L’offre publique de vente OPV : les 2 modalités

L’offre publique de vente OPV : les 2 modalités

Section II : Les techniques financières de privatisation bancaire

D’une façon générale, la littérature de la privatisation fournit plusieurs modalités financières qui peuvent être utilisées pour mettre en œuvre un programme de privatisation (les cessions sur marché financier, la vente directe hors marché à un acquéreur unique ou à des acquéreurs privés, les ventes d’actions aux salariés de l’entreprise, les contrats de gestion, les contrats de location, les liquidations, etc).

Ces modalités visent généralement accroître le rôle du secteur privé dans l’économie.

Le choix des modalités financières de privatisation varie d’un pays à l’autre selon les conjonctures politique, économique et sociale du pays concerné et les caractéristiques de l’entreprise privatisable.

Dans ce cadre on peut souligner certains critères à prendre en compte pour choisir une ou certaines de ces modalités de privatisation :

  • Les objectifs attendus du programme de privatisation.
  • Les caractéristiques de l’entreprise privatisable (sa situation financière et juridique, ses activités, etc).
  • Le climat politique, économique et social du pays concerné.
  • La possibilité de mobilisation des ressources du secteur privé vers l’achat des actions des entreprises privatisées.
  • Le degré de développement du marché financier.

Dans le secteur bancaire, les expériences fournies par les différents pays développés et en développement, ainsi que les pays en transition montrent que les techniques financières les plus habituellement utilisées dans le cadre des privatisations touchant des banques consistent essentiellement en la vente des actions des banques privatisées sur le marché financier (OPV), la vente directe hors marché de tout ou partie du capital des banques privatisées à un acquéreur stratégique ou des acquéreurs privés, la vente d’actions en échange de coupons.

Cette dernière technique financière de privatisation bancaire trouve son application dans les pays de l’Europe de l’Est (Pologne, la République Tchèque, Roumanie). Selon cette technique le gouvernement distribue des coupons échangeables en actions des entreprises privatisables.

Chaque citoyen peut acquérir les coupons distribués par le gouvernement à un prix symbolique ou gratuitement (en Pologne) et les transformer ultérieurement en actions de banques ou de sociétés privatisables546.

Les deux premières modalités (l’OPV et la vente directe à un ou plusieurs acquéreurs privés) constituent, en effet, les techniques les plus couramment utilisées. Une étude empirique portant sur la privatisation des banques effectuée par Boehmer et al. en 2003 a examiné 270 opérations de privatisation (pour un montant total de 119 milliards $) touchant les banques dans 51 pays développés et en développement pendant la période de 1982 à 2000.

L’étude a montré qu’une proportion de 46,7 % de ces ventes était effectué par la vente sur le marché (l’OPV) et que les 53,3 % restant correspondent à la vente directe hors marché à un ou plusieurs acquéreurs privés547.

Par ailleurs, une autre étude similaire effectuée par Megginson en 2005, portant sur 283 opérations de privatisation bancaire au cours de la période de janvier 1987 à août 2003. Cette étude a indiqué que la valeur totale des opérations examinées avait atteint 142,9 milliards $.

Elle a également montré que 144 des transactions étudiées avaient été réalisées par l’OPV et 139 de ces transactions étudiées accomplies par la vente directe à un ou des acquéreurs privés548.

En France, à l’exception de certaines opérations de privatisations bancaires, notamment celles touchant les institutions financières spécialisées et les banques en difficulté, réalisées par la vente totale hors marché, dans chaque opération de privatisation touchant le secteur bancaire une part majoritaire du capital de la banque privatisée est cédée sur les marchés financiers domestique et international par une OPV et un placement institutionnel.

546 MEGGINSON W. L., (2005), art. préc., pp. 1946-1947.

547 Ibid., p. 1947.

548 Ibid., pp. 1947-1948.

L’offre publique d’échange (OPE) consistant en l’échange entre des certificats d’investissement émis par les banques privatisées contre leurs actions ordinaires, ainsi que l’augmentation de capital constituent deux autres techniques boursières utilisées dans certains cas de la privatisation bancaire française.

Ces deux techniques boursières (OPE et augmentation de capital) sont couramment accompagnées de la technique de l’OPV. D’ailleurs, dans chaque opération effectuée sur le marché financier, une proportion de 10 % du capital de la banque privatisée est placé auprès des salariés et anciens salariés sous forme d’offre réservée.

