La commémoration: ranimation de la mémoire de guerre - WikiMemoires

La commémoration: ranimation de la mémoire de guerre


Les activités commémoratives : Ranimation de la mémoire de guerre – Deuxième partie :

Les activités de commémoration occupent une place très importante dans la stratégie du Hezbollah de la construction de la mémoire collective.
Elles servent en premier lieu à ranimer cette mémoire, à diffuser la culture de résistance dans la société mais aussi à établir une base populaire forte qui constitue l’un des éléments de force au parti.
On aborde dans cette section l’organisation des activités commémoratives diverses par le Hezbollah, lequel compte sur une base populaire qui réagit de façon permanente avec ces activités, et cela grâce à la relation de confiance avec les dirigeants et les départements du parti (Chapitre I).
On montre la construction d’un calendrier plein de ces activités tout au long de l’année pour commémorer les jours en relation avec la guerre et la résistance, et nous y exposons les moyens utilisés pour parfaire et présenter la commémoration de façon efficace à la société de résistance, puis on décrit la participation des différentes catégories de cette population, et on accorde l’attention à celles des femmes, des jeunes et des élèves d’écoles, tout en analysant et interprétant leur rôles et leurs places durant ces activités (Chapitre II).

Chapitre I : Organisation et planification des activités : la professionnalisation des travaux

« Rares sont les mouvements de résistance dans le monde, et rares sont les peuples et les nations qui estiment autant leurs martyrs, les sanctifient ou apprécient leurs noms, les symboles qu’ils représentent et leurs traces, comme nous le faisons 88 »
Hassan NASSRALLAH

A- Relation Parti-Base : un facteur de succès

À travers l’histoire, et notamment durant le vingtième siècle, le monde a connu la diffusion de plusieurs idéologies, plusieurs pensées et plusieurs partis politiques.
La majorité de ces partis ont connu un succès à travers le support de leurs bases populaires, à travers leurs idéologies fortes, et à travers leurs compétences d’intégrer ces idéologies dans les mentalités de leurs partisans.
La première catégorie visée par un parti politique est celle des jeunes, qui sont les plus habiles à changer leurs idéologies, leurs pensées et leurs buts dans la vie. Les idéologies peuvent être de natures différentes, et non pas nécessairement religieuses, mais cette dernière est la plus efficace, comme a dit Marx : « la religion est l’opium des peuples ».
À partir de cette constatation, on peut donc présumer le degré d’influence de l’idéologie religieuse sur la mentalité des gens, qui réagissent avec les expressions, les discours et les idées religieuses. Les partis idéologiques commencent à former les jeunes dès l’adolescence, et parfois avant, pour les préparer à être obéissants dans les années suivantes.
Ils leur offrent plusieurs opportunités pour les stimuler à s’intégrer dans le parti : scoutisme, activités variées, sorties…mais aussi ils utilisent d’autres moyens pour changer leurs pensées, notamment à travers les écoles, qui participent aux activités commémoratives des partis soit par les chants et les musiques révolutionnaires, soit par la création des festivals et d’activités auxquels ils auront le droit d’y participer facilement…Les femmes sont aussi visées par n’importe quel parti politique, leur rôle est primordial dans la création d’une société favorable à leurs pensées.
Le résultat est que cette société formée d’individus de différents âges, de différentes orientations et pensées, sera complètement homogène et opte pour accepter et réagir avec toutes les idées et les décisions de ce parti, ce qui aboutit à un succès qui durera longtemps.
Le Hezbollah est un parti idéologique chiite qui affirme durant toutes les occasions, son appartenance à la nation libanaise, mais contredit ailleurs cette vérité, en déclarant son allégeance à l’autorité du guide suprême de la révolution iranienne Ali Khamenei.
Ce parti a été connu par l’obéissance de sa base populaire, et par les réactions positives de cette base durant toutes les périodes difficiles, depuis sa création en 1982 jusqu’à son intervention dans la crise syrienne.
Ce succès d’avoir une base populaire a surpris le monde, car toutes les tentatives qui ont été faites pour la diffamation de son image par les américains et les israéliens, ont échoué.
Cependant, la base populaire du Hezbollah est actuellement plus limitée qu’avant, elle est contrôlée par le parti, dans les écoles, dans les scouts, dans les quartiers, dans les entreprises et les magasins. L’image de Nassrallah est plus sacralisée, les drapeaux et les portraits des martyrs envahissent toutes les régions du parti.
Cette vérité s’affirme surtout durant les activités commémoratives organisées périodiquement pour commémorer ses martyrs, pour célébrer les grandes dates liées à ses travaux de résistance et pour célébrer aussi d’autres activités à caractères religieux.
Le succès de ces activités a eu comme raison principale la fidélité de ses partisans, qui n’a pas pu se réaliser sans la présence d’une équipe professionnelle responsable de l’organisation et de la planification des activités commémoratives. Le haut degré de professionnalisation attire le spectacle, et le parti continue à mieux évoluer le niveau de sa performance.
En outre, on peut remarquer que la communication entre le parti et la base est forte, mais aussi on peut observer la relation de complémentarité au sein des départements du parti, lesquels ont octroyé des fonctions déterminées et précises qu’ils doivent les respecter.
Les médias constituent le lien entre les dirigeants et les individus, et cette fonction s’accomplit par l’intermédiaire d’une structure médiatique variée et organisée (une chaîne télévisée, une radio, un journal, un magazine…).
Sur ce point, Dider Leroy justifie le succès actuel de la mobilisation populaire vis-à-vis de la résistance par « l’optimisation systématique de la stratégie communicationnelle du Hezbollah, puisque son discours est plus que jamais adapté à son public, plus islamisant par-ci et plus nationaliste par-là, relayé par un support tantôt traditionnel et tantôt très « hi-tech »[…] Entretenant l’atmosphère du Hezbollah vers l’intérieur ou défendant sa cause vis-à-vis de l’extérieur, le message résistant y est le dénominateur commun, omniprésent89 ».
Par contre, Judith Harik justifie cette popularité par le fait que ce parti « a été capable de fournir davantage d’aide publique et sociale aux zones musulmanes que les autres partis […] Il doit pouvoir combattre les israéliens et entretenir de bonnes relations avec l’Etat et jouir d’un soutien solide avec le public 90 »

