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Universite De Sousse
Faculte de droit et des sciences economiques et politiques de sousse - 2007/2012

Le concept d’efficience et les méthodes d’estimation

  1. La relation : l’efficience et la concurrence dans le secteur bancaire
  2. Dr. Asma SGHAIER
  3. La concurrence et l’efficience bancaire – Concept
  4. La concurrence bancaire : mesure structurelle et non structurelle
  5. Le concept d’efficience et les méthodes d’estimation
  6. L’efficience de la banque : les trois approches paramétriques
  7. Le modèle de Laurent Weill 1998 : l’équilibre et la structure
  8. Le modèle de Joaquin Maudos, l’efficience dans les firmes bancaires
  9. Le modèle de Laurent Weill en 2003 : la mesure de l’efficience
  10. Le modèle de Laurent Weill en 2006, la concurrence bancaire
  11. La mesure de la concurrence: application aux banques tunisiennes
  12. L’estimation de l’efficience – application aux banques (Tunisie)
  13. La corrélation entre l’efficience et la concurrence des banques

Le concept d’efficience et les méthodes d’estimation

Section 3 : Les concepts d’efficience :

3. 1-Définition:

Le débat sur la mesure de l’efficience d’une entreprise dans l’économie moderne débute avec Debreu (1951) et Koopmans (1951).

Ce dernier juge qu’une entreprise est techniquement efficace si elle se situe sur la frontière de son ensemble de production ; en d’autres termes, un producteur est techniquement efficace si l’augmentation de la production d’un output quelconque nécessite la réduction de la production d’au moins un autre output ou l’utilisation d’une plus grande quantité d’au moins un input et, symétriquement, si une réduction de la quantité utilisée de n’importe quel input impose une plus grande utilisation d’un input substituable ou la réduction d’au moins un output.

Le concept d’efficience est un thème ambigu qui désigne l’habilité à transformer des intrants en extrants selon la stratégie globale de l’institution. Bien qu’il ait toujours été une question d’intérêt depuis quelques années.

Le concept d’efficience est un thème souvent utilisé indistinctement avec celui d’efficacité dans le vocabulaire de nombreux intervenants.

L’efficience permet d’apprécier les performances ainsi que le potentiel de développement d’une entité (entreprise, banque, etc. ). Elle permet également de situer un agent par rapport à ses concurrents.

Son application est relativement large, puisqu’elle fournit des mesures de l’efficience des dirigeants dans leurs missions de gestion des ressources humaines, productives, financières, etc.

Le concept d’efficience met donc l’accent sur la qualité de l’organisation et des décisions stratégiques sur les marchés. Il mesure la performance financière.

Cette dernière est habituellement jugée à l’aide d’indicateurs de rendement financier, comme le rendement des fonds propres. Ces indicateurs mettent d’une certaine manière l’accent sur la performance à court terme.

Ils ne sont complètement insensibles aux évolutions du marché financier. En revanche, les indicateurs d’efficience économique et d’efficience technique montrent l’état des déterminants de la performance à plus long terme.

Ils centrent l’attention sur les déterminants internes aux banques à savoir, leur capacité à maîtriser les coûts de production et de distribution, par des choix appropriés de la taille et d’organisation du réseau et leur capacité à optimiser les variables d’offre, c’est à-dire, à bien choisir les prix, la qualité des services offerts et l’étendue des compétences mise en œuvre.

Il existe plusieurs types d’efficience :

  • Coût
  • Technique
  • Technique pure
  • D’échelle
  • Allocative
  • Revenu

3. 2-Les types d’efficience :

3. 2. 1 L’efficience coût :

L’efficience coût peut être assimilée à une forme d’efficience économique. C’est une mesure de la capacité d’une unité à minimiser les coûts pour un niveau d’input donné.

Une banque utilise des ressources, le capital, le travail, et des ressources financières pour générer une production, les dépôts, les crédits et des participations. Une frontière enveloppe de coût est construite pour un échantillon de banques et permettant d’estimer le coût minimum pour produire les différents outputs.

La position de chaque banque par rapport à cette frontière fournit une mesure de son efficience coût qui englobe deux composantes : l’efficience technique et l’efficience allocative.

3. 2. 2 L’efficience technique :

Certaines banques sont « meilleures » que les autres. Cela tient d’abord à la qualité de leur organisation, qui leur permet de mieux gérer les flux physiques ou les opérations de transformation financières.

On dit de ces banques qu’elles sont « techniquement » efficiente parce qu’elles maîtrisent mieux les aspects techniques de production bancaires et parviennent en conséquence à offrir le maximum de service avec le minimum de ressources.

