Comment Génopole a-t-il pu voir le jour ?

20 March 2013 | Economie et Gestion

IV. Comment Génopole a-t-il pu voir le jour ?

Le développement fulgurant de Génopole reste néanmoins très impressionnant et très enthousiasmant, si bien qu’on est forcément amené à se poser la question suivante : dans un contexte où la recherche française est plutôt paralysée et où il est si difficile de faire bouger les choses, comment une initiative de cette ampleur a-t-elle pu voir le jour ? Comment a-t-on réussi à vaincre les viscosités du système ? Ceci est dû à trois facteurs principaux.

Une initiative portée par l’aura du Téléthon.

Tout d’abord, Génopole n’aurait jamais vu le jour sans le concours de l’AFM et du Téléthon. Le nom Génopole est d’ailleurs une marque déposée qui appartient à l’AFM. Le Téléthon bénéficie en effet d’une puissance médiatique considérable : créé en 1987 sur un modèle américain, le Téléthon rapporterait chaque année autant d’argent que le budget de recherche en sciences du vivant du CNRS. C’est pourquoi, lorsque Bernard Barataud, le président de l’AFM de l’époque, est allé négocier avec les ministres de la Recherche successifs la création à Evry d’une technopole consacrée aux biotechnologies, ceux-ci n’ont pu le lui refuser.

C’est en 1994 que Bernard Barataud a déposé le projet Génopole devant le Président de la République, avec l’idée de créer une petite Silicon Valley dédiée à la génomique, permettant de développer un tissu industriel suffisant pour valoriser les nouvelles découvertes scientifiques. De plus, l’AFM devait passer le relais à l’Etat en matière de cartographie du génome humain, effectuée jusque-là au sein du Généthon, pour pouvoir se concentrer sur la thérapie génique. Bernard Barataud défendit dès lors l’idée de la création d’une génopole à Evry qui concentrerait les efforts de recherche et mutualiserait les moyens. Rencontrant au début beaucoup de réticences au sein de la recherche publique, l’AFM réussit néanmoins à remporter la décision finale en offrant 50MF pour payer les loyers du CNS et du CNG au cours des premières années. C’est donc en 1996 que le Ministère de la Recherche, ne pouvant risquer de contrarier une association bénéficiant d’une telle puissance médiatique, décida de créer un Centre National de Séquençage et un Centre National de Génotypage publics, ce qui fut rapidement suivi de la création de Génopole.

L’équipe Génopole s’efforce d’ailleurs de continuer à profiter de l’aura médiatique du Téléthon en développant une communication forte à l’égard du grand public. C’est ainsi par exemple qu’elle organise les « cafés du gène », une série de débats publics qui ont pour but de permettre à la société de comprendre ce qui se fait à Génopole et de dédramatiser la hantise de l’opinion publique vis-à-vis des biotechnologies. Génopole prend également part à l’organisation de la fête de la science, à la publication de livres destinés au grand public, et participe bien sûr activement chaque année à l’organisation du Téléthon !

L’urgence économique



C’est également l’urgence économique liée au développement des biotechnologies et à la course au séquençage du génome humain qui a poussé l’Etat à réagir et à créer Génopole. La France accuse en effet un fort retard par rapport aux Etats-Unis dans le domaine des biotechnologies, et elle est également très en retard par rapport à la Grande- Bretagne, qui a déjà entamé une phase de restructuration industrielle dans ce secteur, et par rapport à l’Allemagne, où les entreprises ont bénéficié d’une aide publique importante. Ce retard est perçu par beaucoup comme une menace mortelle pour l’industrie pharmaceutique française et pour le rôle de la France dans le domaine de la santé. Une réaction de l’Etat était donc impérative.