A côté de ces techniques boursières de privatisation bancaire en France, dans chaque opération de privatisation bancaire, une proportion variant habituellement entre 13,5 % et 33 % du capital de la banque privatisée (à l’exception de la BTP et la BIMP où cette proportion a représenté 51 % du capital) est cédée hors marché aux groupes d’actionnaires stables (GAS).

En Egypte, généralement, une fraction de la part de l’Etat dans le capital de la banque privatisée est cédée sur le marché boursier par l’OPV qui a accompagné dans certains cas une opération d’augmentation du capital de la banque privatisée.

Cette fraction de la part de l’Etat placée sur le marché boursier peut être cédée en une seule tranche ou en deux tranches successives.

Par ailleurs, une autre fraction de la part de l’Etat est cédée plus tard hors marché à un ou des investisseurs institutionnels, notamment les banques étrangères participant dans les capitaux des banques mixtes. Toutefois, dans certains cas de privatisation touchant les banques mixtes en Egypte, la part publique a été totalement cédée à un investisseur stratégique notamment des banques étrangères.

Dans cette section, nous examinerons donc les techniques financières utilisées dans le cadre des privatisations touchant le secteur bancaire dans les deux pays étudiés (France et Egypte) en abordant dans un premier temps, les techniques boursières de privatisations bancaires (§I).

Puis dans un deuxième temps, nous étudierons les techniques financières de privatisations bancaires hors marché (§II).

Dans le cadre de ces techniques financières de privatisations bancaires, nous traiterons pour chaque technique ses caractéristiques essentielles, les critères de son choix, ses avantages et ses inconvénients, ainsi que les procédures applicables aux différentes techniques utilisées dans les deux pays étudiés (France et Egypte) en donnant également certains exemples de banques privatisées selon chacune de ces techniques.

§ I : Les techniques boursières de privatisation bancaire

La privatisation des établissements bancaires par la voie boursière constitue la technique préférée des pouvoirs publics dans la majorité des pays notamment dans les pays développés. En fait, la vente des actions des établissements bancaires privatisés sur le marché financier comporte plusieurs avantages en comparaison avec les autres techniques hors marché.

Cependant, l’utilisation de cette technique boursière peut apparaître difficile dans certains pays en développement à cause de l’absence ou du faible degré de développement du marché boursier.

La privatisation des établissements bancaires par la voie boursière s’effectue principalement sous forme d’une offre publique de vente (OPV) (A). Par ailleurs, cette cession peut être réalisée sous d’autres formes qui sont fréquemment accompagnées d’une offre publique de vente (B).

A- L’offre publique de vente (OPV)

L’offre publique de vente est une procédure de bourse par laquelle les investisseurs, particuliers et personnes morales, peuvent se porter acquéreurs d’actions de banques ou de sociétés privatisées. Par cette technique boursière l’Etat met en vente publique tout ou partie des actions composant le capital de la banque ou de la société concernée549.

La privatisation des entreprises publiques par l’offre publique de vente présente, en effet, plusieurs avantages en comparaison avec les autres techniques financières des privatisations hors marché550 :

  1. La privatisation par la vente d’actions sur le marché boursier sous forme d’offre publique de vente permet le développement de l’actionnariat salarié et de l’actionnariat populaire constituant l’un des objectifs principaux de la politique de privatisation dans les pays développés et en développement.
  2. Grâce au grand nombre d’acheteurs auxquels elles font appel, les ventes d’actions composant le capital des banques par la voie boursière, constituent généralement les meilleures méthodes pour maximiser la recette des ventes.
  3. L’offre publique de vente (OPV) se caractérise par un degré très élevé de transparence, de souplesse et de clarté.
    Grâce à ces caractéristiques, l’OPV fournit au public la confiance et l’accord avec le programme de privatisation notamment dans les pays en développement.
  4. Contrairement aux ventes hors marché à un ou des acquéreurs privés, l’offre publique de vente permet de répartir le capital de l’entreprise privatisée parmi un grand nombre d’investisseurs en évitant la constitution de blocs de contrôle, notamment par l’existence de règles limitant le montant maximum d’actions détenues par chaque personne physique ou morale et celles limitant la participation des personnes physiques et morales étrangères.
  5. La privatisation par les ventes boursières permet de stimuler et de développer le marché financier domestique en réalisant l’élargissement de sa capacité et la modernisation de ses mécanismes.

