Le détenu, victime de ses codétenus

7 April 2013 | Droit Privé

Le détenu, victime de ses codétenus – Deuxième paragraphe :

Dans un établissement pénitentiaire, un rapport de force entre détenus (A.) se crée et règle officieusement la vie en détention. De cette manière, certains détenus plus faibles, subissent les violences des autres. Du fait d’un certain nombre de dysfonctionnements liés à l’administration pénitentiaire (B.), ces violences carcérales sont toujours présentes.

A. Les rapports de force entre détenus :

Il est connu depuis longtemps qu’au-delà des règles écrites, les « sociétés humaines » obéissent à des rapports de force. Ainsi, les violences physiques entre les détenus sont très importantes dans les prisons. Elles représentent 60% des infractions disciplinaires du premier degré selon l’administration pénitentiaire en 1997165. En effet, les violences physiques à l’encontre d’un codétenu sont sanctionnées par l’article D 249-1 du Code de procédure pénale, comme une faute disciplinaire du degré le plus grave. En 2001, la direction régionale de Lille enregistrait un total de 1178 fautes disciplinaires correspondant aux rixes entre détenus, pour l’ensemble des établissements pénitentiaires. Néanmoins, malgré ce chiffre important, il faut en plus rajouter ce que l’on peut appeler le « chiffre noir ». En effet, un certain nombre de violences ne sont pas dénoncées par les victimes, qui ont peur des représailles et qui ont même parfois aucune confiance en l’autorité. Comme le souligne Olivier Géron, « le détenu ainsi marqué dans sa chair explique qu’il a fait « une chute » ou que ses blessures sont purement « accidentelles » »166. D’ailleurs dans une note du 3 juin 1994, le directeur de l’administration pénitentiaire concernant les faits d’agression sexuelle, incitait le personnel pénitentiaire à être prudent quant à l’appréciation du nombre d’incidents enregistrés, puisqu’ils ne représentaient qu’une partie de la réalité.

Mais comment réussir à démêler le vrai du faux, lorsque les détenus s’accusent réciproquement. Il faut que les surveillants puissent déceler au préalable les incidents.

Il en existe une multitude de formes : insultes, rackets, soumissions, coups et blessures, agressions sexuelles et même homicides. Evidemment, ces infractions sont réprimées par le Code pénal167, également dans l’enceinte pénitentiaire. Ainsi, le 27 juin 2001 la Cour d’assises de la Charente a condamné à des peines d’un à quatre ans de prison, trois jeunes hommes accusés de viol et violences sur un codétenu de 21 ans168. En prison, la loi du plus fort l’emporte. « Le respect se gagne par la peur qu’on inspire »169. Les détenus les plus faibles doivent supporter de nombreuses brimades, souvent non dénoncées comme nous l’avons vu, par peur de représailles plus intenses.

Pour les deux détenus rencontrés à la maison centrale de Saint Maur, la prison est un lieu où l’on se sent en totale insécurité, encore plus qu’à l’extérieur. Ils estiment que la plupart des détenus s’isolent justement pour ne pas à avoir à subir cette violence carcérale. Pour eux, il n’y a aucune communication en prison, c’est la loi du silence qui commande. De toute façon, il n’attende absolument pas de l’aide des surveillants, ils apprennent à régler leurs problèmes seuls170.



Néanmoins, cela à tendance à évoluer, selon les établissements. Cette loi du silence est de moins en moins pratiquée puisque les détenus n’acceptent plus la violence et que le personnel pénitentiaire, peut être plus sensibilisé, est de plus en plus à son écoute. Ainsi, ils demandent plus facilement la protection de l’administration pénitentiaire et peuvent ainsi être placés à l’écart, dans une cellule d’isolement, par exemple. D’ailleurs le nombre de détenus demandant cette protection a considérablement augmenté. Par conséquent, il apparaît que les détenus n’acceptent plus la violence et ne se laisse plus faire. On passe alors « d’une violence cachée à une violence plus manifeste »171.De plus, cela peut surprendre, mais les détenus se sentent plus en sécurité dans les anciennes prisons. Cela est dû au fait qu’elles permettent plus de contact avec les surveillants. D’ailleurs, au centre de détention de Bapaume, étant donné que les détenus sont regroupés par unité de vie, certains vivent mal leur détention, surtout au début. Le régime de porte fermée procure donc un sentiment de sécurité pour les détenus.

165 OIP, Prisons : un état des lieux, L’esprit frappeur, n°72, p75.
166 O. Géron, Les violences entre détenus en milieu carcéral, ministère de la justice, direction de l’administration pénitentiaire, bureau de l’individualisation et des régimes de détention, septembre 1997, p6.
167 Les articles 221-1 à 221-5 relatifs aux atteintes volontaires à la vie, les articles 221-1 à 222-18 relatifs aux atteintes volontaires à l’intégrité physique et ses articles 222-22 à 222-33 relatifs aux agressions sexuelles par exemple.
168 Dedans-dehors, n°26, juillet 2001, p 9.
169 Sammut (F.), Lumbroso (P.), Séranot ( C.), La prison, une machine à tuer, Un pavé dans la mare, Editions du rocher, Monaco, 2002, p.17.
170 Entretien avec deux détenus de la maison centrale de Saint maur.

La plupart des détenus qui subissent ces violences carcérales sont les « pointeurs », c’est-à-dire les détenus étant incarcérés pour affaire de mœurs, mais aussi les détenus fragiles, faibles, homosexuels, travestis… En bref, ce sont toutes les personnes ne représentant pas l’homme dans toute sa « splendeur », que certains ont d’ailleurs appelé les « sous hommes »172. Ce type de détenus se situe par conséquent au bas de la hiérarchie officieuse. Du fait d’un nombre important de brimades, ils ont fait l’objet d’une protection particulière de la part de l’administration pénitentiaire. En effet, ils sont soit regroupés dans un même établissement comme c’est le cas, par exemple, à Casabianda, Mauzac ou Caen, soit éloignés du reste de la détention dans un quartier spécifique. C’est le cas au centre de détention de Loos où ils sont installés au rez-de- chaussée avec les personnes âgées et les détenus ayant besoin d’une protection suite à des menaces, des pressions. Mais malheureusement cette protection n’est pas présente dans tous les établissements.

Actuellement, du fait du changement de la population pénale, les données ont tendance à se modifier. En effet, le nombre de détenus pour affaire de mœurs a considérablement augmenté, d’ailleurs à au centre de détention de Bapaume, la moitié des détenus sont là pour affaires de mœurs. En même temps, notamment dans les maisons d’arrêt, bon nombre de jeunes détenus, issus de banlieue, s’organisent en bande afin de racketter les autres.

171 Héloïse Pellet, Les fondements et le régime de l’exercice de la coercition en prison, mémoire de DEA de politique et Science criminelle en Europe, juin 1999, p13.
172 Welzer-Lang, Mathieu, Faure, Sexualités et violences en prisons, OIP/Aléas, 1996, p 131.

Certains détenus vivent donc très mal leur détention, suite aux agissements de certains co-détenus à leur égard. Mais cela n’est pas le seul problème causant ce préjudice. En effet, suite à certains dysfonctionnements de l’administration pénitentiaire (B.), la violence entre détenus est accentuée.

Lire le mémoire complet ==> (La sécurité en prison)
Mémoire de DEA droit et justice
Ecole doctorale n° 74 – Lille 2

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