Entrepreneuriat et Femme entrepreneure : Définition et Caractéristiques


Revue De La Littérature – Chapitre Première :

Dans ce chapitre nous allons traiter les points suivants : définition des concepts que nous estimons nécessaires de clarifier en vue de permettre à nos lecteurs de les comprendre davantage, les théories qui cadrent avec notre sujet et quelques travaux de nos prédécesseurs.

I.1 Approche théorique

I.1.1 Définition de l’entrepreneuriat et de l’entrepreneur

1. L’entrepreneuriat

La définition de l’entrepreneuriat diffère d’un auteur à un autre. Plusieurs définitions sont ainsi données par plusieurs auteurs relevant de différents champs disciplinaires. Dans ce qui suit, nous donnerons quelques définitions les plus répondues.

Thierry Verstraete (2000), insiste sur le caractère complexe de la notion qui compliqué la définition du concept. Selon lui, « l’entrepreneuriat est un phénomène trop complexe pour être réduit à une simple définition, son intelligibilité nécessitant une modélisation »

Robert Hisrich, Michael Peters (1991) définissent le concept entrepreneuriat du point de vue de la création de la richesse. Pour cela, ils envisagent la notion « Comme un processus dynamique qui consiste à créer de la richesse supplémentaire. La richesse est créée par des individus qui assument les risques principaux en termes de capitaux, de temps et/ou d’implication professionnelle afin de donner de la valeur à un bien ou à un service.

L’acte productif peut ou non être nouveau ou exclusif. Mais la valeur doit y être en instillé par l’entrepreneur dans la mesure où il rassemble et alloue les compétences et ressources nécessaires »

Pour sa part, Fortin cité par Rajhi N. (2011), mentionne que « l’entrepreneurship réfère à une mentalité, à une attitude qui pousse l’individu seul ou associé, à démarrer une nouvelle affaire et à prendre les moyens pour réaliser un désir ou un rêve, tout en assumant les risques de l’aventure »

SelonVenkaraman et Shan (1991): « L’entrepreneuriat est l’étude scientifique du comment, par qui et avec quels effets, les opportunités de création de nouveaux produits et services sont détectées, évaluées et exploitées »

Gartner a définit l’entrepreneuriat « comme le processus d’organisation qui conduit à la création d’une nouvelle organisation »

Danjou (2002) définit l’entrepreneuriat comme étant un champ de recherche qui repose sur trois niveaux d’étude: l’entrepreneur, l’action et le contexte entrepreneurial. C’est un champ dont les composantes multiples sont observées et analysées par des économistes, des sociologues, des historiens, des psychologues, des spécialistes en sciences de gestion.

2. L’entrepreneur

La notion de l’entrepreneur fait son entrée dans la théorie économique avec Ricardo

l’entrepreneuriat et de l’entrepreneurCantillon : cet auteur fournit alors une première conception de la notion. L’auteur est considéré comme le premier à élaborer une théorie de l’entrepreneur. Dans son ouvrage intitulé « Essai sur la nature de commerce en général » (Boutillier S et Uzunidis D, 2000), Cantillon estime que l’entrepreneur c’est quelqu’un qui sait saisir une opportunité en vue de réaliser un profit, mais qui doit en assumer les risques. Cela veut dire que qu’il n’y a aucune garantie de ce qu’il va recevoir d’après sa décision d’entreprendre.

J-Baptiste Say est le deuxième auteur à s’intéresser aux activités de l’entrepreneur.il est fondamental de préciser que Say est le premier à avoir déterminé les caractéristiques de l’entrepreneur, établissant ainsi son profil, sans en faire le centre de son analyse : il voyait le développement de l’économie par la création d’entreprises.

Dans la pensée de Say, l’entrepreneur doit diriger et organiser, d’une part, et prendre des risque, d’autres part. Ce sont les deux traits les plus caractéristiques de l’activité de l’entrepreneur.

Say met l’entrepreneur au centre du processus économique. Selon lui, l’entrepreneur est un agent économique rationnel et dynamique, garantissant véritablement l’équilibre économique.

