La Microfinance en Haïti: La situation socio-économique - WikiMemoires

La Microfinance en Haïti: La situation socio-économique


La Microfinance en Haïti: La situation socio-économique
La Microfinance en Haiti, quel bilan ? – Deuxième partie :

Chapitre 3 : La Microfinance en Haïti

Ce chapitre propose un aperçu sur quelques indicateurs socio-économique du pays (section 1) avant de présenter les différentes composantes du système financier haïtien (section 2).
La dernière partie (section 3) décrit les argumentaires du développement de la microfinance en Haïti face l’incapacité de l’Etat à répondre aux besoins de la population.

Section 1 : La situation socio-économique d’Haïti

Cette section analyse de la situation économique et sociale en Haïti qui est essentiellement marquée par la pauvreté et les inégalités.

1.1. Contexte démographique

Haïti est l’une des îles la plus grande et densément peuplée des Caraïbes.

La situation socio-économique haïtienne

1.2. Situation du marché du travail

Selon les projections de l’IHSI, la population haïtienne est regroupée en 2 241 159 ménages en 2010. Ces données révèlent qu’environ 2,9 millions de personnes seraient actives dans l’ensemble du pays.
La catégorie « d’active », est très peu significative quand on considère que même dans la population active il y a un grand nombre de pauvres (les travailleurs pauvres).
Cette situation est en grande partie liée au sous-emploi : des revenus horaires insuffisants, plus de 80% d’emploi indépendant (travailleurs à leur compte) ou d’emploi informel, et des conditions de travail inadéquates. Les analyses montrent que les sources les plus importantes de revenus en Haïti étaient l’emploi indépendant (à la campagne comme dans les villes), et les transferts d’argent depuis l’étranger 13.
Les salaires le sont seulement dans une proportion de 20,6%, concentrés surtout dans la région métropolitaine, principalement dans les services. Dans les régions rurales, l’agriculture de subsistance est aussi une importante source de revenus.
En ce qui concerne la distribution des personnes actives par branche d’activités économiques, presque 40% du total travailleraient dans l’agriculture, plus de 25% dans des activités commerciales (avec une forte participation des femmes : 77,5%), plus de 15% dans les services, environ 11% dans la production industrielle, 7% travailleraient comme artisans indépendants14 et l’administration publique, de son coté, emploierait 2% du total.
Dans le milieu rural, environ 72% des personnes actives travailleraient dans l’agriculture et 17% dans le commerce. Ce secteur de la production est caractérisé par l’absence de technologies modernes, d’infrastructure de base et d’assistance technique.
Les producteurs agricoles travailleraient souvent sur des exploitations agricoles de moins de 2 hectares. L’érosion des terres est un de leurs principaux problèmes, dans un pays où il ne reste que 2% des superficies qui sont vertes.
Dans le milieu urbain, jusqu’à 40% de la population active travailleraient dans le secteur du commerce, 25% dans les services, 19% dans l’industrie et 5% dans l’administration publique. Environ la moitié des commerçants vendent leurs produits au marché, pendant que le reste le fait soit dans la rue soit à la maison (20% respectivement).
Cela confirme que le secteur informel, composé de travailleurs à leur compte et d’entrepreneurs de la micro et petite entreprise (moins de 20 travailleurs) occuperait, au niveau national, 1,9 millions de personnes, soit 65% des actifs.
Dans les secteurs du tourisme et des services, les travailleurs formels arriveraient à 46% et 56%, respectivement. Cela inclut le secteur de l’éducation, (30% de la totalité des services), et les employés formels du secteur privé.
Selon les analyses de la Banque mondiale, le niveau d’éducation est le facteur déterminant pour obtenir un bon niveau de revenus, suivi par le sexe, le lieu et le statut migratoire.
La Microfinance en Haïti : La situation socio-économique
La situation socio-économique en Haïti
L’enquête de jeunesse développée par le FAFO en 2009 indique que seulement 46% des hommes et 39% des femmes ont fini l’école primaire, avec de fortes disparités en fonction du lieu d’habitation : ce taux était estimé à 64% dans les régions urbaines et à 30% dans les régions rurales.
Les taux d’activité économique des enfants sont comparativement plus élevés dans les zones rurales que dans les zones urbaines et ont augmenté de façon significative depuis le séisme de 2010, ce qui indique que les ménages ont accru leur offre de travail.
En 2012, 39,2% des enfants membres du ménage étaient actifs, contre seulement 23,7% en 2007 (soit une augmentation de 15,5%). Selon le World Factbook de la CIA, environ 2,5 millions d’enfants âgés de 5 à 14 ans font partie de la population active à travers le pays.
La situation socio-économique en Haïti

1.3. De l’exclusion à la finance informelle

En Haïti, l‘exclusion semble avoir toujours été toujours très forte. L‘exclusion est un concept multidimensionnelle (sociale, économique, culturelle…); nous l‘abordons ici sur le plan économique ou plus strictement sur le plan financier.
Depuis longtemps, les quelques banques qui opéraient dans le pays n’étaient présentes que dans les grandes et moyennes villes.