549 ELDOSOKY I., (1995), op. cit., p.51.

550 MOUSA A. , Les techniques de privatisation, Revue des recherches juridiques et économiques, N° 12, octobre 1992, pp. 511-512.

Néanmoins, le succès des opérations de privatisation par l’offre publique de vente (OPV) implique des conditions certaines concernent la banque privatisée et d’autres les conjonctures économique et financière dans le pays où est utilisée cette technique boursière de privatisation551.

D’une part, la banque privatisée doit être attirante aux yeux des acheteurs.

Ainsi, la situation financière de la banque privatisable joue un rôle non négligeable pour attirer l’intérêt des investisseurs nationaux et internationaux et assurer le succès de l’opération d’offre. Cependant, si la banque privatisable connaît de difficultés financières, les pouvoirs publics peuvent renforcer sa situation financière avant de mettre ses actions en vente sur marché boursier par l’allégement de son bilan, la recapitalisation, etc.

D’autre part, le succès d’une privatisation par OPV subordonne à l’existence d’un marché financier capable d’assurer les opérations de privatisation réalisées par cette technique boursière et de mobiliser d’une épargne locale capable, au moins partiellement, d’acheter les actions vendues sur le marché boursier.

Enfin, le succès d’une OPV exige une campagne publicitaire (annonces à télévision, la radio, la presse financière…etc) par laquelle, les responsables de la privatisation informent les investisseurs, particuliers et personnes morales, de l’intention du gouvernement de vendre les actions de la banque concernée. A cet égard, ces annonces doivent comporter certaines informations financières et comptables de la banque à privatiser.

Ainsi, les avantages accordés par la technique de l’offre publique de vente (OPV) comparés à d’autres techniques de privatisation hors marché, font d’elle l’une des principales techniques financières utilisées dans les programmes de privatisation en France et en Egypte.

Cependant, l’OPV est souvent combinée avec d’autres techniques de vente, telle que la vente d’une part du capital des banques privatisées aux salariés ou aux groupe de preneurs privés.

551 SOBH M., La privatisation pour affronter les conditions de l’existence et les défis du développement, 1er éd., Le Caire, 1995, p.25.

En France, la loi du 6 août 1986 relative aux modalités des privatisations n’excluait, à priori, aucune procédure du marché financier.

Néanmoins, les contraintes de la loi et notamment l’exigence d’un prix unique de cession ne devant pas être inférieur au prix fixé par la Commission des participations et des transferts, ainsi que le droit des personnes physiques françaises ou résidentes en France ou ayant la qualité de ressortissant de l’un des Etats de l’Union européenne dont, sous certaines conditions, les demandes sont servies en priorité et, en outre, les objectifs du gouvernement d’assurer l’égalité entre les donneurs d’ordres, le plus grand degré de transparence et la plus grande rigueur possible des opérations pour développer l’actionnariat populaire, ont conduit les autorités du marché à choisir l’OPV comme procédure de diffusion des actions parmi les investisseurs552.

Ainsi, à l’exception de certaines opérations de privatisations bancaires effectuées par la cession directe aux investisseurs privés, dans chaque opération de privatisation une fraction majoritaire des actions des banques privatisées a fait l’objet d’une offre publique de vente.

Par exemple, dans le cas de la privatisation de la compagnie financière de Paribas, un pourcentage de 42,9 % du capital a été cédé aux investisseurs français et résidents par l’offre publique de vente au prix fixe de 405 francs l’action.

A cette part on peut ajouter 16,2 % du capital cédé auprès des investisseurs institutionnels étrangers sur le marché international au prix de l’OPV, ainsi que 10 % du capital transféré par une offre réservée aux salariés et anciens salariés.

De même, dans le cas de la privatisation de la Société Générale représentant, à l’époque, la quatrième banque française par la taille de son bilan, une fraction représentant environ 40 % du capital a été cédé sous forme d’OPV au prix fixe de 407 francs l’action.

En outre, une offre sur le marché international a porté sur 12,6 % du capital et une offre réservée aux salariés et anciens salariés a porté sur 10 % du capital553.

552 DINER A. et TRICOU J., Les procédures de privatisation, Revue problèmes économiques, N° 2.005, 31 décembre 1986, p. 4.

En Egypte, l’OPV constitue l’une des principales techniques financières de privatisation utilisées par le gouvernement notamment, dans le cadre des privatisations bancaires (à côté de la vente à un investisseur stratégique).