Schumpeter Josef, qualifié de père fondateur de l’entrepreneuriat, fait évoluer d’une façon importante la compréhension de la fonction entrepreneuriale. Il donne de l’entrepreneur une définition plus restrictive que celle de SAY. L’entrepreneur de Schumpeter est celui qui introduit et conduit l’innovation, celui qui crée une combinaison des facteurs de production de manière à innover au sein du processus de développement économique. Ce n’est pas le simple créateur d’entreprise mais c’est celui qui apporte une innovation.

D’autres auteurs ce sont intéressé par la suite à la notion de l’entrepreneur. Pour Mcclelland (1998), l’entrepreneur est « c’est un individualiste qui agit au nom de mobiles personnels. Il définit l’entrepreneur comme quelqu’un qui contrôle une production qu’il ne consomme pas personnellement ».

Bygrave W (2011), observe que « les chercheurs se chamaillent sur une définition satisfaisante de la création d’entreprise et suggère que le manque de précision dans la définition du créateur peut contribuer au manque de modèles solides de création d’entreprise. Le terme est utilisé depuis plus de deux siècles, mais nous continuons à le faire évoluer, à le réinterpréter, à réviser sa définition » et sa définition la plus simple est : « un entrepreneur est une personne qui identifie une opportunité et crée une organisation pour la suivre jusqu’au bout ».

Il ressort de ce qui précède que concept de l’entrepreneur recouvre différentes significations : il est donc difficile de trouver une définition unanime, claire et évidente de l’entrepreneur.

I.1.2 Caractéristiques de l’entrepreneur

Différents caractéristiques sont attribuées à l’entrepreneur selon Julien P-A et Marchesnay M. (1996). L’entrepreneur dispose de plusieurs traits caractéristiques qui représentent des valeurs et des attitudes face à l’environnement socio-économique dont il procède. Les traits caractéristiques sont :

a- Les traits caractéristiques

* Le besoin d’accomplissement : les chercheurs de l’approche par traits veulent démontrer que le besoin d’accomplissement et l’une des principales caractéristiques du comportement de l’entrepreneur. D’après Mcclelland (1998) le besoin d’accomplissement est l’un des éléments indissociables des caractéristiques de l’entrepreneur. Ces travaux ce sont basés sur le critère de besoin d’accomplissement : ils ont identifié une relation de corrélation entre le besoin d’accomplissement, comme un trait personnel entrepreneurial, et le développement économique ;

* Le besoin d’indépendance : les entrepreneurs veulent prendre le contrôle de leur avenir. Ces entrepreneurs ont un fort sentiment d’indépendance et se caractérisent par un certain sens d’autonomie très poussée ;

* La confiance en soi : Les entrepreneurs sont par définition optimistes : ils croient en leurs capacités et s’assurent de tout mettre en œuvre pour atteindre leurs objectifs et ont une maitrise en soi ;

* L’innovateur : Joseph Schumpeter, souligne que l’entrepreneur est l’investigateur de l’innovation au sein de l’organisation. Selon lui, seuls les individus qui sont capables d’innover et méritent l’appellation « d’entrepreneur » ;

* Un preneur de risque : Chez les entrepreneurs, la prise de risque est spécifique à certain domaines et certaines situations. Certains chercheurs estiment que la propension à prendre des risques est l’essence de l’activité entrepreneuriale et la création d’entreprise serait réservée à ceux qui auraient une moindre aversion au risque. Des spécialistes s’accordent à dire que la prise de risque est considérée comme un caractère qui différencie les entrepreneures des autres individus.

b- Entrepreneur-Opportuniste

Entreprendre, « c’est conquérir une place sur le marché » qui doit être toujours à l’affut des nouveautés ou d’opportunités de manière de gagner sur le marché.

c- L’entrepreneur-Organisateur

L’entrepreneur est un être compétent qui sait organiser ses ressources : il met tout en œuvre pour développer et commercialiser son innovation.

d- L’entrepreneur-joueur

L’entrepreneur est aussi un joueur qui prend des risques pour affronter des défis.

e- L’entrepreneur-Motivé

Pour Josèphe Schumpeter l’entrepreneur est motivé par la réalisation de bénéfices générés par les risques pris et la réussite. Les défis représentent des objectifs pour l’entrepreneur : on dira même que les défis lancés constituent la première source de motivation.

