le salarié,

de ne pas choisir entre l’efficacité économique et le progrès social »

-« Notre pays a besoin de réformes, de changements en profondeur qui n’ont pas étés conduits, parce qu’ils n’ont pas étés assumés parce qu’ils ont à chaque fois été capturés par les jeux internes des partis, par le tâtonnement entre les conservateurs et les progressistes de chaque camp, par les hésitations, par les incohérences »

-Nous aurons à faire acte de confiance, à mener et à reconstruire, celui indispensable qui refondera le socle de notre pays, celui indispensable sans lequel rien n’est possible

-« Nous devons conduire clairement, résolument les transformations que nous portons depuis le début pour l’école, pour le travail, pour la vie économique parce qu’il en va de l’efficacité collective, il en va de notre capacité à produire, à créer de la richesse, à transformer la société, à recréer de la mobilité »

-Parce qu’ce moment-là les profits qu’ils font ne sont plus des profits durables parce qu’à ce moment-là ce qu’ils choisissent c’est aussi leur propre perte »

-Il n’y aura pas d’efficacité économique durable s’il n’y a pas de justice véritable, s’il n’y a pas des équilibres, s’il n’y a pas une place pour chacun »

-« Parce que ces sociétés explosent, parce que dans ces société les classes moyennes implosent parce que ces société nous l’avons vu en Grande- Bretagne »

-« Parce qu’alors oui on banalise les extrêmes parce qu’alors oui quand toutes les paroles se valent »

-« Ne jamais accepter qu’un Français ou une Française puisse être menacé

parce qu’il croit, puisse être pointé du doigt parce qu’il croit »

-« Alors on peut bafouer l’histoire, on peut bafouer les traces de l’histoire, on peut bafouer les vérités scientifiques, on peut bafouer les vérités établies »

Epiphore-« Nous recomposerons jusqu’au bout, nous renouvellerons jusqu’au bout,

nous tiendrons la promesse jusqu’au bout »

Anadiplose-« Nous mènerons ce combat, ce combat de deuxième tour »

-« C’est ce projet d’avenir, c’est ce projet d’avenir que nous portons »

-« Que la jeunesse soit aux franges, aux franges de la réussite économique »

-« Alors, oui les mots, les mots de JAURES aux lycéens d’Albi en 1903.résonnent d’une manière terrible, à la fois par leur optimisme et le défi qui est le nôtre ».

Enumération-« Bonjour Albi, bonjour l’Occitanie ! Bonjour à mes amis de Rodez, de Perpignan, de Montpelier, du Lot, des Hautes-Pyrénées, de Luchon, de Carmaux, de Toulouse et de tant d’autres lieux que je n’ai pas cités ! »

-« Vous avez montré qu’il était possible qu’une force citoyenne nouvelle émerge, mène un projet, porte un combat et soit présente au second tour de l’élection présidentielle. »

-« Nous devons produire, créer, transformer, recréer »

-« Les entrepreneurs, chefs d’entreprise, agriculteurs »

-« Nos enseignants, enseignants-chercheurs, savants »

-« Le rapport à la langue, œuvres littéraires, peinture, architecture »

-« Nous moraliserons la vie politique pour la clarifier, la rendre plus transparente, interdire les conflits d’intérêts.

Accumulation-« Il y a une colère, un mécontentement, des fractures profondes qu’il nous faut savoir entendre »

-« L’action concrète qui rendra la France Plus forte, plus solidaire, plus cohérente »

-« Les transformations que nous portons depuis le début pour l’école, le travail, la vie économique »

-« Le conseil économique, social, environnemental »

-« Le savoir, l’éducation, et la culture »

Le pléonasme-« L’écrasante majorité des élus de notre pays est honnête, probe »

-« Lorsque le travail des enseignants est préservé, maintenu »

La gradation-« Les extrême continueront à monter, à gravir les échelons parce qu’ils se nourrissent d’une chose, de cette inefficacité, de nos échecs et des doutes qui en procèdent »

-« Une société démocratique se tient lorsque le rapport à la vérité se maintient »

Le tableau ci-dessus liste les différentes figures d’insistance qu’on a relevées du corpus.