L’utilisation de cette technique financière de privatisation vise à assurer les objectifs poursuis par le programme de privatisation notamment, la stimulation du marché financier et le développement de l’actionnariat populaire et salarié.

Dans ce cadre, le gouvernement égyptien dans certains cas de privatisation bancaire, ainsi que dans le programme de privatisation des sociétés du secteur d’affaires public, a utilisé la technique de l’offre partielle en vendant ses parts dans les capitaux de banques ou de sociétés privatisées par tranches en plusieurs phases.

Concernant le secteur bancaire, on constate que cette méthode a été appliquée dans plusieurs cas, comme par exemple, ceux de la Commercial International Bank (Egypt), et de la Misr International Bank.

Lors de la privatisation de la Commercial International Bank (Egypt), une offre publique de vente au prix fixe de 260 LE l’action accompagnée d’une augmentation du capital de la banque a permis de diminuer la part de l’Etat dans le capital de la banque de 70 % à 42,16 %.

Puis en juillet 1996, le gouvernement a cédé une fraction représentant environ 20 % de sa part (42,16) sur les marchés internationaux notamment à la bourse de Londres554. La part publique restante a été cédée par une opération hors marché au début de l’année 2006.

553 LACOUE-LABARTHE D., (2001), op. cit., p. 122.

554 MAHMOUD M., (1998), Mém. Préc., p. 168.

555 HENDY M., L’expérience égyptienne dans la privatisation, L’Organisme Arabe pour le développement administratif – L’administration des recherches et des études, Le Caire, 1996, p. 163.

Certaines raisons peuvent expliquer l’application de cette technique de l’offre partielle par le gouvernement égyptien555:

  • La vente partielle des parts de l’Etat dans les capitaux des entreprises privatisées permet de fixer le prix juste de l’action dans le cas d’une sous-évaluation de la banque ou de la société et de déterminer un prix bas lors la première offre partielle.
  • La prise en compte de la capacité d’absorption du marché financier.
    En effet, la vente de l’ensemble des actions composant le capital de l’entreprise privatisée en une opération unique, en prenant en compte la capacité du marché financier local, peut entraîner une saturation du marché (le risque d’éviction financière).
  • L’élimination de l’effet négatif sur les cours d’actions dans le cas d’une offre à la vente de toutes les actions de la banque ou de la société privatisée en une opération unique.
  • L’offre partielle des actions des entreprises privatisées permet aux pouvoirs publics de fixer un prix attractif de l’action lors la première offre partielle afin d’attirer l’attention des investisseurs nationaux et internationaux.
    Puis, le gouvernement peut vendre l’action à son prix réel dans la deuxième offre partielle (deuxième tranche) en augmentant le produit des ventes.

1- Les différentes modalités de l’offre publique de vente OPV

On peut distinguer deux principales techniques boursières de vente sur le marché :

  1. l’offre publique de vente par adjudication
  2. et l’offre publique de vente à prix fixe.

a) Les ventes d’actions par adjudication

Selon cette technique boursière anglaise, le gouvernement annonce son intention de se porter publiquement vendeur des titres de la banque ou de la société privatisée et il fixe au préalable un prix plancher.

Chaque souscripteur a la liberté de proposer l’achat d’un certain nombre des actions offertes à la vente à un prix supérieur au prix minimum fixé par le gouvernement.

L’adjudication en bourse s’accomplit sur le fondement d’une liste des souscripteurs ayant proposé les prix les plus élevés. L’ensemble des actions est alors vendu au prix le plus bas de la liste556.

L’avantage de la technique de l’offre publique de vente par adjudication est qu’elle laisse au marché financier, c’est-à-dire aux investisseurs, le soin de fixer le prix optimal de l’action de l’entreprise à privatiser.

En outre, la technique de l’offre publique de vente par adjudication, comparée à la technique de l’offre publique de vente à prix fixe, devrait présenter l’avantage d’augmenter la recette de la vente en évitant l’échec des opérations effectuées selon cette technique557.

Malgré les caractéristiques de cette technique de vente par adjudication, les opérations conduites selon cette technique ont été, dans la majorité des cas, de vrais échecs.

En Grande-Bretagne, sur cinq opérations de vente effectuées suivant cette méthode trois ont été un échec.

Le principal inconvénient de cette technique est que si les investisseurs sont peu attirés à cause d’un prix de proposition trop élevé ou un climat boursier morose, l’émission ne rencontre pas le succès attendu et le syndicat de garantie doit acheter des parts importantes des actions et de les proposer à des intermédiaires financiers dont l’intérêt est de se comporter aussitôt en sous-placiers pour racheter les actions au prix minimum558.

