L’anxiété préopératoire du petit-enfant - WikiMemoires

L’anxiété préopératoire du petit-enfant


3.4 L’anxiété préopératoire du petit-enfant

3.4.1 L’impact de l’anxiété préopératoire sur le petit-enfant

L’anxiété préopératoire est un concept désignant « une forme de malaise physique et psychologique dont les manifestations et l’intensité sont variables » (Amouroux, Rousseau- Salvador, et Annequin, 2009).

Dans le cas de l’anxiété préopératoire, l’apparition de cette sensation de malaise est consécutive à la possibilité d’une intervention chirurgicale. La nature de l’intervention, l’âge du jeune enfant ou encore ses expériences chirurgicales et anesthésiques préalables sont autant de facteurs pouvant causer, chez lui, différentes réactions en période préopératoire.

Cependant, l’intensité de l’anxiété a son importance. Effectivement, si cette dernière reste faible ou modérée, elle sera considérée comme une appréhension normale… mais si elle s’avère être importante, voire massive, elle peut alors représenter une réelle attaque de panique.

Chez le petit-enfant, la perte des repères et l’ambiance de l’hôpital, plus que les spécificités propres à l’intervention ou à l’anesthésie, peuvent être à l’origine, dans ce cas, d’un débordement de sa capacité d’adaptation, face à l’angoisse générée. Selon des études, reprises par Amouroux, Rousseau-Salvador, et Annequin (2009), la prévalence de l’anxiété préopératoire varie entre 40 % et 60 %, en pédiatrie. Or, il est aujourd’hui établi que cette dernière peut impacter significativement les suites médicales et psychologiques de l’intervention.

En effet, un niveau important d’anxiété préopératoire majore le ressenti de la douleur postopératoire, majore la consommation d’antalgiques, et multiplie également, par trois, le risque de développer des troubles comportementaux postopératoires (Amouroux, Rousseau-Salvador, et Annequin, 2009, Haute Autorité de Santé, 2005). Il faut savoir que les patients les plus à risque de manifester ce type d’anxiété sont les jeunes enfants, principalement âgés de moins de cinq ans. Aucune étude ne permet de dire si le sexe de l’enfant est un facteur influençant…

Cependant, certains facteurs psychologiques comme le tempérament de l’enfant (anxieux, timide, ou inhibé), ou sa tendance à recourir aux stratégies d’évitement (retrait, pensée magique pour faire face au stress) sont à prendre en compte, face à une éventuelle apparition de cette anxiété lors de l’hospitalisation (Amouroux, Rousseau- Salvador, et Annequin, 2009). Face à ce constat, l’évaluation de ce phénomène par le professionnel infirmier, comme l’évaluation faite pour la douleur, semble indispensable pour permettre la mise en place de réponses adaptées.

3.4.2 L’évaluation de l’anxiété préopératoire

Finalement, il n’est pas rare pour un soignant de se retrouver confronté au phénomène d’anxiété préopératoire. Pourtant, malgré la prévalence et les nombreuses conséquences qu’elle engendre sur les suites opératoires… En France, l’infirmier ne dispose d’aucun outil permettant d’en évaluer les manifestations cliniques auprès du petit-enfant. Or, sans moyen de mesure suffisamment objectif, il reste alors difficile de mettre en place des mesures de prévention réellement efficaces. Néanmoins, il existe une échelle fiable, adaptée au jeune- enfant, dont usent les Anglo-saxons.

Il s’agit là de l’échelle m-YPAS (modified Yale Preoperative Anxiety Scale) (cf. Annexe VIII). Celle-ci a été traduite mais pas encore validée en français. Pourtant, elle est une échelle hétéro-évaluative connue et utilisée pour évaluer l’anxiété préopératoire de l’enfant, avant l’intervention. Cette dernière regroupe ainsi vingt- deux items, classés selon cinq catégories (activité, comportement verbal, expression, éveil, et attitude avec les parents).

Un score obtenu strictement égal à vingt-quatre considère l’enfant comme anxieux (Centre National de Ressources de lutte contre la Douleur, 2008). Mais, alors, de quelles ressources disposent l’infirmier pour lutter contre ce phénomène ?

3.4.3 Les moyens de prévention et de gestion de l’anxiété préopératoire

Selon l’âge du petit-enfant et son niveau de développement, diverses stratégies peuvent être mises en place par les soignants pour diminuer voire éviter l’apparition de manifestations anxieuses.

3.4.3.1 L’approche pharmacologique

Effectivement, il est fréquent de prévenir ou même gérer l’anxiété préopératoire du petit- enfant à l’hôpital par l’administration de prémédications médicamenteuses. Ces dernières sont systématiquement données à l’enfant, une heure avant que celui-ci ne parte au bloc opératoire.