I.1.3 Théorique sur l’entrepreneuriat

Certains chercheurs présentent l’évolution des recherches sur l’entrepreneuriat. Ces recherches se résument en trois approches fondamentales : l’approche fonctionnelle, l’approche comportementale et l’approche processuelle.

I.1.3.1 Approche fonctionnelle

Cette approche permet de répondre à la question de « Quoi ? » ou bien de ce qui fait l’entrepreneur. Elle s’intéresse aux comportements de l’entrepreneur. Des économistes utilisent le concept de l’entrepreneuriat sous l’ongle de la richesse. A l’origine de la compréhension du concept d’entrepreneuriat, se situent les contributions de trois auteurs :

Pour Richard Cantillon, l’entrepreneur est un preneur de risque alors que Jean Baptiste Say présente l’entrepreneur comme « l’agent principal de la production », Joseph Schumpeter, pour sa part, synthétise la fonction d’innovation de l’entrepreneur.

Les économistes ont essayé de définir l’entrepreneur, sa fonction et son rôle dans le marché. Ainsi, ils ont cherché à répondre à la question suivante : Quelle est la fonction ou quel est le rôle de l’entrepreneur dans l’économie? Il suffit de se concentrer sur l’entrepreneur. A l’instar de Schumpeter, l’entrepreneur est un acteur de l’innovation ; c’est grâce à ses initiatives et à sa prise de risque qu’il apporte un changement essentiel à l’entreprise. Son rôle est non seulement d’agir pour créer une entreprise mais aussi de trouver des possibilités encore inconnues dans l’environnement et d’être pionner pour avoir la fonction d’entrepreneur.

I.1.3.2 Approche par les traits ou approche comportemental

L’approche par les traits consiste à identifier l’entrepreneur par ses caractéristiques propres à lui : c’est une approche sociologique qui consiste à comprendre à la question qui est l’entrepreneur ? Et pourquoi le phénomène de l’entrepreneuriat se développe. Cette approche s’intéresse aux caractéristiques propres à l’entrepreneur : ses traits de personnalités, ses comportements et comment l’entrepreneur agit-il pour créer une entreprise ? Mcclelland (1998) est le premier chercheur incarnant cette approche psychologique. Pour lui, les principales caractéristiques des entrepreneurs sont un besoin élevé d’accomplissement lorsqu’un individu est responsable de la solution de ses problèmes.

I.1.3.3 Approche par les processus

Le domaine de cette approche n’est plus centré sur l’entrepreneur mais sur le processus entrepreneurial, il est orienté vers les actions et décisions que l’entrepreneur devra poser s’il veut que son projet devienne réalité. Elle consiste aussi à décrire les étapes de création et de reprise des entreprises et des organisations.

A ce propos, Gartner (1985) estime que « l’entrepreneuriat n’est rien d’autre qu’un phénomène consistant à créer et à organiser de nouvelles organisations ». Fayolle évoque pour sa part que « l’étude des processus est abordé au cœur de nombreux travaux dans le domaine d’entrepreneuriat.».

I.1.4 Femme entrepreneure

Les femmes entrepreneures contribuent largement à la croissance, à l’innovation et à la création d’emploi. Mais, en dépit de leur participation grandissante à l’économie, le phénomène de l’entrepreneuriat féminin reste sous-estimé. Il est donc plus que jamais nécessaire de comprendre et d’étudier ce phénomène, en essayant de définir, dans un premier temps, la notion de la femme entrepreneure, et voir, dans un deuxième temps, leurs caractéristiques, motivation et les obstacles liés à l’entrepreneuriat féminin.

I.1.4.1 Définitions

L’entrepreneure est cette femme qui recherche l’épanouissement personnel, l’autonomie financière et la maitrise de son existence grâce au lancement et à la gestion de sa propre entreprise (Belcourt et al. 1991 cité par Bouzekraoui 2014).

