Le Nouvel Ordre mondial - Le prophète de l’apocalypse - WikiMemoires

Le Nouvel Ordre mondial – Le prophète de l’apocalypse


2. Le Nouvel Ordre mondial

Le nouvel ordre mondial est une théorie du complot qui a vu le jour durant la seconde moitié du XXe. Tout d’abord en littérature avec Aldous Huxley dans son roman Le meilleur des mondes, puis avec George Orwell dans 1984. Celle-ci a rapidement pris de l’ampleur dans la pensée collective, en devenant une théorie centrale de la conspiration du XXIe, et ce notamment, grâce à l’évolution géopolitique du monde qui a confirmé certaines théories du N.O.M.

Le nouvel ordre mondial dénonce une société mondiale contrôlée par une seule puissance qui a la main mise sur tous les domaines : politique, militaire, économique. Cette puissance œuvre pour la construction « [d’] une souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers mondiaux 2» comme l’est le cas aujourd’hui, avec la création de L’ONU et des Fonds monétaires internationaux (FMI) qui gèrent la politique, ainsi que l’économie mondiale. Cette théorie du complot souligne aussi les méthodes dictatoriales utilisées par ces derniers, car ils ont « recours à la manipulation, au compromis et même à la coercition pour arriver à une décision 1», en particulier, lorsque des intellectuels menacent la gouvernance des pays par ces élites. Ainsi, la masse est non seulement contrôlée et manipulée par les médias (la publicité, les journaux, la télévision), mais elle est aussi entraînée dans une frénésie de la consommation. Cette masse finit par être surnommée la « Société de consommation2». Ce concept est popularisé par Jean Baudrillard en 1970 qui dresse une analyse sur la surconsommation de cette nouvelle société par rapport au XIXe siècle et à la première moitié du XXe siècle en estimant :

Que la consommation qui était d’abord un moyen de satisfaire ses besoins primaires est surtout devenue un moyen de répondre à une injonction visant à se différencier des autres. Elle tient lieu désormais de « morale », créant des relations sociales artificielles et de nouveaux symboles […] au détriment non seulement de l’environnement, mais de l’authenticité et de la profondeur des relations humaines3.

Par conséquent, la société de consommation qualifie les sociétés qui sont avivées par l’envie de surconsommer la matière, afin de subvenir à leurs besoins essentiels comme (la nourriture, logement, santé), mais aussi de subvenir à leurs besoins facultatifs voire compulsifs, comme l’achat d’objets jetables, ostentatoires, dont le but est d’en tirer un plaisir éphémère qui ne cesse de se renouveler à la sortie d’un nouvel objet. La masse devient esclave de ses propres besoins, ainsi que l’envie de surconsommer toujours plus, sans réellement profiter du matériel. Cette sacralisation de la matière est un des phénomènes du Nouvel Ordre mondial qui s’est amplifié pendant le XXIe siècle avec la superproduction des secteurs industriels.

Cette « Société de consommation » a été abordée en 1938 dans L’École de cadavres par Céline, bien avant la création même du concept par les sociologues, lorsque l’auteur annonçait un futur assez sinistre pour l’humanité où la matière prend le dessus sur l’homme et qu’au fur et à mesure du développement scientifique et industriel, cette rage de la surconsommation s’accroîtra, jusqu’à ce que l’humanité perde le contrôle, en divinisant la matière. Cette perte du contrôle touchera aussi les « élites » qui n’arriveront plus à satisfaire les besoins de la masse, car le niveau de demande finira par surpasser celui de la production et au final, il n’y aura que les guerres et les révolutions pour arrêter l’accroissement de cette consommation frénétique. Cette vision d’un monde apocalyptique qui croule sous la matière est résumée par l’auteur dans ce paragraphe, lorsqu’il désarçonne les « élites » :