Cette première composante de l’efficience est technique parce qu’elle considère la manière dont les banques gèrent leurs ressources et maîtrisent leurs techniques de production.

En d’autre terme, l’efficience technique mesure la capacité d’une banque à produire le maximum d’output pour un certain niveau donné d’input, ou symétriquement, la capacité à produire un certain niveau d’output donné avec le minimum d’input ♣

♣ La première interprétation rejoint l’orientation output et elle répond à la question : « de combien je peux augmenter mon output en gardant le niveau d’input constant ? ». La deuxième interprétation rejoint l’orientation input et elle répond à la question : « de combien je peux diminuer mon input en gardant mon niveau d’output constant ? ». Coelli. T, (1996).

Compte tenu du fait que l’efficience est relative, la notion d’efficience technique au sens de Farrell (1957) se base sur l’écart entre le niveau d’outputs réalisé et sa capacité réelle de production♣.

Ce type d’efficience technique se décompose à son tour en efficience technique pure et efficience d’échelle :

  • L’efficience technique pure : elle mesure la capacité d’une banque à optimiser effectivement son output (respectivement son input) pour un niveau d’inputs (respectivement son input) donné, en éliminant les effets induits par la taille.
  • L’efficience d’échelle : elle mesure la capacité d’une unité à optimiser son niveau d’outputs pour un niveau d’inputs donné, ou symétriquement à optimiser son niveau d’inputs pour un niveau d’outputs donné, en tirant uniquement profit de ses rendements d’échelle. Ce type d’efficience peut être interprété comme une efficience « d’opportunité », puisque l’unité doit uniquement augmenter sa taille, par exemple, pour tirer profit de son avantage de rendement d’échelle.

3. 2. 3 L’efficience allocative :

Une banque est efficiente allocativement si elle choisit les combinaisons productives les moins coûteuses, c’est-à-dire, qu’elle utilise les facteurs de production dans des proportions exactes compte tenu de leurs prix de marché.

Cette composante d’efficience permet également de mesurer la capacité à allouer des inputs aux activités les plus rentables. Elle considère la manière dont la banque intègre les prix et les autres conditions de concurrence, dans le but de la minimisation de ses coûts.

Le concept d’efficience et les méthodes d’estimation

Il s’agit ici, d’une efficience allocative en input. On peut aussi parler d’une efficience allocative en outputs, lorsque la banque produit différents outputs dans des proportions exactes lui permettant de maximiser ses recettes.

♣ Lang et Welzel (1995), cité par Gospodarwiez, (2000).

3. 2. 4 L’efficience revenue :

Considérant que le producteur a pour objectif de maximiser son revenu, le programme de la banque consiste, d’abord, à être techniquement efficace ; toute augmentation des quantités produites pour un niveau donnée de ressources ne peut que générer des revenus supplémentaires.

De plus, les prix des produits étant exogènes à la banque, celle-ci va produire dans des proportions lui permettant de maximiser ses ventes, on dit alors que la banque est allocativement efficiente dans la sélection des proportions dans lesquelles elle choisit de produire, c’est l’efficience allocative en produits.

Si la banque est techniquement efficiente dans la composition de ses produits, alors elle est considérée comme efficiente en revenu. En fait, l’indicateur d’efficience en revenu n’implique pas nécessairement l’efficience en coût.

En effet certaines décisions coûteuses peuvent générer des revenus suffisamment importants pour compenser ces surcoûts.

En réalité, la banque, comme toute autre organisation, n’est pas totalement efficiente alors elle n’opère pas sur la frontière de son domaine de possibilité de production, mais elle est écartée d’un certain degré d’inefficience mesurant la distance qui la sépare de cette frontière.

3. 2. 5 L’efficience – x :

Le concept d’efficience – X introduit par Leibenstein (1966)♣, est fondé sur l’observation que les organisations n’exploitent pas leurs ressources de façon optimale.

En effet, des banques en apparence identiques peuvent parvenir à des résultats inégaux en terme de productivité, même si elles disposent de la même technologie et de la même combinaison des facteurs de production.

♣ Leibenstein. H, (1966), « allocative efficiency versus: X – efficiency » American Economic Review, vol 56, pp (392-415).

Il s’en suit que les banques n’opèrent pas seulement sur les points efficaces situés de long de la frontière de l’ensemble de production. Leibenstein a expliqué ce phénomène par l’existence d’un input X distinct des facteurs traditionnels (capital et travail) et qui reflète la qualité de l’organisation ou de la gestion des ressources.

S’il est difficile d’observer le niveau de l’input X, il est possible de l’approcher par le concept d’efficience – X. ceci consiste à situer l’activité d’une banque par rapport à la frontière efficiente, qu’elle soit de coût ou de production.