Nous constatons que l’énonciateur a employé 7 types de figures d’insistance dont nous allons faire l’analyse suivante :

L’anaphore :

Selon l’ouvrage « Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage », Dubois définit l’Anaphore comme suit : « La répétition d’un mot (ou d’un groupe de mots) au début d’énoncés successifs, ce procédé visant à emphatiser le terme ainsi répété » (1994 : 33)

Les effets de l’Anaphore sont multiples, car cela dépend de l’intention du locuteur :

a- « Cette confiance démocratique, c’est celle que vous représentez, celle que nous portons, celle du renouvellement que nous mènerons jusqu’à son terme »

Le pronom démonstratif celle qui est répété trois fois dans cet exemple, réfère à un élément qui le précède dans l’énoncé qui est « cette confiance démocratique ».

Le but de répéter volontairement ce pronom par l’énonciateur est de maximiser cette idée mais aussi de l’expliquer et de l’ancrer dans l’esprit du destinataire. Notons que la répétition est un facteur puissant de la mémorisation des idées33, qui représente une stratégie efficace dans un discours argumentatif.

b- « Je ne veux pas d’une société qui construirait sa réussite dans l’injustice, dans la fracture des territoires, dans la fracture sociale. Pourquoi ? Parce que ces sociétés explosent, parce que dans ces sociétés-là, les classes moyennes implosent, parce que ces sociétés – nous l’avons vu en Grande-Bretagne -, elles décident aussi, à ce moment-là de sortir du cours du monde ».

La locution conjonctive « parce que » qui est répétée dans cet énoncé exprime la cause. L’orateur choisi de faire sa répétition pour insister sur les raisons de sa position, car il ne veut pas que la société française construise sa réussite dans l’injustice et la fracture sociale et territoriale.

Afin de crédibiliser et d’appuyer son argumentation, Macron dénonce avec insistance l’état accablant de certaines sociétés qui se sont construites de cette manière, et qui veulent par la suite sortir du cours du monde, à l’instar du « Brexit » qui désigne la sortie du royaume uni de l’union européenne34.

c- « Notre pays a besoin de réformes, de changements en profondeur qui n’ont pas été conduits, parce qu’ils n’ont pas étés assumés parce qu’ils ont à chaque fois été capturés par les jeux internes des partis, par le tâtonnement entre les conservateurs et les progressistes de chaque camp, par les hésitations, par les incohérences ».

L’énonciateur emploie la voie passive en insistant sur la préposition « par » qu’il reprend en début de propositions. Son but est de pointer du doigt les responsables des changements qui n’ont pas été conduits et des réformes bloquées dans le pays, qui selon lui est causé par le clivage entre les conservateurs et les progressistes et les jeux internes des autres partis.

Nous constatons que Macron a employé énormément d’anaphores dans son discours. Effectivement cette figure de style est très utilisée ces dernières années dans les discours politiques. A ce propos elle permet aux politiciens d’imprimer facilement une formule dans l’esprit du public et de structurer le discours35.

L’epiphore

Nous pouvons définir l’épiphore comme suit : « Placer le même mot ou groupe à la fin de deux ou plusieurs membres de phrase ou phrases» (Gradus, 1980 : 194).

Prenons l’exemple suivant :

a- « Nous recomposerons jusqu’au bout, nous renouvellerons jusqu’au bout, nous tiendrons la promesse jusqu’au bout »

L’émetteur répète la locution adverbiale « jusqu’au bout » à la fin de chaque proposition pour insister sur le fait qu’il mènera ses actions jusqu’à la fin, qu’il ne lâchera rien et donc appuyer son argumentation. Toutefois, cette figure de style a pour habitude une fonction esthétique qui consiste à créer un effet rythmique au discours.

L’anadiplose

Une anadiplose est la reprise du dernier mot d’une phrase (d’un vers ou d’une proposition) au début de la phrase qui suit.

Citons les exemples suivants :

a- « Un projet progressiste qui vise à redonner de la force à la République, qui vise à redonner par l’école, par le travail, une capacité à chacune et chacun de reprendre sa place, de construire un parcours, qui construit une société plus efficace et plus juste et qui veut une France conquérante dans une Europe plus forte. C’est ce projet d’avenir, c’est ce projet d’avenir que nous portons !

L’émetteur répète l’expression « c’est ce projet d’avenir » dans la dernière phrase de cet énoncé en marquant une pause entre les deux expressions pour attirer l’attention de l’auditoire précisément sur cette idée.

