Complémentarité entre homme et femme dans la société coréenne

1.2. Complémentarité entre homme et femme

Pour étudier les rites de mariage, il faut aussi prendre en considération la nature des rapports entre homme et femmes. Afin de développer cette observation, nous orienterons surtout notre étude sur l’évolution du statut des femmes.

Jusqu’à l’époque du royaume de Koryò, les femmes ont bien plus de droits et de pouvoir à l’extérieur de la cellule familiale qu’une fois la morale néo-confucianiste bien installée ; elle sont socialement (quasiment ?) à l’égal des hommes. Elles peuvent « organiser des fêtes à l’égal des hommes et jouir [d’une] liberté sans contrainte », sortir où et quand elles le désirent, ont des propriétés, peuvent être considérées comme chef de famille, héritent au même titre que leurs frères de propriétés ou de biens et partagent également avec leurs frères les rituels (ils s’en chargent chacun leur tour). La pérennité d’une famille et de ses propriétés dépend indifféremment des hommes ou des femmes. On constate aussi qu’à cette époque, et jusqu’au XV-XVIe siècle, le lieu de résidence des jeunes mariés est indifféremment patri- ou matrilocal. En règle général, il est matrilocal durant les quelques années qui succèdent au mariage, et il n’est pas rare qu’un mari retourne dans la famille de sa femme pour passer les dernières années de sa vie, et même d’être enterré dans leur caveau familial. Il est intéressant de noter que les femmes de la haute société, veuves ou même divorcées, au même titre que les hommes, sont libres de Continue reading


La famille coréenne et le mariage

Troisième partie : famille et mariage en Corée

L’étude que nous venons de faire du confucianisme a montré à quel point son influence avait été importante en Corée, il a d’ailleurs énormément contribué à donner à la société coréenne la forme qu’elle a aujourd’hui. Du fait de la grande influence du confucianisme sur la société coréenne, la cellule familiale est devenue (si elle ne l’était pas déjà) l’unité centrale de la société, de ce fait, si la famille n’est pas harmonieuse, la société ne peut pas l’être. On peut donc dire qu’étudier un rite de passage intimement lié à la famille comme le mariage est une bonne approche de la société coréenne dans son ensemble.

Nous pouvons noter en outre que la famille n’est pas une notion aussi simple et univoque que l’on pourrait le penser. Certes, l’existence des groupements familiaux semble universelle quels que soient les lieux ou époques observés, mais sous des formes quasiment aussi variées et nombreuses qu’il existe de sociétés différentes. Comment cela se fait-il ? Cette diversité des formes ne peut s’expliquer que par le fait que la famille n’est pas une entité naturelle mais une construction sociale. Il semblerait en outre, comme l’entend Françoise Zonabend, qu’elles jouent un rôle « plus ou moins fondamental dans l’organisation des lois orales ou écrites qui gouvernent, ou ont gouverné, les sociétés en question. » En d’autres termes, il n’y a pas de société sans famille (quelle qu’en soit la forme) mais il n’y a pas non Continue reading

Les rapports interpersonnels au sein de la société coréenne

2.3. Rapports interpersonnels au sein de la société coréenne

On peut difficilement s’intéresser à une société sans étudier les rapports inter personnels, d’autant plus lorsque la société en question est confucianisée et donc hiérarchisée. Le confucianisme prône des rapports harmonieux de l’Homme avec la Nature, mais aussi des hommes entre eux en tant qu’individus complémentaires. Comme l’écrit Park Pyòng-Yòn « le confucianisme a pu imaginer une organisation fonctionnelle du monde telle que, si chaque individu exécute bien le rôle qui lui est imparti, il est en mesure de réaliser l’harmonie parmi les hommes, harmonie sociale qui est en même temps en adéquation avec les lois de l’Univers. » Notons que, de plus, les Coréens ne se définissent pas comme une somme d’individus indépendants les uns des autres. Une part importante de leur identité est constituée par leurs groupes d’appartenance, les principaux étant leur pays et leur famille, et traditionnellement, on peut dire que leur classe sociale en était un aussi.