B- Un calendrier riche en commémorations offert à la société de la résistance

Les activités que le Hezbollah organisent sont très variées et diverses. Selon Sabrina MERVIN91, le Hezbollah célèbre de façon plus ou moins élaborée des dates marquantes du calendrier.
Des fêtes à dimension nationale, religieuse et spécifiques au chiisme, comme Achoura ou les mémoires de naissance et de décès des douze imams, avec une série de commémorations qui renvoient par ailleurs à des événements politiques.

Le 11 février :

Le Hezbollah fête avec l’Iran la mémoire de la victoire de la révolution iranienne. Le 16 février, il commémore l’assassinat des deux dirigeants du Hezbollah Ragheb Harb et Abbas al moussawi.
Le premier est l’un des premiers clercs chiites libanais qui s’étaient engagés dans la résistance contre Israël, il était même considéré comme le fondateur spirituel du parti, mais il n’a pas eu de poste officiel, il a été assassiné le 16 février 1984 par des collaborateurs libanais dans son village natal Jebchit.
la célébration du jour de la libération
Le second, Abbas al Moussawi est le deuxième secrétaire général du Hezbollah, originaire du Bekaa, il a fait ses études religieuses à Najaf en Irak avec le secrétaire général actuel Hassan Nasrallah, puis il est revenu au Liban pour participer à l’organisation et la surveillance des travaux du Hezbollah.
Il a été aussi assassiné le 16 février 1992 après sa participation à la commémoration de Ragheb Harb à Jebchit, par un raid d’un hélicoptère israélien qui a bombardé sa voiture avec son épouse et ses enfants.
Le Hezbollah commémore ces deux assassinats chaque année, en organisant des campagnes médiatiques sur la chaîne Al Manar, sur la station Al Nour, dans les routes des villages et des villes, sur les réseaux sociaux, aux mosquées et Husayneyat, aux écoles et à toutes les institutions annexes. C’est la semaine des dirigeants martyrs de la résistance islamique.

Le 30 mars :

Jour de la terre, durant lequel le Hezbollah organise une commémoration en solidarité avec les palestiniens, ce jour marque l’omission par la violence de l’armée israélienne en 1976 du mouvement de protestation palestinienne, suite à la confiscation israélienne des terres de Galilée, durant laquelle six palestiniens ont été tués, et des centaines ont été blessés.

Le 25 mai :

C’est le jour historique de la résistance, durant lequel le Hezbollah fête la libération des territoires du Sud-Liban de l’occupant israélien après vingt ans d’occupation.
Le Hezbollah considère ce jour comme l’apogée de ses travaux de résistance et la première victoire arabe contre les israéliens depuis la création de l’Etat hébreu.