Cette expression de « projet d’avenir » dont Macron fait souvent référence dans son discours, représente les actions et les réformes qu’il envisage d’appliquer une fois élu. Ce qui rend cette idée plus captivante.

b- « Alors, depuis maintenant un peu plus de dix jours, nous menons ce combat, ce combat de deuxième tour, qui oppose les deux projets, face à face »

Dans cet exemple, l’orateur répète l’expression « ce combat » deux fois dans cette phrase en marquant une pause entre les deux expressions pour introduire la suite du développement de son idée.

Le combat dont parle Macron dans cet énoncé, représente l’étape finale des élections présidentielles, qui l’oppose face au parti du front national. Ce qui fait que chacun des deux partis doit se montrer très convainquant pour obtenir le plus de voix possibles et enfin être élu président de la république.

Le but de Macron de faire la répétition de ces expressions est d’insister sur des points particulièrement importants que les auditeurs doivent retenir de son discours. Bien que les anadiploses employées servent d’outils pour développer l’argumentation. Cela dit elles permettent aussi de scander certains passages du discours, qui le rende agréable à l’écoute.

L’énumération

Une énumération est une figure de style qui consiste énumérer qui crée un effet de liste et d’accumulations. Plusieurs termes sont alors juxtaposés, simplement séparés d’une virgule36.

Prenons les exemples ci-dessous :

a- « Bonjour Albi, bonjour l’Occitanie ! Bonjour à mes amis de Rodez, de Perpignan, de Montpellier, du Lot, des Hautes-Pyrénées, de Luchon, de Carmaux, de Toulouse et de tant d’autres lieux que je n’ai pas cités ! »

Par cet énoncé, Macron débute son discours en citant différents noms de lieu. Albi, qui représente le lieu du discours, est une commune française et chef-lieu du département de Tarn en Occitanie, qui est une région administrative dont Toulouse et Montpellier sont les deux pôles. Quant à Rodez, Perpignan, Lot, et les Hautes-Pyrénées ce sont les départements de ce territoire et Luchon et Carmaux ses communes.

Macron fait l’énumération de ces différents lieux avec un enchainement logique. Il commence par saluer les habitants de la ville où il a tenu son discours, ensuite il salue la région toute entière et enfin il énumère quelques villes voisines pour faire paraitre son discours bien structuré.

b- « Vous avez montré qu’il était possible qu’une force citoyenne nouvelle émerge, mène un projet, porte un combat et soit présente au second tour de l’élection présidentielle. »

Dans cet exemple, l’énonciateur passe en revue différentes étapes en utilisant des verbes au subjonctif de façon ordonnée, qui représente le processus du programme électoral de son parti politique.

Effectivement, Macron entame sa campagne électorale en touchant le plus de monde possible afin de collecter un grand nombre de voix. Il mène par la suite son projet par un programme électoral avec des propositions et des objectifs, qu’il défendra face aux autres candidats, ce qui représente un réel combat. Pour enfin être capable de remporter le premier tour et passer au second.

En utilisant l’énumération dans son discours, Macron donne l’impression que ce qu’il dit est très important. Mais aussi il donne un aspect rigoureux et pertinent à son argumentation et ordonne son discours.

L’accumulation

L’accumulation est très proche de l’énumération. En effet c’est un procédé par lequel on aligne, on accumule un grand nombre de termes pour multiplier les informations dans le but d’insister sur une idée, lui donner plus de force, la rendre plus saillante, plus frappante37.

Prenons les exemples suivants :

a- « Il y a aussi, dans notre pays, un choix fort, clair, un choix d’espoir, d’avenir, qui nous a placés en tête du premier tour ; et aussi une colère, un mécontentement, des fractures profondes, qu’il nous faut savoir entendre ».

Dans cet énoncé, l’émetteur énumère des éléments sans ordre apparents, qui sont de la même catégorie grammaticale. Cette accumulation de mots rend l’idée exprimée plus frappante.

Macron cite des faits présents dans la société française de manière successive et amplifiée en créant une impression de chaos dans le but de dénoncer les zones d’ombres présentes dans le pays.

b- « Savoir que produire aujourd’hui, faire aujourd’hui, ça ne peut pas être comme faire hier. C’est accepter cette transformation, cette responsabilité, c’est faire que produire, c’est aussi donner une place aux salariés, c’est dégager des profits, c’est aussi avoir une responsabilité sociale et environnementale parce que nous vivons dans cette société. Parce que nos enfants y grandiront. »

Dans l’exemple ci-dessus, l’orateur accumule plusieurs mots de la même catégorie grammaticale qui sont des verbes, autrement dit des actions, qui représentent les nouvelles réformes qu’il veut appliquer à l’avenir.