Ainsi pour une combinaison d’input donnée, le degré d’efficience – X est le ratio entre le niveau de production observé et le maximum possible.

Pour un niveau d’output donné, il est représenté par le rapport entre le coût minimum et le coût observé.

Section 4 : Les méthodes d’estimation de l’efficience :

Les praticiens mesurent habituellement l’efficience à l’aide de ratio de coût ou de résultats.

Ces mesures ne tiennent pas en compte les différences dans la combinaison des produits et des ressources entre les banques. Pour cela, la meilleure solution à ce problème est d’utiliser une fonction coût.

On mesure alors l’inefficience à partir de la différence des coûts et de quantité d’inputs entre une banque donnée et les meilleures banques, c’est-à-dire, pour la distance de cette banque par rapport à la frontière d’efficience.

Le principal problème est que la vraie frontière est inconnue. Il faut donc utiliser une approche économique et estimer cette frontière à partir des données comptables.

On détermine l’efficience relative à chaque banque par rapport à une frontière qui est propre à l’échantillon étudié.

L’inconvénient de cette approche est de surestimer les inefficiences si les banques situées sur la frontière ne mettent pas en œuvre en réalité la technologie efficiente.

4. 1-Les techniques d’estimation :

Pour estimer la frontière d’efficience, deux méthodes peuvent être utilisées (Fried, Lovell et Schmidt (1993)) : les méthodes non paramétriques et les méthodes paramétriques.

La différence essentielle entre ces méthodes est que les premières n’imposent aucune hypothèse quant à la forme de la fonction de production et de coût, alors que les secondes imposent au contraire de telles restrictions. Les applications utilisent en général une fonction Trans log.

Pour ces méthodes, les inefficiences sont contenues dans le terme d’erreur. Un terme d’erreur composite par définition comprend deux composantes, les inefficiences et l’erreur aléatoire. Cette dernière traduit l’inefficience du hasard ou des erreurs de mesures.

L’erreur aléatoire peut entraîner une augmentation ou une réduction des coûts, les inefficiences ne peuvent qu’entraîner leur augmentation.

Sur le plan économétrique, le problème est donc de distinguer ces deux composantes. La solution est de supposer que leurs distributions sont différentes.

Cinq grandes approches ont été utilisées dans les travaux économétriques pour évaluer l’efficience des banques. Ces méthodes sont différentes en raison :

  • Des hypothèses imposées sur la forme fonctionnelle de la frontière « best practice ».
  • L’existence ou non de l’erreur aléatoire.
  • Et les hypothèses sur la distribution de l’inefficience et de l’erreur aléatoire dans le cas où ce dernier existe.

On commence, pour mesurer l’efficience dans les banques, par l’étude des :

  • Approches non paramétriques qui spécifient la fonction de l frontière en estimant ses paramètres avec des techniques économétriques.
  • Puis les approches paramétriques qui utilisent des techniques de programmation linéaire pour envelopper les observations, sans spécifier la fonction de la frontière. pour mesurer l’efficience dans les banques.

4. 1. 1- Les approches non paramétriques :

Il y a deux approches non paramétriques : « Data Envelopment Analysis » (DEA) et « Free Disposal Hull » (FDH).

  • L’approche DEA :

L’approche d’enveloppement des données est une approche non paramétrique. Selon cette approche, le terme d’erreur n’est supposé nul, ce qui signifie qu’il n’y a pas de variations aléatoires des coûts. Toutes les variations de coût inexpliquées traduisent par conséquent des inefficiences.

La DEA est introduite par Charnes, Cooper et Rhodes (1978) après avoir développé les travaux de Farrel (1957) sur la mesure de la performance bancaire.

La DEA repose sur l’hypothèse fondamentale suivante : « si une banque A est capable de produire Y (A) unités d’outputs en utilisant X (A) unités d’inputs, alors les autres banques peuvent également y parvenir en opérant d’une manière efficiente.

Réciproquement, si une banque B est capable de produire Y (B) unités d’outputs en utilisant X (B) unités alors toutes les autres banques peuvent arriver au même plan de production.

En outre, les banques A, B et autres peuvent être combinée de telle sorte que nous obtenons une banque composite caractérisée par une quantité composite d’inputs et d’outputs ». ♣

Selon Seiford et Throll (1990), la DEA détermine une frontière au sommet des observations plutôt qu’un plan de régression en leur centre, cette frontière est linéaire dans le cas de rendements d’échelle constants et elle est concave dans le cas de rendements d’échelle variables.