A côté de cet inconvénient majeur certaines autres raisons peuvent expliquer l’échec de cette technique en Grande-Bretagne. D’une part, les procédures de ventes effectuées par adjudication n’ont pas été pures et parfaites.

Les 2 modalités de l'offre publique de vente OPV

Pour favoriser les petits porteurs, le gouvernement britannique a écarté la procédure de son objectif essentiel.

Les petits investisseurs n’ont pas eu à faire une offre de prix supérieure au prix minimum. Dès lors, ils ont été servis en priorité ce qui a parfois empêché les investisseurs institutionnels d’obtenir les actions qu’ils demandaient. Par conséquent, ces investisseurs institutionnels n’ont pas été attirés par participation aux adjudications559.

D’autre part, l’intérêt des investisseurs institutionnels était d’attendre le résultat de la cession d’actions. En cas d’échec de l’opération de vente, les actions non souscrites sont conservées par le syndicat bancaire de placement.

Ce dernier vend fréquemment ces actions non souscrites aux investisseurs institutionnels. Ainsi, l’intérêt de ces investisseurs institutionnels consiste à ne pas faire un appel plus élevé par rapport au prix plancher lors de l’émission des actions, parce que, en cas d’échec de l’opération de cession par adjudication, ils ont la faculté d’acheter ces actions au prix le plus bas560.

Il convient de souligner que la technique de l’offre publique de vente par adjudication ne trouve aucune application dans les privatisations (bancaires, financières, industrielles) françaises.

En Egypte, cette technique n’est pas utilisée dans les privatisations bancaires. Par contre, dans le cadre de la privatisation de sociétés du secteur d’affaires public (sociétés non financières), une seule opération a été effectuée selon cette technique anglaise.

Cependant l’échec de cette opération réalisée en juillet 1995, a conduit le gouvernement à revenir à la technique de l’offre publique de vente à prix fixe561.

b) Les ventes à prix fixe

La vente à prix fixe constitue la technique la plus employée dans le cadre de l’offre publique de vente (OPV). Cette technique peut apporter au Trésor public plus de recette que la technique de vente par l’adjudication.

A la triple condition d’une publicité concernant l’offert, de l’adoption de mesures visant à attirer les petits investisseurs et de la détermination d’un prix attractif des actions cédées, les ventes des actions des banques ou des sociétés privatisées à prix fixe paraissent susceptibles de remporter un large succès562.

Par ailleurs, la vente à prix fixe dans le cadre de l’OPV apparaît à tout point de vue, moins risquée que la vente par adjudication.

Dans le cadre de la vente à prix fixe, il n’y a pas d’incertitude sur le prix des actions comme c’est le cas dans la vente par adjudication, parce que les investisseurs peuvent connaître le prix exact des actions offertes à la vente. Ajoutons que, si le prix de l’action est attractif les conditions de succès sont remplies.

Enfin, rappelons que la technique de l’OPV garantit un degré élevé de transparence de l’opération : publicité des conditions de l’offre à la cote officielle et dans les journaux financiers spécialisés, centralisation des ordres d’achat passés aux intermédiaires financiers par les autorités de place permettant de connaître le nombre des actions demandées et la publication des conditions concernant l’attribution des actions et des méthodes de réduction dans le cas de sur-souscription563.

La seule difficulté proposée dans le cadre de la vente à prix fixe consiste en la détermination du prix de l’action qui dépend de l’évaluation de la banque ou de la société privatisée.

En effet, la question de l’évaluation des actifs cédés et de la détermination du prix de l’action constitue une opération très délicate. Si le prix fixé est trop bas l’Etat va supporter des pertes financières et les pouvoirs publics vont être critiqués à cause de la vente des actifs publics à trop bas prix.

Au contraire, si le prix de l’action est trop élevé l’opération risque d’être compromise. Dans ce cas-là, les investisseurs vont être éventuellement conduits à acheter moins d’actions. Dès lors, le nombre des actions offertes sur le marché boursier peut être supérieur à celui demandé par les souscripteurs ce qui aura pour conséquence une éventuelle baisse des cours des actions lors des premières cotations en bourse564.

Ainsi, l’offre publique de vente à prix fixe nécessite la détermination du prix optimal de vente des actions. C’est-à-dire que le prix doit réaliser un équilibre entre l’offre des titres par l’Etat et la demande des titres par les investisseurs.