Nous pensons que le but de Macron d’utiliser des accumulations dans son discours en citant plusieurs points importants est de montrer qu’il se sent concerné par les problèmes qui peuvent toucher le peuple français et ainsi leur garantir des changements.

Le pléonasme

Selon l’ouvrage « Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage » J. Dubois définit un pléonasme comme suit : « Une suite de mots est pléonastique dès que les éléments d’expression sont plus nombreux que ne l’exige l’expression d’un contenu déterminé » (1994 : 380).

Comme l’affirment les exemples suivants :

a- « L’écrasante majorité des élus de notre pays est honnête, probe »

b- « Lorsque le travail des enseignants est préservé, maintenu »

Dans les exemples ci-dessus, l’orateur emploie un pléonasme avec deux adjectifs synonymes dans chacun des deux énoncés. Cette répétition ne représente pas une maladresse de sa part, il s’agit plutôt d’une technique pour présenter une idée de façon variée et ainsi la clarifier. Mais encore elle sert à donner un effet énergétique à cette idée.

Nous supposons que par souci de concision, Macron a peu utilisé les pléonasmes dans son discours par crainte que cette répétition de mots ne soit considérée comme une erreur grammaticale.

La gradation

Selon l’ouvrage « Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage » J. Dubois définit la gradation comme suit : « une figure de rhétorique qui consiste à présenter une suite d’idées ou de sentiments dans un ordre tel que ce qui suit dise toujours un peu plus (gradation ascendante) ou un peu moins (gradation descendante) que ce qui précède » (1994 : 237)

Prenons l’exemple illustratif de ce fait :

a- Une société démocratique se tient lorsque le rapport à la vérité se maintient »

L’énonciateur passe d’un terme plus faible « se tenir » à celui de plus fort « se maintenir Donc c’est une gradation ascendante.

Par cette figure, Macron explique au peuple français que le rapport à la vérité est très important dans une société démocratique, donc il va falloir le renforcer pour le maintenir.

3.1.3. Les figures d’opposition :

Lorsqu’on retrouve une opposition de termes dans la même phrase d’un discours, on comprend que l’orateur veut certainement transmettre un message au destinataire.

Pour décoder le message en question, observons le tableau représentatif de ce fait :

Tableau illustrant les figures d’opposition

L’antithèse-« Notre pays a besoin de réformes, de changements en profondeur qui n’ont pas été conduits, parce qu’ils n’ont pas été assumés parce qu’ils ont à chaque fois été capturés par les jeux internes des partis, par le tâtonnement entre les conservateurs et les progressistes de chaque camp, par les hésitations, par les incohérences »

-« Il y a un manque de confiance profond qui est là, une défiance dès qu’on parle de réforme »

-« Je refuse cette idée qu’il y aurait deux France, une France des villes et une France des champs, une France de la réussite et une

France qui échoue, une France de la jeunesse triomphante et une France plus âgée qui douterait de son destin »

-Je ne veux pas d’une société qui construirait sa réussite dans l’injustice, dans la fracture des territoires, dans la fracture sociale. Pourquoi ? Parce que ces sociétés explosent, parce que dans ces sociétés-là, les classes moyennes implosent.

-Nous tombons dans une société ou on a l’impression que tout se vaut- les fausses informations comme les vraies

-« Ce projet écologique qui est en même temps un projet numérique, c’est celui de l’organisation complète d’une société. Celui qui fait que nous devons passer dans les prochaines années à une logique de coopération et non plus simplement à une logique de compétition »

-« Je crois à cette alliance de l’efficacité de court terme et de cette responsabilité de long terme »

Les résultats obtenus révèlent un nombre important d’antithèse dans le discours. Afin de comprendre l’intention de l’énonciateur à travers cette figure de style, nous avancerons ce qui suit :

L’antithèse

Selon le Dictionnaire « Linguistique et des sciences du langage », J. Dubois définit l’antithèse comme suit : « un mode d’expression consistant à opposer dans le même énoncé deux mots, ou groupes de mots, de sens opposé » (1994 : 37)

Comme le montre les exemples suivants :

a- « Notre pays a besoin de réformes, de changements en profondeur qui n’ont pas étés conduits, parce qu’ils n’ont pas été assumés parce qu’ils ont à chaque fois été capturés par les jeux internes des partis, par le tâtonnement entre les conservateurs et les progressistes de chaque camp, par les hésitations, par les incohérences »

L’orateur met en relief deux termes opposés « conservateurs » et « progressistes » dans la même phrase, pour créer un effet de contraste et mettre en lumière cette antonymie.

