Le système universitaire laotien et le français à l’université

1-3. Un enseignement supérieur en construction et l’enseignement du français

Aujourd’hui, la scolarité est obligatoire de 6 à 16 ans. La durée de l’année scolaire est de 38 semaines, les jours de classe allant du lundi au vendredi. L’année scolaire va du 1er septembre à la fin du mois de juin, avec une semaine de congé intersemestriel.

Le système scolaire se découpe comme suit : l’école primaire dure généralement cinq ans (P1, P2, P3, P4, P5), suivis depuis la rentrée scolaire de septembre 2009, de quatre années de collège (C1, C2, C3, C4) – jusque là il n’y en avait que trois – elles-mêmes suivies de trois ans de lycée (L1, L2, L3) et enfin de trois à sept d’études supérieures, selon les domaines. Nous allons maintenant nous pencher plus particulièrement sur le système universitaire afin de mieux cerner le contexte dans lequel les Filières Universitaires Francophones FUF, auxquelles nous nous intéresserons plus tard, se développent.

1-3.1. Le système universitaire laotien

Actuellement, l’enseignement supérieur en RDP Lao repose sur 5 Universités, 6 Écoles Normales Supérieures et 83 Institutions privées. Jusqu’en 2009, les élèves entraient dans l’enseignement technique et à l’université après avoir accompli le second cycle de l’enseignement secondaire, soit après 11 années d’études. Cependant, depuis la rentrée scolaire de septembre 2009 le gouvernement a prévu un allongement d’un an de la durée du collège, passant de ce fait à 12 années d’études et s’alignant ainsi sur la plupart des pays dans le monde. Ainsi, les programmes scolaires de la 1ère année de lycée sont désormais ceux de la dernière année de collège, ceux de la 2ème année de lycée sont ceux de la 1ère année et ainsi de suite. Des curricula ont donc été créés pour la dernière année de lycée. En conséquence, il n’y aura pas d’étudiants sortant des lycées en 2010.

En 2007, plus de 44 000 élèves avaient obtenu leur bay pakat mohot laotien (examen de fin secondaire) avec un taux de réussite de 98,46 %. La très grosse majorité de ces élèves poursuivent ensuite leurs études dans l’une des universités laotiennes ou bien dans l’une des cinq Écoles Normales Supérieures de formation des professeurs. Une partie de ces bacheliers obtient également des bourses pour aller étudier à l’étranger.

Les effectifs des étudiants s’élevaient pour l’année universitaire 2008-200914 à 38 481 étudiants à l’Université Nationale du Laos, 3 092 à l’Université des Sciences de la Santé – ces dernières se trouvant toutes deux à Vientiane –, 4 662 à l’Université de Champassak, 3 59215 à l’Université Souphanouvong de Luang Prabang.



La durée des études supérieures est de trois à quatre ans dans l’enseignement technique et de cinq à sept ans à l’université.

L’Université Nationale du Laos, dite « UNL », a été créée en juin 1995 en regroupant, sous la tutelle du Ministère de l’Éducation, les écoles et instituts supérieurs de Vientiane qui dépendaient auparavant de différents ministères. L’Université de Champassak a ouvert ses portes en septembre 2002 pour accueillir des étudiants des cinq provinces du Sud. L’Université Souphanouvong a été créée en 2003. Elle est en lien direct avec l ‘Université Nationale du Laos et les étudiants provenant des six provinces du Nord et de l’Est y suivent le même programme d’études. Il n’y a pas pour l’instant de département de français. L’Université des Sciences de la Santé est née en 2007 et a été placée sous la tutelle du Ministère de la Santé. Avant cette date, la faculté des sciences médicales était rattachée à l’Université Nationale du Laos et dépendait donc du Ministère de l’Éducation. L’Université de Savannaket, créée à la rentrée universitaire 2009, est à l’heure actuelle la plus petite université du pays en nombre d’étudiants (700), mais elle comprend toutefois une section de français vouée à se développer.

Peuvent être admis à l’université les étudiants titulaires du bay pakat mohot laotien ou les diplômés de l’enseignement professionnel et technique du niveau secondaire selon trois modes de sélection.