La situation socio-économique haïtienne


L’exclusion financière ou le manque d’accès au crédit est décrit comme étant une des principales raisons pour lesquelles une grande partie des populations des PED restent dans la pauvreté (Hermes et Lensink, 2007; Parienté, 2007).
Cette exclusion financière a condamné une grande partie de la population à rester en marge de l’économie nationale. De ce fait des formes de survies développées par la population délaissée, explique la montée en puissance de l’économie informelle 15.
Pour subvenir aux besoins de leur famille, et pour pallier aux conséquences du chômage, un grand nombre d’individus n’ont d’autre choix que de se lancer dans des activités commerciales à caractère informel et ont dû recourir aux structures de financement alternatives telles que : le «solde», le «sabotage» et l’usure ou encore les institutions de microfinance (IMF).
Cette situation conduit donc l’économie haïtienne, autrefois essentiellement agricole, vers une économie de marché où le secteur informel 16 prend de plus en plus d’ampleur.

1.3.1. Le Solde

Le solde constitue aussi l’une des structures de financement utilisées par l’agent économique haïtien pour financer ces principaux besoins de consommation et/ou d’investissement. Il constitue en la formation formelle ou informelle d’un club dont les participants versent une somme d’argent déterminée à une fréquence régulière et à chaque période le capital collecté appelé « main » est remis à l’un des membres à tour de rôle.
La somme à verser, les règles du club, les procédés de rotation doivent être délibérément consentis, agréés et acceptés par chaque membre.

1.3.2. Le Sabotage

On parle aussi de sabotage. Celui-ci est en quelque sorte la même pratique que le solde avec une seule différence. Dans le cas du sabotage les participants sont plus nombreux en général, le versement et la réception de la « main » comme on le dit sont journaliers.
Cette pratique fonctionne surtout avec des petits commerçants, les détaillants exposant leurs marchandises sur les trottoirs ou dans les marchés publics. Certains d’entre eux (sabotage) finissent par s’établir comme de véritables institutions.

1.3.3. L’usure

En ce qui concerne l’usure, cette dernière communément appelée dans le langage haïtien « coup de poignard » est considérée comme un prêt consenti à un taux d’intérêt supérieur à celui fixé par l’Etat ou à celui accepté sur le marché formel par le jeu de l’offre et de la demande.
Avec la libéralisation des taux d’intérêt sur le marché haïtien en 1995 ne fixant plus les limites de variation des taux d’intérêt est considérée comme l’usure tout prêt consenti ou offert à un taux fortement supérieur par rapport à celui du marché formel. Comme c’est le cas par exemple des gens qui prêtent ou empruntent de l’argent à des taux mensuels voisinant les 20%.
Dans certains cas, le prêt est octroyé à des taux quotidiens dépassant celui du marché bancaire par mois : soit 5% par jour. Le débiteur étant en difficulté n’ayant pas d’autres recours se trouvent astreints à accepter un prêt avec de telles conditions. Car, il est en train de négocier avec un couteau sur la gorge.
En effet, c’est un véritable « coup de poignard » qui paradoxalement sauve des vies, financent l’éducation de beaucoup d’enfants; couvre les frais de voyage de nombreux compatriotes haïtiens vivant actuellement aux USA, Canada, Guadeloupe, Martinique, Guyane constituant la diaspora haïtienne dont la survie de l’économie nationale en dépend grandement de leurs transferts de fonds.
La situation socio-économique en Haïti
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12 IHSI (2009)
13- Selon la Banque mondiale, en Haiti les envois de fonds ont atteint USD 2,0 milliards en 2015, Soit 24% du PIB. 14 D’après l’élaboration de l’ILO, comme projection des résultats du recensement 2003, l’Enquête du Secteur informel 2007 et les estimations de l’IHSI sur les tendances de la population pour 2010.
15- L’économie informelle désigne l’ensemble des activités productrices de biens et services qui échappent au regard ou à la régulation de l’État. Lors de la 17ièm Conférence Internationale des Statisticiens du Travail (CIST), le BIT définit l’informel comme entité englobant: Les travailleurs de l’entreprise familiale non rémunérés, ceux qui travaillent à leur propre compte, Les salariés de l’emploi informel, les personnes se regroupant au sein des coopératives de production informelles, ceux qui produisent des biens destinés à l’usage exclusif de leur ménage.
16- 54,7 % des emplois de la capitale sont informels (IHSI, 2001) et en 2007, 57,1 % des emplois sont informels (IHSI, CELADE, 2007). Dans les départements de l’Ouest et du Sud-est, sur une population active de 1,3 millions d’habitants, le secteur informel occuperait 820 000 personnes environ (entre patrons, salariés et apprentis) Les entreprises privées informelles représentent 81 % des entreprises de l’aire métropolitaine (IHSI, 2007).


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