Le plus couramment, il s’agit de la molécule du midazolam, commercialisée sous l’appellation Hypnovel (Centre National de Ressources de lutte contre la Douleur, 2008). Celle-ci possède des propriétés anxiolytiques, myorelaxantes, sédatives, hypnotiques, amnésiantes ou encore anticonvulsives, qui permettent de réduire efficacement l’anxiété préopératoire de l’enfant (Amouroux, Rousseau-Salvador, et Annequin, 2009, Vidal, 2013). Toutefois, cette prémédication n’est pas sans poser d’inconvénients…

En effet, « chez l’enfant, elle augmenterait la durée d’hospitalisation, la fréquence des troubles comportementaux postopératoires et l’amnésie » (Amouroux, Rousseau-Salvador, et Annequin, 2009). C’est la raison pour laquelle, je m’intéresserai, plus particulièrement, aux approches psychologiques pouvant être mises place dans le cadre de la prise en charge de l’anxiété préopératoire du petit-enfant.

3.4.3.2 L’approche psychologique

Dans le cadre d’une approche psychologique, des moyens simples existent pour prévenir et limiter l’anxiété préopératoire de l’enfant. Cela semble évident pour un grand nombre de soignants, mais il s’agit, pour commencer, d’accueillir le petit-enfant et sa famille. Comme évoqué précédemment, durant cet accueil, l’infirmier a un rôle essentiel d’informateur, mais aussi d’accompagnant du soin, de l’hospitalisation.

Pour enrichir la qualité de sa prise en charge préopératoire auprès du petit-enfant, les informations dispensées par l’infirmier peuvent s’accompagner de démonstration sur des poupées, ou s’illustrer au moyen de livres explicatifs, adaptés à son âge et à l’intervention prévue.

Cela permet de respecter son rythme d’intégration, d’autoriser ainsi une éventuelle répétition, d’exprimer ses émotions mais aussi de rendre l’enfant actif et décisionnaire. Le jeu ou encore l’usage de la distraction ont un réel effet bénéfique sur le petit-enfant, mais nécessitent, bien évidemment, de la part du professionnel, dans sa relation à l’enfant, qu’il réussisse à capter son attention pour obtenir sa participation (Centre National de Ressources de lutte contre la Douleur, 2008, Pédiadol, 2014).

Par ailleurs d’autres approches, plus spécifiques, existent mais doivent être officialisées avant d’être appliquées. Les programmes de préparation psychologique, la musicothérapie, la « Clown-thérapie » ou encore l’hypnose, par exemple, donnent des résultats intéressants quant à l’anxiété préopératoire (Amouroux, Rousseau-Salvador, et Annequin, 2009, Centre National de Ressources de lutte contre la Douleur, 2008). Galy (2015,

p. 40) reprend notamment la définition de l’hypnose dans son article.

L’hypnose est une modification de la conscience ordinaire ou conscience critique et peut être un état de veille modifi
é. C’est un phénomène naturel, qui n’appartient pas au sommeil. On reconnait plusieurs situations de la conscience modifiée :

Les états spontanés naturels, être « ici et ailleurs » en regardant la télévision ou en conversant avec son voisin.

Les états spontanés induits par un évènement extérieur, souvent de type émotionnel : une mauvaise nouvelle ou de l’anxiété au moment d’une hospitalisation. On ne sait plus où l’on est, on ne comprend ni ne retient les explications que l’on donne

Enfin les états induits par un tiers, c’est l’hypnose, ou par soi-même, on parle d’autohypnose.

Pour recourir à l’hypnose, l’infirmier doit nécessairement suivre une formation dite continue, c’est-à-dire obtenir un diplôme universitaire d’hypnose thérapeutique. Cependant, ses avantages sont multiples quant à la diminution de l’anxiété préopératoire. Effectivement, à elle seule, l’hypnose présente davantage d’efficacité que le midazolam.

Elle permet ainsi d’éviter les effets secondaires liés à la molécule et, de diminuer les troubles comportementaux postopératoires de l’enfant (Centre National de Ressources de lutte contre la Douleur, 2008, Galy, 2015). Il est également intéressant de noter que l’hypnose permet de diminuer les drogues, nécessaires lors de l’endormissement, durant l’anesthésie, et ainsi la durée de l’hospitalisation de l’enfant… mais agit aussi directement sur la perception de la douleur postopératoire grâce à la diminution efficace de l’anxiété préopératoire.

Enfin, toujours selon Galy (2015, p.41) « l’utilisation des moyens d’entrer en hypnose pendant un soin procure, aussi bien chez le patient que chez le soignant, un état de relâchement qui s’associe à de la compétence, à la confiance mutuelle, et au lien thérapeutique ». Il est ainsi établi que ces outils, et en particulier l’hypnose, participent à la qualité du soin et ont un réel impact sur l’anxiété préopératoire (Centre National de Ressources de lutte contre la Douleur, 2008).


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