Par cette opposition d’idéologies, Macron scinde les partis politiques en deux groupes, d’un côté il y a les conservateurs qui prônent les valeurs traditionnelles et refusent des changements politiques ou sociales. De l’autre côté on retrouve les progressistes, dont Macron fait partie, qui eux aspirent aux changements et au progrès social par de nouvelles réformes et s’opposent au conservatisme. Cette antithèse dans le discours souligne le clivage entre ces deux partis38.

b- « Je refuse cette idée qu’il y aurait deux Frances, une France des villes et une France des champs, une France de la réussite et une France qui échoue, une France de la jeunesse triomphante et une France plus âgée qui douterait de son destin »

L’émetteur emploie différents antonymes dans cet exemple dans le but de :

  • – Opposer les villes aux champs, l’une fait référence au milieu urbain et l’autre à la campagne, pour parler des fractures sociales et territoriales dans le pays.
  • – Mettre en opposition la réussite à l’échec, pour parler des classes sociales dans la société française.
  • – Opposer le terme âgé à celui de jeunesse pour ainsi parler des jeunes progressiste et des anciens conservateurs.

En définitive, Macron emploie des antithèses dans son discours pour souligner des conflits qui existent dans le pays et dire que la France est divisée en deux parties. En effet, il fait une description qui glorifie l’une et dévalorise l’autre et ainsi montrer la dualité qui existe entre elles. Mais encore il veut faire comprendre à son public qu’il aura à choisir entre cette France triomphante ou bien cette France décadente.

3.1.4. Les figures de substitution

Les résultats obtenus, révèlent que l’énonciateur n’a utilisé qu’une seule figure de substitution dans son discours, qui est celle de la métonymie.

La métonymie

Selon l’ouvrage « Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage », J. Dubois définit la métonymie comme suit « un simple transfert de dénomination. Le mot est réservé toutefois pour désigner le phénomène linguistique par lequel une notion est désignée par un terme autre que celui qu’il faudrait, les deux notions étant liées par une relation de cause à effet » (1994 : 308).

Observons l’exemple ci-dessous :

a- « Bonjour Albi, bonjour l’Occitanie »

Dans ce passage du discours, l’énonciateur remplace les habitants par les noms de ville et de région. En effet il adresse un « bonjour » aux habitants d’Albi et à ceux d’Occitanie et non pas aux territoires eux-mêmes. Cependant les habitants et les villes n’ont pas le mêmes sens mais ils sont liés par un rapport logique de contenant à contenu.

En un mot, Macron cherche à raccourcir ses idées et à créer des sous-entendus pour donner à réfléchir son public et rendre son discours court et stylé.

3.2. L’apostrophe oratoire

En rhétorique, « l’apostrophe » désigne le fait qu’un orateur interrompre son discours pour interpeller un être, un objet ou un concept donné.

C. Détrie explique dans son ouvrage intitulé « De la non-personne à la personne » que :

« L’apostrophe est une entité structurante de toute situation langagière de coénonciation. Elle a pour fonction, au-delà de l’inscription de l’allocutaire dans son discours, de mettre en spectacle la co-énonciation elle-même, d’ancrer discursivement la relation interpersonnelle, et donc de lui donner forme. (2006: 110)

Lors de son discours, Macron interpelle des personnes, qui ne sont pas présentes dans le public. En tenant compte du contexte d’énonciation nous pouvons avancer ce qui suit :

a- « La culture qui émancipe, celle qui doit irriguer tous nos territoires, qui a irrigué cette ville magnifique non loin de la Cathédrale Sainte Cécile, qui a irrigué toute la région- et que dire de tant et tant de villes, de Figeac et tant d’autres, qui se sont transformées, cher Martin par la culture, portées par ces projets ? Parce que la culture c’est ce qui émancipe ».

Le nom « Martin » dans cet énoncé, réfère à Martin Malvy, qui est l’ancien maire de la ville de Figeac en Occitanie. Il est également président de Sites et cités remarquables de France39.