Le premier mode est celui de la sélection par « quota », dont le nombre est fixé par le Ministère de l’Éducation : il permet à un certain nombre de diplômés du bay pakat mohot sélectionnés dans chaque province au vu de leur dossier scolaire, d’entrer à l’université sans concours d’entrée et de bénéficier d’une allocation mensuelle pour leurs études. La création des universités du Nord et du Sud a permis aux étudiants de 12 provinces de poursuivre des études supérieures plus près de leur domicile. Cependant, celles-ci n’offrent pas un éventail de formations aussi important que l’Université Nationale du Laos et chaque province continue donc d’envoyer des étudiants ayant terminé leur cursus scolaire secondaire poursuivre leurs études à Vientiane. Après leurs études universitaires, ces étudiants sont en principe redevables de 5 années d’exercice pour le compte de l’État.

14 Chiffres pour l’année universitaire 2008-2009 tirées du document publié annuellement « Les universités du Laos », préparé par Maxime GAUDIN, chargé de la valorisation du français et du conseil pédagogique auprès des universités.

15 L’Université Souphanouvong n’ayant pas transmis les chiffres pour l’année 2008-2009, ce sont ceux de l’année précédente, tirés de la Fiche Laos, Ministère des Affaires Étrangères et Européennes, Ambassade de France au Laos, mise à jour 29 septembre 2009, p. 6

Le deuxième mode de sélection, qui est celui par concours, permet aux étudiants ayant terminé leurs études secondaires mais n’ayant pas été sélectionnés par quota de se présenter au concours d’entrée à l’Université Nationale du Laos à Vientiane ou dans certains centres de province. Ce concours ne prend pas en compte la maîtrise d’une langue étrangère, et semble perfectible.

Enfin, la sélection par concours propre à chaque faculté permet aux étudiants non admis selon les modes de sélection précédents de passer un concours plus restreint dans la faculté de leur choix et de poursuivre leurs études en suivant un cursus payant.

La politique du Ministère de l’Éducation vise à réduire le nombre des étudiants avec quota, qui ne sera, à terme, maintenu que pour les groupes ethniques minoritaires, et les candidats provenant de zones éloignées ou moins développées.

1-3.2. L’École des Études Fondamentales (EEF)

Sur le campus de Dong Dok a été implantée, lors de la création de l’Université Nationale du Laos, une École des Études Fondamentales (désormais EEF), qui avait vocation à préparer, pendant une année dite « de propédeutique », les étudiants admis à l’université avant qu’ils n’intègrent l’une des facultés de l’université. Les objectifs de l’EEF étaient d’initier les étudiants au système académique, de préparer les étudiants à des études spécialisées dans les facultés et d’homogénéiser le niveau des étudiants d’origines diverses.

En raison de la réforme du système éducatif initiée par le Ministère de l’Éducation qui, comme nous l’avons vu précédemment, rallonge la durée des études secondaires d’une année, le système universitaire a été amené à s’adapter et l’EEF à disparaître. Par conséquent, depuis la rentrée 2008, les étudiants intègrent tous directement les facultés.

La dernière promotion de l’EEF comportait, pour l’année universitaire 2007-2008, 1 727 étudiants dont plus de 54 % étaient inscrits en « section Sciences » contre 46 % en « section Lettres » orientée en majorité vers les sciences économiques et sociales. Ces dernières années, le nombre d’étudiants qui passaient sur ses bancs était en forte diminution du fait que les étudiants du cursus payant intégraient la faculté de leur choix dès la première année. Cependant, tous les étudiants devaient valider les 27 crédits liés aux matières obligatoires, qu’ils soient ou non passés par l’EEF.

1-3.3. Le français à l’université

L’anglais et le français se partagent le statut de LV1 à l’Université Nationale du Laos. Le français est enseigné en qualité de LV2 aux départements d’anglais (201 étudiants) et de géographie et de tourisme (157 étudiants). L’apprentissage du français est obligatoire pour tous les étudiants de l’Université des Sciences de la Santé, soit 3 092 étudiants alors que celle- ci ne dispose que de 3 professeurs de français et de l’aide d’une Volontaire Internationale (VI). Dans les universités du Sud et du Nord, l’anglais est quasiment la seule langue étrangère enseignée (hormis à l’Université de Savannakhet), bien qu’il y ait une forte demande, notamment à Luang Prabang, pour apprendre le français.

Pour l’année universitaire 2008-2009, on recense 38 481 étudiants dans l’ensemble des universités du Laos : le cursus « normal » gratuit16 (quota et concours) compte 13 512 étudiants (soit 35,1 % du total) et le cursus payant 24 969 étudiants (soit 64, 9 % du total). Au total, 4 698 étudiants apprennent le français à l’université, soit 12,2 % de l’effectif total des étudiants (cursus « normal » gratuit + cursus payant). On compte également sur l’ensemble des universités 40 enseignants de français soit 2,6 % du total du personnel enseignant des universités (1 532).