C’est ainsi que le Ministère de la Recherche s’est tout d’abord tourné vers les postes d’expansion économique des ambassades pour leur demander ce qui était entrepris dans les autres pays. Ils ont rapporté que l’on était en train de mettre en place de grands centres de séquençage permettant d’effectuer d’importantes économies d’échelle sur le prix de ces opérations. Au début, tous les laboratoires publics étaient opposés à une telle initiative, car ils avaient peur de se faire absorber par une telle structure. Mais les futures étapes du séquençage nécessitaient d’investir massivement dans des infrastructures techniques lourdes, comme des robots et des séquenceurs. Il apparaissait donc nécessaire que l’Etat regroupe ces équipements dans un centre de ressources national afin d’éviter une dispersion des investissements au niveau de chaque laboratoire. Un diagnostic similaire fut fait concernant le génotypage, et c’est ainsi que ces centres nationaux furent créés à Evry.

La création de Génopole a cependant pris beaucoup de temps, ce qui a été à l’origine d’un gâchis considérable. En effet, une première mondiale eut lieu à Evry en 1992, lorsque des chercheurs du Généthon produisirent la première carte physique du génome humain, sur laquelle les chercheurs du monde entier se sont ensuite appuyés pour effectuer le séquençage complet du génome humain, et qui sert aujourd’hui encore de référence en la matière. On aurait donc pu penser que la France partait avec une longueur d’avance par rapport à ses concurrents internationaux. Mais les longues années qui se sont écoulées entre cette découverte et la mise en place des moyens correspondants ont été plus que suffisantes pour permettre aux chercheurs américains de prendre de l’avance, et la France n’a finalement séquencé que 3,4% du génome humain. Quel dommage !

Une chance unique pour Evry.

Enfin le soutien unanime des collectivités locales à Génopole s’explique en grande partie par l’opportunité incroyable que représente une telle initiative pour Evry et sa région. En effet, comme nous l’a confié un élu local, « sans Génopole, Evry n’a rien, sauf des problèmes ». Le taux de chômage y est en effet deux fois supérieur à la moyenne du département de l’Essonne, et le développement économique d’Evry cherchait un second souffle en 1997 après une première vague d’implantations comprenant le CNET, Carrefour et l’Université d’Evry. L’implantation de Génopole est donc venue à point nommé pour apporter une nouvelle image et un nouveau dynamisme à la ville nouvelle. Elle a donc reçu le soutien immédiat du maire d’Evry, du préfet de l’Essonne et du Conseil Général de l’Essonne, qui a rapidement compris que cela permettrait de développer un pôle d’innovation complémentaire à celui du plateau de Saclay. Le Conseil Régional d’Ile-de-france fut semble-t-il plus difficile à convaincre, et celui-ci ne décida de s’investir pleinement dans Génopole qu’en 1999, lorsque Thierry Mandon, vice-président du Conseil Général, alla convaincre personnellement le président de la région de passer à la vitesse supérieure.

Cependant, pour justifier pleinement les investissements massifs des collectivités locales, encore faut-il que Génopole ait des retombées directes sur Evry et sa région, notamment en termes d’emplois créés. Pour l’instant, les emplois créés par Génopole sont plutôt des emplois très qualifiés qui ne correspondent pas vraiment à la demande locale, et la plupart des chercheurs n’habitent pas à Evry. Mais si Génopole se développe encore et que de grandes entreprises s’y implantent, la palette des emplois disponibles sera sans aucun doute plus grande. Cependant les biotechnologies restent un secteur très incertain, si bien qu’en tout état de cause le développement économique d’Evry ne doit pas reposer uniquement sur Génopole.

D’après Pierre Tambourin, Génopole n’atteindra sa taille critique que dans quelques années. Il faudrait pour cela qu’il abrite une centaine de start-ups et quelques grandes entreprises. Il faudrait également renforcer le pôle académique en créant l’institut de biologie, en continuant à faire venir des laboratoires publics et en créant un Centre Hospitalier Universitaire. Enfin les équipes d’encadrement doivent être renforcées. Mais dès aujourd’hui Génopole est devenu un élément absolument incontournable du paysage français de la recherche.

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Mémoire d’Ingénieurs Elèves
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