Macron l’interpelle dans son discours pour saluer ses bonnes actions et inciter son public à prendre exemple sur lui. Parce qu’il a contribué à transformer sa ville par la culture comme l’indique les propos de l’énonciateur dans son discours.

b- « Je crois à cette alliance de l’économie classique, de l’agriculture, du numérique et du projet écologique, je crois à cette alliance des territoires cher Jacques, qui fait que oui, notre ruralité aura une place dans ce projet d’avenir »

L’interpellation « Jacques » dans cet exemple, fait référence à l’ancien président français jacques Chirac. Macron évoque l’alliance des territoires qui faisait aussi partie des projets de Chirac qui, à l’époque de sa présidence disait dans son discours sur le développement des territoires ruraux : « La France rurale est un creuset où peuvent se renouer les liens sociaux et se développer de nouvelles dynamiques économiques. » (2002)40. Ce faisant, Macron incite le peuple français à poursuivre les projets de Chirac ou bien à attirer ses admirateurs.

c- « Nous devons avoir cet esprit de conquête que tant de villes ont sur prendre, Cher Philippe, comme Montpellier qui se transforme et comme tant d’autres »

Dans cet exemple, le nom « Philippe » désigne Philippe Saurel, qui est le maire de la ville de Montpellier et qui et aussi membre de l’équipe de campagne de Macron, qui s’est inspirer des méthodes de ce dernier. Comme l’esprit de conquête qu’il a conduit depuis qu’il a été élu maire et a apporté beaucoup de progrès à la ville de Montpellier.

Lors de son discours, Macron s’adresse à des personnes qui lui sont proches, qui partagent les mêmes idées et les mêmes projets que lui. Il les interpelle pour les inclure indirectement dans le discours, car ils servent d’exemple dans le projet d’avenir qu’il veut mener. Il s’agit d’une stratégie électorale pour inciter l’auditoire à le suivre dans ses projets.

L’orateur emploie la formule de politesse « Cher » pour rendre son discours éloquent, car au-delà de sa fonction argumentative, l’apostrophe oratoire apporte un effet d’élégance à l’élocution.

Les procédés persuasifs et rhétoriques que nous avons identifiés dans le corpus, nous renseignent sur les techniques argumentatives de Macron dans son discours. Concernant les outils persuasifs, ils nous fournissent des informations sur le locuteur, son raisonnement, ses sentiments ainsi que ses actions souhaitées sur l’auditoire. Pour ce qui est des procédés rhétoriques, ils représentent également des propriétés persuasives du discours, car la manière dont le discours est prononcé joue un rôle important dans sa visée communicative. Mais aussi cette rhétorique sert à structurer et embellir le discours et mettre en avant l’éloquence de l’homme politique.

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  • 31 « Se regarder en chiens de faïence », les expressions françaises décortiquées, In http://www.expressio.fr/expressions/se-regarder-en-chiens-de-faience.php
  • 32 Les figues d’insistance, In http://www.alloprof.qc.ca/BV/pages/f1355.aspx
  • 33 J-C. Michel, « La répétition », JeReretiens, 2018. In https://jeretiens.net/la-repetition/
  • 34 « Qu’est-ce que le Brexit », Question-réponse, 2019. In https://www.touteleurope.eu/actualite/qu-est-ce- que-le-brexit.html
  • 35 Scribay, « L’anaphore, la figure de style préférée de François Hollande et Nicolas Sarkozy », 2016, In https://www.scribay.com/blog/2016/07/14/anaphore-figure-de-style-preferee-de-hollande-sarkozy/
  • 36 « Enumération », In https://www.schoolmouv.fr/definitions/enumeration/definition
  • 37 Adrian, « Accumulation : définition simple et exemples/ Figures de style », La culture générale, 2017.. In https://www.laculturegenerale.com/accumulation-definition-exemples/
  • 38 Arnaud Zegierman et Serge Guerin, « Conservateurs ou progressistes : un débat à dépasser », Idées, 2018. In https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/conservateurs-ou-progressistes-un-debat-a-depasser-133705
  • 39 Jean-Noël Escudié, « Tourisme/culture- Le rapport Malvy veut relancer le tourisme autour du patrimoine », 2017. In https://www.banquedesterritoires.fr/
  • 40 Discours de M. Jacques CHIRAC à Ussel sur le développement des territoires ruraux (campagne électorale pour l’élection présidentielle), Ussel, 2002. In http://www.jacqueschirac-asso.fr/archives- elysee.fr/elysee/elysee.fr/francais/interventions/


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