La société coréenne a eu, durant une longue période de son histoire, une hiérarchie sociale très stricte, mais les dirigeants, ainsi que les intellectuels, ne s’adonnant qu’à leur activité principale, savaient qu’ils avaient besoin des tranches inférieures de la société pour vivre et se nourrir par exemple. C’est en ce sens que doit s’entendre la complémentarité des rapports malgré la verticalité de ceux-ci. Jusqu’à la guerre qui a opposé Japon et Corée, il y avait quatre classes Continue reading


Néo-confucianisme ou les enseignements de Chu Hsi au XXe siècle

2.2. Le Néo-Confucianisme au XXe siècle

Comme l’écrit Juliette Morillot : « La doctrine confucéenne ne présente pas une éthique détachée du monde humain mais au contraire s’implique directement dans la société et ses mécanismes par de solides liens d’interdépendance avec les milieux politique, économique et culturel. » (1998, p. 242) Pour parler du néo-confucianisme au XXe siècle en Corée, nous allons nous intéresser plus particulièrement à ses aspects sociaux et politiques, ainsi qu’aux critiques qui ont été émises par des Coréens, aussi bien des nationalistes en quête de changement que par des penseurs influencés par les philosophies et religions occidentales.

Dans son acceptation politique, le confucianisme envisage l’Etat comme un royaume harmonieux articulé autour d’une bureaucratie civile gouvernant la société. Ainsi, le peuple doit respect et loyauté au souverain (qui lui même se doit d’être un “père” bienveillant et juste), mais aussi s’intégrer dans une hiérarchie sociale stricte. Et en ce qui concerne ses valeurs sociales, elles sont intimement liées à la recherche de l’harmonie par un gouvernement juste. Leur base est constituée par les Cinq relations humaines primaires (père-fils, souverain-ministre, époux-épouse, frère aîné-frère cadet, ami-ami) dont trois sont directement liées à la famille. Notons que, comme nous le verrons plus en détail par la suite, la famille tient une place centrale dans le confucianisme (coréen) et dans la société coréenne en général. Elle est Continue reading

Adoption et expansion du néo-confucianisme en Corée

2. Néo-confucianisme ou les enseignements de Chu Hsi en Corée

2.1. Adoption et expansion du néo-confucianisme en Corée

Il est difficile d’établir la date exacte de l’entrée du confucianisme en Corée. Certains auteurs, dans les articles que j’ai lus, n’évoquent pas cette date et préfèrent axer leur étude sur l’expansion du confucianisme en Corée, ainsi que de son interprétation et adaptation locale.

Cependant, certains tels Kim Young-Soo considèrent qu’elle a eu lieu très tôt, coïncidant avec l’introduction de livres classiques chinois, et donc du système d’écriture chinois, lors des quatre commanderies ou de l’établissement des Trois Etats Han (Les Trois Royaumes) entre 200 avant J.C. et 200 après J.C.. Lorsque qu’il parle de classiques chinois, Kim entend cinq livres sur le confucianisme (le Livre des Odes, le Livre des Documents, le Livre des Mutations, les Chroniques de la province de Lu, le Traité des Rites), des livres sur l’histoire chinoise ainsi que les chroniques de royaumes de Chine. A la suite de cette introduction vraisemblable du mode de pensée confucéen, dans le royaume de Koguryò, sous le règne du roi Sosurim, en 372 après J.C., la première Académie nationale confucéenne est créée.

La création de cette Académie nationale confucéenne, « chargée d’enseigner les valeurs traditionnelles du confucianisme et ainsi, par l’étude du respect de l’importante relation entre le souverain et son peuple, de renforcer l’idée d’unité dans le royaume encore Continue reading

Le confucianisme originel en Chine et la piété filiale

La société coréenne, une société profondement marquée par le confucianisme – Deuxième partie :

Avant de pouvoir bien appréhender les rites du mariage en Corée, nous devons nous intéresser à ce qui a façonné la société de ce pays bien particulier. La Corée est un pays qui a su préserver son identité et son indépendance malgré sa position géographique au carrefour de trois société puissantes qui ont toutes trois tenté de l’annexer. Au nord elle partage une mince frontière avec la Russie, au nord-nord-est une frontière avec la Chine, et, bien qu’il y ait la mer entre les deux pays, le Japon à l’Ouest est tout proche.

Etant donnée sa position géographique, la péninsule coréenne a servi de “tampon” entre la Chine et le Japon, lorsque l’un voulait envahir l’autre, il posait d’abord le pied sur le territoire coréen. Ainsi, la Corée a connu occupations chinoise et japonaise qui ont toutes deux laissé des traces.

La Chine a ainsi influencé la pensée et le système politique coréen que ce soit lors d’occupation ou de contacts privilégiés entre les élites des deux pays. Le système d’écriture, pour les lettrés, était basé sur les sinogrammes qui, malgré l’invention d’un alphabet ordonné par le roi Sejong lors la première moitié du XVe siècle, sont encore utilisés de nos jours par les plus érudits. Le bouddhisme et le confucianisme, ces deux philosophies très importantes pour la Corée, ont aussi été adoptés suite à l’influence chinoise. Malgré la persistance de traditions bien coréennes, Continue reading