Répartition par faculté des étudiants apprenant le français17 :

Facultés Nombre d’apprenants de français
Faculté des lettres 328 étudiants, dont 201 étudiants du département d’anglais qui étudient le français en LV2
Faculté des sciences sociales 157 étudiants au département de géographie et de tourisme qui étudient le français en LV2
Faculté de droit et de sciences politiques 430 étudiants
Faculté d’ingénierie 334 étudiants
Faculté d’agriculture 47 étudiants
Faculté des sciences 91 étudiants (uniquement en FPMF18)
Faculté des sciences de l’éducation 136 étudiants
Faculté d’économie et de gestion 83 étudiants (uniquement en Filières Universitaires Francophones FUF)
Université des sciences de la santé 3 092étudiants
TOTAL 4 698 étudiants

16 On parle de cursus « normal » pour parler du cursus gratuit dans lequel les étudiants entrent sur quota ou sur concours. Cependant la normalité est de plus en plus d’être inscrit dans les cours « spéciaux » du soir qui sont payant puisqu’ils comptent beaucoup plus d’inscrits.

17 Toutes les données concernant les universités du Laos sont tirées du rapport « Les universités du Laos, année universitaire 2008-2009 », réalisé par Maxime Gaudin, chargé de la valorisation du français et du conseil pédagogique auprès des universités. L’Université de Savannakhet n’ayant ouvert ses portes qu’en septembre 2009, nous ne l’avons pas intégré au tableau.

Le département de français qui dépend de la faculté des lettres a d’abord une vocation de formation professionnelle avec l’attribution d’une licence de français. Ce diplôme permet aux étudiants de trouver un emploi dans les secteurs public ou privé de l’économie nationale ainsi que dans des organismes internationaux. Peu d’étudiants de ce département se dirigent vers la profession d’enseignant sachant que c’est la faculté des Sciences de l’éducation (136 étudiants dont 52 inscrits en formation préparatoire aux masters francophones dont nous parlerons plus en détail dans la partie « les filières universitaires francophones » cf. 1-4 p.34-36) qui a vocation à former des enseignants, notamment de français. Cinq enseignants dispensent des cours au département de français, ainsi qu’une enseignante native détachée dans le cadre du projet Valofrase.

Depuis septembre 2000, le département de français propose également un cursus payant pour les étudiants n’ayant pas réussi le concours d’entrée à l’université; par ailleurs la création d’une nouvelle formation débouchant sur une Licence de Langue Étrangère Appliquée (LEA) qui prévoit notamment l’enseignement intensif du français et de l’anglais est actuellement en cours de finalisation.

Le département de français regroupe 23 professeurs aidés de deux Volontaires Internationaux (VI). Des professeurs sont également responsables de l’enseignement du français dans d’autres facultés ou départements (anglais, géographie, tourisme, etc.), notamment une dizaine de professeurs du département enseignent dans les Filières Universitaires Francophones FUF soutenues par l’Agence Universitaire de la Francophonie.

18 Formation préparatoire aux masters francophones ou formation transversale offerte par l’AUF (cf. 1-4.2, p.38-39)

Le département Relations Internationales de la faculté de droit et de sciences politiques, qui compte 245 étudiants19, a été créé en partenariat avec l’Ambassade de France à la rentrée universitaire 2004. Les étudiants, après avoir suivi une année d’étude dans le tronc commun, sont sélectionnés sur concours. Ils restent inscrits dans le cursus normal, mais ont un emploi du temps aménagé privilégiant l’apprentissage de deux langues étrangères enseignées de manière intensive à raison de 6 heures par semaine pour chaque langue. L’année dernière les étudiants issus de Classe Bilingue suivaient 4 heures de cours hebdomadaires, mais désormais ils suivent comme les autres 6 heures hebdomadaires.

Lire le mémoire complet ==> (Orienter les filières universitaires francophones à partir des motivations, attentes et besoins des étudiants)
(une étude de cas à Vientiane, Laos)
Mémoire présenté pour l’obtention du Master 2 professionnel parcours 3
Université Paris III – Sorbonne Nouvelle – Ingénierie de formation pour les enseignements de français langue étrangère et des langues

 

1.3. Education des enfants Au sein d’une société confucéenne, les rôles sont donc parfaite
V – LA DUREE DE L’ALLAITEMENT MATERNEL Les taux d’allaitement (allaitement exclusif compri
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