Selon Lavoie (1988) « L’entrepreneure est : la femme qui, seule ou avec un ou des partenaires, a fondé, acheté ou accepté en héritage une entreprise, qui en assume les responsabilités financières, administratives et sociales et qui participe activement à sa gestion courante ».

D’après ses différentes définitions, on constate que le mot entrepreneure désigne :

  • – Le genre féminin du métier entrepreneur ;
  • – Femme autonome qui contrôle, décide et gère une entreprise;
  • – Femme créatrice d’une entreprise de qualité innovante.

I.1.4.2 Quelques éléments de recherche sur l’entrepreneuriat féminin

Les recherches sur l’entrepreneuriat féminin ont considérablement évolué. Suivant la littérature francophone, deux périodes se distinguent. La première période de (1970-1980), fait la comparaison entre la femme et son homologue masculin en termes de motivation, de personnalité et d’expérience. La deuxième période apparue depuis 2000 est la plus récente : elle concerne les femmes elles-mêmes.

La littérature anglophone conviennent avec la littérature francophone dans certains thèmes de recherches tels que les caractéristiques des femmes entrepreneures, leurs motivations, les réseaux, le processus d’investissement, les facteurs bloquants, la famille, le processus entrepreneurial. Les premiers travaux sur l’entrepreneuriat féminin sont apparus aux États-Unis il y a une trentaine d’années sous la plume de Eleanor Schwartz et autres auteurs fondateurs tels que (Hisrich, Brush et Ahl, etc.).

I.1.4.3 Approches féministes de l’entrepreneuriat féminin

La théorie du féminisme considère le genre comme une dimension fondamentale de toute organisation, Son objectif est de faire la défense des intérêts des femmes dans la société, l’amélioration et l’extension de leurs droits ainsi que la fin de l’oppression et des discriminations dont les femmes sont victimes au quotidien.

I.1.4.3.1 Féminisme libéral égalitaire

La perspective du féminisme libéral est basée sur l’affirmation que les femmes sont toutes aussi capables que les hommes de rationaliser. Ces chercheurs avancent que les femmes seraient désavantagées par rapport aux hommes à cause de leur manque d’expérience et de formation en gestion et de certains facteurs discriminatoires (par exemple le traitement inégal lié au financement). D’après ce point de vue, les différences observées dans les réalisations des hommes et des femmes peuvent s’expliquer par le fait que les femmes n’ont pu développer leurs pleines capacités. Par conséquent, lorsque les femmes auront accès aux mêmes opportunités que les hommes, elles seront en mesure d’atteindre leur plein potentiel et, de ce fait, les différences entre hommes et femmes disparaîtront. La pensée libérale indique que pour mettre fin à la discrimination, il faudrait s’attaquer aux barrières structurelles que les femmes rencontrent dans leurs vies quotidiennes.

I.1.4.3.2 Féminisme socialiste

La vision du féminisme social affirme par contre que les différences entre les hommes et les femmes sont attribuables aux expériences vécues au tout début de leur vie, et que les discriminations que subissent les femmes proviennent non seulement des mentalités et autres valeurs rétrogrades mais également du système capitaliste (système économique) lui-même.

Contrairement à la pensée du féminisme libéral, les hommes et les femmes ne sont pas considérés comme semblables. Pendant, cela ne veut pas dire que les femmes sont inférieures aux hommes puisque les deux groupes, même s’ils diffèrent dans leur approche, peuvent développer des compétences distinctives. Une affirmation centrale de la perspective du féminisme social est que, même si les expériences des femmes et leur façon de penser ont été dénigrées, leurs connaissances peuvent conduire à un comportement tout aussi fonctionnel dans la société que celui des hommes. Conséquemment, les différences dans les traits de vécues vont donner lieu à des comportements entrepreneuriaux propres à chaque sexe. En se fondant sur ce raisonnement, Fisher et ses collègues soutiennent que les femmes seraient plutôt motivées par un travail qu’elles aiment faire, au détriment de l’aspect financier souvent privilégié par les hommes.

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