Cependant, la détermination d’un prix d’action au niveau inférieur au prix d’équilibre peut constituer l’un des éléments de la réussite des privatisations.

Dans le cas de vente des actions des banques ou des sociétés privatisées au prix plus haut les recettes de l’Etat pourraient être plus bas, à cause de l’insuffisance de la demande des titres par l’investisseurs et la nécessité de les mettre plusieurs fois sur le marché boursier à un prix plus bas.

En outre, lorsque le prix de l’action chute après son introduction en bourse, les premiers détenteurs d’actions seront pénalisés. Par conséquent, la privatisation en général sera discréditée565.

En France, on peut constater que dans certain nombre des privatisations bancaires ou industrielles, notamment les privatisations réalisées entre 1986 et 1988, le prix des actions avait été établi à un niveau inférieur au prix d’équilibre.

Par conséquent, le prix des actions avait augmenté dès le premier jour de leur cotation en bourse (80 % pour l’action de Sogénal, 35 % pour l’action de BTP, etc).

Comme nous l’avons déjà mentionné, en France la mission de l’évaluation de la valeur des banques privatisées et de la fixation du prix de l’action est effectuée par la Commission des participations et des transferts dont la composition et la mission sont précisées par la loi.

En revanche, en Egypte cette mission est accomplie soit par des experts indépendants et qualifiés qui sont choisis par un appel d’offres, soit par les banques privatisées elles-mêmes qui accomplissent la mission de banques-conseils.

En France, la vente à prix fixe constitue la seule technique utilisée dans le cadre de l’offre publique de vente (OPV).

Lors la première vague de privatisations (1986-1988), la vente des actions des banques ou des sociétés privatisées au public s’effectuait uniquement pendant la période de l’OPV avec donc un prix fixe établi sans tester sa pertinence auprès du public. Dans ce cadre, l’Etat et les banques chargées de placement n’avaient pas de latitude pour ajuster la demande et l’offre566.

Plus tard, le gouvernement a adopté la technique américaine de l’offre avec construction de livre d’ordres (offre open price).

Cette technique, plus utilisée aux Etats- Unis et lors des privatisations des années quatre-vingt-dix en Europe, consiste à mettre en place dans une première étape une période de construction de livre d’ordres. Puis, et à la lumière du résultat de la première étape, le syndicat bancaire de placement en accord avec l’émetteur fixe le prix de l’offre.

En Egypte, l’offre à prix fixe constitue la seule technique utilisée dans toutes les opérations de privatisations bancaires réalisées sur le marché financier.

Par ailleurs, dans le cadre de la privatisation de sociétés du secteur d’affaires public, à l’exception d’une seule opération soulignée plus haut réalisée par la technique de vente par adjudication, toutes les opérations de vente sur le marché sont effectuées par la technique de l’offre à prix fixe.

Enfin, il convient de souligner les principales techniques de placement sur le marché financier.

A cet égard, on peut distinguer deux principales techniques de placement : le syndicat de prise ferme (underwriting) ou le modèle britannique et le syndicat bancaire de placement (book building) ou le modèle américain.

En premier lieu, la technique britannique (underwriting) est une forme d’assurance qui garantit que toutes les actions offertes seront vendues et donc la vente réussira. Selon cette technique de placement, l’établissement chef de file du syndicat bancaire de placement fixe en accord avec l’émetteur le prix des actions qui seront offertes à la vente.

Cette fixation du prix d’actions s’effectue à lumière de sondages auprès des investisseurs institutionnels et une évaluation propre du marché.

« Le jour où le prix est fixé est celui du début de la période de l’offre. La prise ferme des titres a lieu le même jour, c’est-à-dire que le chef de file s’engage à trouver des acquéreurs pour les actions au prix fixé, ou à les acquérir lui-même, en cas de demandes insuffisantes de titres.

Généralement, le chef de file répartit ce risque auprès d’autres banques (sub-underwriters). En rémunération de ce risque, ces établissements reçoivent une commission.

Pendant toute la période de l’offre, ces établissements s’exposent au risque de fluctuation des cours du titre »567.

En deuxième lieu, dans le modèle américain (book building), l’établissement chef de file de syndicat bancaire de placement recueille, au cours d’une période dite de préplacement, les intentions des investisseurs institutionnels potentiels avant que la note d’information soit définitivement arrêtée.