♣ Dietsch, M. et Weill, L. (1997) : « les performances des banques de dépôts françaises : une évaluation par la méthode DEA ». Document de travail.

En effet, la DEA estime la frontière en utilisant des techniques de programmation linéaire♣sous des hypothèses relatives à la convexité et à la monotonie de l’ensemble des possibilités de production. Les unités (banques) les plus efficientes se trouvent directement sur la frontière.

Il existe diverses variantes de cette méthodes : avec rendements d’échelle constants (REC) ou variables (REV). Dans le cas d’une fonction de production à REC, la méthode DEA peut être appliquée comme suit :

Soient N firmes qui utilisent n facteurs de production pour produire m outputs. L’efficience productive optimale est obtenue par la maximisation du programme suivant :

image22

 

Où yi et xi représentent respectivement les outputs et les inputs de la firme i. avec i = 1…N.

Le programme se ramène à un programme linéaire qui est :

image24

Ce programme linéaire donne dans le cas particulier d’un seul input et d’un seul output, le degré d’efficience de la banque i par rapport à la frontièreefficiente de l’ensemble des banques.

♣Pour plus de détails voir Seiford et Thall (1990) et Leibenstein et Martal 1992).

On trouve dans la littérature des améliorations dans les modèles DEA à REC (rendements d’échelle constants), pour tenir compte des rendements variables. Plusieurs modèles sont proposés, dont on présentera leur cadre théorique, dans le cas d’une population de banques produisant un input et un output♠.

Le domaine des possibilités de production des banques est délimité par la bissectrice, représentant la frontière des possibilités de production DEA, à rendements d’échelle constants, et par une courbe (ABCD) représentant la frontière DEA avec rendements d’échelle variables (REV).

L’efficience technique est mesurée par la part de l’output observé dans l’output maximal sur la frontière.

Les banques A, B, C, D, G et E produisent chacune un niveau d’output donné. La figure suivante présente un modèle de frontière DEA à REV et à REC♣:

image25

♠/♣ M. E. Chaffai (1997), et voir M. E. Chaffai et M. Dietsch (2000) : op. cit/op. cit Input

Les banques A, B, C, et D se trouvent sur la frontière DEA à REV, donc elles sont techniquement efficientes, alors que les banques G et E sont considérées comme inefficientes. La banque B est située sur la frontière DEA à REV et à REC, donc elle est efficiente techniquement et d’échelle.

Pour la banque E l’efficience technique est mesurée, par le ratio (HE/HD) si on détient une frontière DEA à REV, et (HE/HH’) si on détient une frontière DEA à DEC.

L’efficience d’échelle est mesurée en output par le ratio (HD/HH’), qui est égal au rapport des scores d’efficience [ (HE/HH’) / (HE/HD)]. Le même raisonnement pour la banque G.

La banque A se situe dans une phase de rendements d’échelle croissants et les banques C et D sont situées dans une phase de rendements d’échelle décroissants. Donc elles sont inefficientes en échelle.

  • L’approche FDH :

L’approche « Free Disposal Hull » (FDH), initiée par Deprins, Simar et Tulkens (1984), est une autre approche non paramétrique et non stochastique, qui peut être considérée comme une génération des recettes variables de l’approche DEA pour un modèle réduit (cas particulier de l’approche DEA).

Ce modèle ne nécessite pas la convexité de la frontière estimée (Tulkens, 1993). Donc la méthode FDH est un cas particulier de la méthode DEA et la seule différence entre ces deux méthodes est d’ordre purement technique.

En effet, la DEA présume que la substitution linéaire entre les combinaisons d’inputs observées sur un isoquant est possible, alors que la FDH considère qu’il n’existe pas de substitution. Dans ce cas l’isoquant semble être formé par l’intersection des lignes tracées à partir des combinaisons d’inputs observées.

Tulkens (1993)♣a remarqué que la FDH est soit confondue, soit à l’intérieur de la frontière DEA, elle est donc capable de générer des estimations plus importantes de l’efficience que celle de la DEA. Toutefois, la littérature empirique montre que la DEA est l’approche non paramétrique la plus utilisée dans les études et les recherches.

  • Les limites des approches non paramétriques:

L’inconvénient majeur de ces approches est qu’elles supposent l’inexistence de l’erreur aléatoire. En effet, elles considèrent les points suivants :

  • Pas d’erreur de mesure dans la construction de la frontière.
  • Pas de hasard qui donne temporairement une décision de fabrication à meilleure performance une année après l’autre.
  • Pas d’inexactitude créée par la représentation des règlements qui prend en compte la déviation des inputs et outputs mesurés par rapport aux inputs et des outputs rentables.

 

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