La résilience des régimes providentiels - WikiMemoires

La résilience des régimes providentiels


1.6 La résilience des régimes providentiels
Les régimes providentiels sont des types résilients, qui sont le fruit d’une construction historique : leur parcours présent et celui qui les attend porte le poids des compromis historiques qui ont structuré leurs institutions. À cet effet, l’approche néo-institutionnaliste historique présente un intérêt dans l’appréhension de la résilience des régimes providentiels et des mécanismes de protection sociale qui les caractérisent :
« (…) les institutions politiques formelles et l’étendue des capacités administratives de l’État (state capacities) affectent directement l’histoire des politiques sociales.
En fait, ces facteurs permettraient d’expliquer, au moins en partie, les différences entre les systèmes nationaux de protection sociale : les institutions politiques, qui exercent une contrainte incontournable sur les réformateurs et les acteurs sociaux, structureraient leurs stratégies et leurs institutions.»
Les fondations des régimes providentiels reposent donc sur une histoire institutionnelle qui concourre à délimiter le terrain des politiques sociales. L’agenda des politiques sociales porte aussi le poids de la culture politique établie, de l’empreinte idéologique qu’ont laissé les partis politiques sur les institutions.
À cet effet, Huber et Stephens notent que de nombreuses réformes sociales ont survécu à un changement important de la garde politique, elles se sont institutionnalisées malgré l’accession au pouvoir de partis politiques qui s’y opposaient d’un point de vue idéologique. Ainsi, l’institutionnalisation des réformes sociales a transcendé dans bien des cas l’action politique et l’orientation idéologique des partis qui les ont mises en branle :
«Until the era of retrenchment, it was rare for secular conservative parties to roll back welfare states reforms instituted by social democratic or Christian democratic parties. Indeed, they generally accepted each new reform after it had been instituted, and the new center of gravity of the policy agenda became defined by the innovations proposed by the progressive forces of society. The reason for this change in posture of the conservative parties was that the reforms were popular with the mass public, especially the broad-based policies in the areas of pensions, education, and health care (…)»
Étant subordonnées à un parcours institutionnel et politique, les fondations des régimes providentiels ne sont pas complètement inébranlables, mais ne peuvent toutefois s’écrouler du jour au lendemain.
Si la résilience des régimes providentiels est acquise dans l’approche néo-institutionnaliste historique, cette dernière demeure toutefois énigmatique dans l’appréhension de perspectives de changement. Comme le notent Palier et Bonoli, les thèses néo-institutionnelles insistent souvent davantage sur l’empreinte du passé portée par les institutions politiques que sur l’identification de processus potentiellement porteurs de changement :
«Montrer que les systèmes ne changent pas permet donc de prouver la validité des thèses néo-institutionnelles dans le domaine de la protection sociale : ils ne changent pas car les variables importantes sont les variables liées aux passés, facteurs de résistance; les variables économiques ou sociétales ont beau avoir changé depuis vingt ans, la stabilité des systèmes souligne que celles-ci pèsent peu au regard du poids des politiques passées.
Dès lors, ces approches cherchent parfois surtout à vérifier leurs hypothèses, en minimisant l’importance d’évolutions marginales ou de faible ampleur financière, qui pourtant peuvent se révéler fondamentales.»
Cette critique rejoint celle de Béland qui reproche au néo-institutionnalisme de négliger l’importance des variables socio-économiques dans l’articulation de la protection sociale et des réformes auxquelles elle est sujette :
«Malgré ses qualités indéniables, le néo-institutionnalisme rend toutefois difficilement compte des choix techniques et idéologiques qui donnent leur forme spécifique aux politiques sociales. Or, ces choix sont largement déterminés par des facteurs socio-économiques qui restent trop souvent à la marge des analyses néo-institutionnalistes. Pour comprendre le contenu des réformes adoptées dans le domaine de la protection sociale, il convient en effet de réintégrer certaines variables socio-économiques dans l’analyse institutionnelle.»
Comme nous le verrons subséquemment, la construction méthodologique de notre modèle d’analyse est en partie inspirée de ces critiques du néo-institutionnalisme. Nous appréhendons la résilience de régimes providentiels à deux niveaux : d’une part, sur la base de variables de dépenses publiques rendant compte des grandes lignes de l’institutionnalisation de la protection sociale et, d’autre part, sur la base de variables socio-économiques, qui représentent des retombées des dépenses publiques en même temps qu’elles structurent leur orientation.
À l’ère postindustrielle, l’appréhension de la résilience des régimes providentiels pose des défis intéressants dans la mesure où cette résilience fût historiquement construite pour faire face et répondre aux réalités et aux risques propres aux sociétés industrielles. Cette résilience pourra-t-elle s’accommoder avec les nouvelles exigences d’économies tertiarisées qui misent sur le capital humain et sur la flexibilité ?
Comment l’articulation des piliers de bien-être que sont l’État, le marché et la famille tiendra-elle la route face à la pléthore de nouveaux risques qui pèsent sur les sociétés post-industrielles (chômage, pauvreté, monoparentalité, santé, etc.) ?
Pour saisir le déploiement des nouvelles réalités qui posent des défis à la résilience des régimes providentiels, nous tenterons de mettre en exergue les éléments centraux de la matrice des risques propre aux sociétés post-industrielles et les changements qu’elle implique au niveau de l’articulation entre l’État, le marché et la famille dans la production et la distribution du bien-être.
Lire le mémoire complet ==> (Les régimes providentiels à l’ère post-industrielle : reconfiguration ou résilience ?)
Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures – Faculté des Arts et Sciences
En vue de l’obtention du grade de maîtrise ès sciences (M.Sc.) en sociologie
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D. Béland (2002) «Néo-institutionnalisme historique et politiques sociales : une perspective sociologique», dans Politique et sociétés, vol. 21, no. 3, p.36
E. Huber et J. Stephens (2001), op. cit., p.28-29
B. Palier et G. Bonoli (1999), op. cit., p.410
D. Béland (2002), op. cit., p.29
U. Beck (2001) La société du risque : sur la voie d’une autre modernité


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