Dans cette période de préplacement, l’établissement chef de file du syndicat bancaire de placement n’est tenu à aucun engagement ferme envers les investisseurs institutionnels potentiels.

Les investisseurs institutionnels indiquent, dans leurs intentions, le nombre d’actions qu’ils désirent acheter et à quel prix. Le nombre total des actions offertes est fixé selon ces indications des investisseurs institutionnels.

Dans cette phase, l’établissement chef de file du syndicat bancaire de placement est engagé à prendre ferme la cession des actions déjà existantes. Ensuite, l’établissement chef de file remet ces actions auprès des investisseurs qui avaient manifesté leur intérêt pendant la période de préplacement568.

En effet, les techniques britannique et américaine de placement possèdent l’une et l’autre des avantages et des inconvénients.

Le modèle traditionnel de la garantie à prix fixe présente l’avantage qu’il donne au chef de file en accord avec l’émetteur la liberté de déterminer le prix des actions.

Mais, il prive les investisseurs de participer à la détermination de ce prix. Par conséquent, le prix fixé peut être plus élevé que le prix réel de l’action.

Par ailleurs, la garantie à prix fixe apparaît moins adaptée à un environnement boursier changeant qui peut venir contrarier une opération.

En fait, une nature volatile des marchés financiers et une période de placement d’environ trois semaines, rendent difficile la fixation, au début de cette période, d’un prix qui serait toujours attractif et cohérent dans les derniers jours de placement.

En outre, les institutions qui garantissent une émission à prix fixe peuvent essayer, dans une période d’incertitude, de déterminer un prix de l’action plus bas que celui fixé en fonction de la construction du livre d’ordres, pour minimiser leurs engagements dans le cas d’un mauvais état du marché qui les conduit à acquérir les titres non demandés par les investisseurs pour leur propre compte569.

En revanche, le modèle américain de placement (book building) a l’inconvénient de voir les investisseurs passer des ordres de vente avant d’acquérir les titres, pour faire baisser les cours.

Cependant ce modèle a plusieurs avantages en comparaison avec le modèle britannique (underwriting).

D’une part, cette technique américaine de construction de livre d’ordres présente l’avantage de faire correspondre le prix à la demande de façon plus exacte que l’offre à prix fixe classique. D’autre part, cette technique permet de supprimer le risque pour les banques d’acquérir les titres non souscrits par les investisseurs et d’un ajustement de l’offre à la demande570.

D’ailleurs, pour la cession sur les marchés internationaux, l’émetteur et le chef de file du syndicat bancaire ont besoin de certaines informations concernant le nombre de titres que les investisseurs sont prêts à acquérir et à quel prix.

C’est pourquoi, la technique américaine de book building apparaît plus adaptée à la cession des actions des banques ou des sociétés privatisées sur les marchés internationaux.

Ces nombreux avantages de la technique américaine de book building expliquent son utilisation quasi systématique dans les privatisations internationales.

En France cette technique est utilisée dans toutes les opérations de privatisations (bancaires, financières, industrielles) mises en œuvre depuis 1993571.

En Egypte, dans les opérations de privatisation des banques ou des sociétés du secteur d’affaires public, le gouvernement a adopté une technique plus répandue dans les pays en développement.

Selon cette technique de placement, le syndicat bancaire de placement fixe le prix des action qui seront offertes en accord avec l’émetteur comme c’est le cas du modèle classique de garantie à prix fixe.

Mais, et contrairement à ce modèle classique, le syndicat bancaire de placement s’engage seulement à faire des efforts maximums pour assurer le succès de l’opération, sans garantie que toutes les actions seront souscrites.

Ainsi, les actions non demandées reviennent à l’Etat sans aucun engagement du syndicat bancaire de placement qui obtient une commission en contrepartie de ses services572.

Pour citer ce mémoire (mémoire de master, thèse, PFE,...) :

La première page du mémoire (avec le fichier pdf) - Thème :
La privatisation du secteur bancaire : étude comparative entre l'Egypte et la France
Auteur·trice·s :
Ghazal Montassel EL Awasy AHMED
Ghazal Montassel EL Awasy AHMED
Université :
Université Du Droit Et De La Santé De LILLE 2 - ECOLE DOCTORALE N° 93
Année de soutenance :
THESE Pour obtenir le grade de DOCTEUR DE L’UNIVERSITE DE LILLE 2 - Sciences Economiques et Sociales - Juin 2027
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