Limites de la réflexion en cours d’action et rôle du chercheur

4 April 2013 | Sciences Humaines TFE

3.2.3 Limites de la réflexion en cours d’action

Dans le Chapitre 7, intitulé Town Planning : Limits to reflection-in-action (Schön, 1983, p. 204), Schön étudie le cas d’un urbaniste qui se retrouve piégé dans le rôle qu’il s’est lui-même imposé, ce qui nuit grandement à sa réflexion. Le rôle que l’urbaniste s’est attribué est vu par Schön comme étant le modèle I. Dans ce modèle, le praticien veut à tout prix réussir la tâche qu’il s’est donnée, par peur d’être « puni » s’il échoue. Il envisage ses interactions avec les autres parties prenantes comme des situations binaires où il peut gagner ou perdre, et son but est évidemment d’éviter de perdre. Il essaye pour cela d’escamoter ses sentiments et il argumente le plus rationnellement possible (Schön, 1983, p.204). Globalement ce modèle entraine des comportements de défense et de contrôle (Schön, 1983, p. 226).

Au contraire, le modèle II, développé par Schön et Argyris (Schön, 1983, p. 227), insiste sur la circulation de l’information, la révélation des motivations personnelles de chacun, et l’adoption d’une attitude ouverte aux autres. Le but du professionnel est de tenir à jour les connaissances des parties prenantes afin que ces dernières puissent prendre des décisions éclairées.

Schön compare les deux modèles de la façon suivante :

In the first case attribution tend to be self sealing, and reflection-in-action tend to be limited to consideration of the effectiveness of strategies of unilaterial control. In the second case, errors of attribution are more likely to surface and reflection-in-action is more likely to extend in scope to the entire system of knowing in practice, including the framing of the role himself. (Schön, 1983, p. 230)

En conclusion de ce chapitre, Schön explique que le rôle du praticien est souvent un rôle d’intermédiaire, ce qui mène facilement à des situations conflictuelles (Schön, 1983, p. 235). En choisissant un rôle proche du modèle II, le praticien peut éviter de se faire enfermer dans un rôle qui restreint la réflexion en cours d’action (Schön, 1983, p. 234). Sortir de ce type de limitation demande d’une part une volonté du praticien, et d’autre part une aide extérieure : « others help him see what he has worked to avoid seeing » (Schön, 1983, p. 283).

3.3 Réflexion en cours d’action et rôle du chercheur



Si le designer est un chercheur dans le contexte de la pratique, quel est le rôle du chercheur ? Est-il obligatoire de pratiquer pour chercher ?

Schön estime que des recherches peuvent être menées en dehors du contexte de la pratique : « there are kinds of research which can be undertaken outside the immediate context of practice in order to enhance the practitioner’s capacity for reflection-in-action » (Schön, 1983, p. 309). Il distingue quatre types de « recherche réflexive » pouvant aider les professionnels dans leur réflexion, et ajoute que ces recherches existent déjà dans de nombreuses professions, même si elles ne sont qu’à l’état embryonnaire (Schön, 1983, p.309).

La première forme de recherche concerne la façon dont les professionnels recadrent leurs problèmes ainsi que le rôle qu’ils s’attribuent. Dégager ces cadres signifie mettre à jour les normes et les valeurs d’un praticien, lui permettant ainsi de vérifier si elles sont adéquates pour une situation donnée (Schön, 1983, p. 310). Une deuxième forme de recherche concerne le répertoire des designers. Il s’agit de recenser les solutions utilisées par les praticiens, mais aussi les « modes de pensée » qui ont conduit à ces solutions. Cette deuxième dimension n’est que peu présente dans les recherches sur le répertoire (Schön, 1983, p. 315). La troisième voie de recherche s’intéresse aux théories globales (Schön, 1983, p. 317). Enfin un dernier volet consiste à continuer les recherches sur la structure de la réflexion en action, en observant et en analysant la pratique actuelle des designers (Schön, 1983, p. 320). On remarque que trois pistes de recherche sont centrées sur les constantes du modèle et n’impliquent pas de se placer dans la peau du praticien, ni même dans une position proche du contexte de pratique. Les avocats étudient ainsi des cas qui leur sont rapportés et les architectes se sont intéressés à l’étude des précédents (les édifices précédents notables) et participent ainsi à la construction du répertoire de leur profession.

Dans le cas du jeu casual, une recherche réflexive empruntant ces différentes pistes pourrait permettre de collecter des informations sur le système d’appréciation des designers casual, sur leur répertoire de solution de design ou sur leur rôle, et pourrait nous aider à mieux définir ce qu’est un jeu casual pour les designers à l’heure actuelle. Éventuellement, une telle recherche pourrait aussi aider les praticiens à améliorer leur réflexion en action.

3.4 Conclusion sur les théories de la conception et leur apport pour l’étude du jeu casual

Notre volonté d’étudier l’expérience des designers de jeu casual nous a poussée à nous intéresser aux théories en science de la conception, théories qui permettent d’appréhender la complexité de l’acte de design. Notre choix du modèle de Schön se justifie par son intérêt épistémologique. La structure du modèle de la réflexion en cours d’action (description de la situation, recadrage, action et évaluation) associée aux constantes (les médias, le langage, le répertoire, les systèmes d’appréciation, l’encadrement du rôle du praticien et les théories globales) forme un cadre que nous espérons apte à permettre l’étude du design de jeux.

Notre question de recherche peut alors se préciser : quels éléments le savoir professionnel des designers de jeux peut-il nous apporter pour définir les jeux casual ?

Lire le mémoire complet ==> (Les casual games : définition à l’aide du savoir professionnel des designers de jeux)
Mémoire présenté à la Faculté des Études Supérieures et Postdoctorales en vue de l’obtention du grade de M. Sc. A. en Aménagement
Université de Montréal – Option Design et Complexité

 

2.2. La phase d’écriture. Après ces trois semaines d’études préalables du conte, les enfants
2. LA REALISATION DU PROJET. Il est important pour que les enfants puissent réellement s’investir
LA MISE EN OEUVRE – DEUXIEME PARTIE : 1. DE L’ANALYSE D’UNE STRUCTURE AUX OPERATIONS DE PL