Le 14 août :

Jour de « la victoire divine » après l’offensive israélienne de juillet 2006 contre le Hezbollah et qui a causé 1300 morts civils libanais et des centaines de blessés.
Le Hezbollah invoque une victoire divine durant cette guerre « préparée » selon Nassrallah depuis des semaines par l’administration israélienne, avec la collaboration de son homologue américain et de quelques Etats arabes.

Le 11 novembre :

« Le jour du martyr de Hezbollah », durant lequel le parti commémore annuellement tous ses martyrs, qui sont au nombre de deux milles (avant la crise syrienne). La date de 11 novembre renvoie à l’attentat suicidaire d’Ahmad Qassir contre le siège militaire israélien principal à Tyr en 1982. C’était la première opération de suicide volontaire de Hezbollah contre l’armée israélienne, et qui a causé une dizaine de morts, mais aussi qui a été une annonce indirecte de la création du nouveau parti.
Le jour international de Jérusalem : ce jour est célébré chaque dernier vendredi du mois de Ramadan, il a été fixé par l’Ayatollah Khomeiny. Durant ce jour le Hezbollah a eu l’habitude d’organiser une célébration militaire de ses combattants dans les villes chiites jusqu’à 2006.
Depuis cette année, il a arrêté les expositions militaires dans cette célébration après les menaces israéliennes d’attaquer la place principale en 2006. Le Hezbollah continua à célébrer ce jour par un discours télévisé du secrétaire général, et par des commémorations dans les villes et les villages populaires du Hezbollah.
Il faut signaler que le Hezbollah organise ces activités dans ces régions libanaises qui sont découpées en trois régions principales : le sud, la Békaa et la banlieue Sud de Beyrouth.
Chaque région est divisée en sous-régions. Durant chaque fête, un responsable professionnel est chargé de communiquer avec le bureau central de Beyrouth, ce qui effectue et présente un travail bien organisé, structuré, et hiérarchisé, en évitant le plus possible les fautes techniques et personnelles.
Les villages du sud et du Békaa participent fortement à la célébration des « fêtes » du Hezbollah, ainsi que les villes principales à dimension chiite, comme Tyr, Nabatiyeh, Bint-jbeil, et Baalbek, où le Hezbollah organise les cérémonies de commémoration dans les places publiques, en parallèle avec la cérémonie centrale de la banlieue.
Les principales dates dont le Hezbollah donne une importance par rapport aux autres sont : le 11 novembre (jour du martyr), le 16 février (jour des dirigeants martyrs), le 25 mai (la libération), et le 15 Août (la victoire divine). Durant ces occasions, Le Hezbollah mobilise tous ses départements pour présenter une très bonne performance.
Durant les occasions principales du Hezbollah, le département responsable des activités commémoratives organise une célébration centrale et plusieurs célébrations sous-régionales.
La première aura lieu souvent au moujamma’a Sayed al shouhada’a à la banlieue sud de Beyrouth, soit à un lieu qui sera choisi en rapport avec la spécificité de la célébration : par exemple, la ville de Bint-Jbeil , frontalière avec Israël, accueille souvent la célébration du jour de la libération , car elle symbolise d’une part le lieu où Nassrallah a lancé son premier discours après le retrait des troupes israéliennes en 2000 et d’autre part « la défaite » militaire du Tsahal lors de la guerre de juillet 2006, durant laquelle le Hezbollah lui a interdit d’occuper la place sur laquelle Nassrallah a fait son discours historique.
Le lieu de la célébration centrale pourrait être aussi la ville de Nabatiyeh qui symbolise la résistance contre l’ennemi durant les premières années de l’occupation, ou celle de Tyr qui représente la ville de Moussa El Sadr, fondateur du mouvement Amal duquel le noyau et la pensée du Hezbollah s’est inspirée.
_________________________
88 Discours de Hassan Nassrallah à l’occasion du jour de martyr du Hezbollah, 11 novembre 2008.
89 LEROY (D), Hezbollah, La résistance islamique au Liban, Editions L’Harmattan, P. 190
90 HARIK (J), Le Hezbollah, le nouveau visage du terrorisme, Editions ViaMedias, P. 119
91 MERVIN (S), Le Hezbollah, état des lieux, Editions Sindbad-Actes sud, institut français du proche Orient, 2008


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