Vous aurez beau regorger d’or, de cuivre, de blé, de laine, de pétrole, posséder toutes les mécaniques les plus mirobolantes du monde, toutes les richesses, tous les trésors imaginables, si la démagogie travaille vos masses, vous n’arriverez quand même à rien, vous serez pourris au fur et à mesure, vous crèverez de matérialisme, de surenchère. Rien ne vous sauvera. Vous n’aurez le temps de ne rien faire, sauf des guerres et des révolutions. Vos masses ne vous laisseront aucun répit. Vous ne rencontrerez jamais devant vous que des gueules ouvertes, des langues pendantes. Vous ne construirez, vous n’achèverez jamais rien. Vous n’aurez jamais le temps de rien édifier […] Vous vous effondrerez dans votre propre chantier, vous n’élèverez que des ruines. Vos masses envieuses, muflisées, rationalisées, prosaïsées, enragées de matérialismes, exigeront toujours plus de matière que toutes vos mécaniques, les plus productrices, les mieux tourbillonnantes vous permettront jamais de leur distribuer, surtout égalitairement. […] Vous aurez beau promettre, surpromettre, et promettre encore, vous faire éclater de promesses, vous ne contenterez jamais personne1.

L’humanité est encore loin d’assister à ce genre de bouleversement, cependant, avec le développement rapide, d’une part, du niveau de production, et de l’autre part, de celui de la consommation par les masses, l’humanité se dirige vers sa perte, comme l’a prévu Céline en 1938. Il est aussi à noter qu’en seulement 30 ans, le niveau de consommation des peuples a augmenté de manière considérable et tout laisse à penser que durant les trente prochaines années, ce niveau de consommation atteindra un chiffre extravagant.

___________________________

1 Lt.-Colonel BAUER – Colonel RÉMY, L’offensive des Ardennes, Édition Christophe Colomb, 1984, p.144.

2 David ROCKFELLER, Mémoires, Ed.Fallois, Paris, 2006, p.485.

1 Jōji WATANUKI, Michel CROZIER et Samuel HUNTINGTON, Crisis of Democracy: Report on the Governability of Democracies to the Trilateral Commission, New York University Press, New York, 1975, p.51. [Notre traduction]

2 Thierry PAQUOT, « De la société de consommation » et de ses détracteurs », Mouvements n° 54 2008, p. 58.

3 Jean BAUDRILLARD, la société de consommation, Denoël, Paris, 1970, p.247.

1 Louis-Ferdinand CÉLINE, op.cit., 1938, p.34.

Ceci aura un impact négatif sur l’environnement, car plus il y’a de productions matérielles, plus les ressources naturelles sont en danger. Aujourd’hui les écologistes font un constat amer sur la surconsommation des masses, car :

En ce début du XXIe siècle, les Terriens vivent largement au-dessus de leurs moyens… écologiques. […] à partir de ce mercredi 2 août, l’humanité va consommer à crédit les ressources annuelles de la Terre. Sept mois seulement ont donc suffi pour épuiser tous les biens fournis et les services rendus en une année par les différents écosystèmes 1

Sans les ressources naturelles, le taux de production diminuera et aura une conséquence sur la disponibilité de la matière, mais en parallèle, le niveau de consommation ne cessera d’augmenter ce qui provoquera « l’émergence des guerres2 » et des révolutions qui essayeront de rétablir le niveau de consommation des masses.

Ceci aura aussi une conséquence sur l’écosystème. Avec l’excès de production, les émissions de CO2 vont considérablement augmenter et causeront des dégâts irréversibles sur l’environnement, comme c’est le cas aujourd’hui avec le réchauffement climatique dû à la perforation de la couche d’ozone en Australie.

En tant que docteur, Ferdinand Céline fait un constat amer sur la dégradation de l’environnement par les industries. En particulier, sur la ville de Paris qu’il décrit comme :

La ville la plus malsaine du monde, la plus emboîtée, la plus encastrée, infestée, confinée, irrémédiable c’est Paris ! Dans son carcan de collines. Un cul-de-sac pris dans un égout, tout mijotant de charognes, de millions de latrines, de torrents de mazout et pétrole bien brûlants, une gageure de pourriture, une catastrophe physiologique, préconçue, entretenue, enthousiaste. Population à partir de mai, plongée, maintenue, ligotée dans une prodigieuse cloche au gaz, littéralement à suffoquer, strangulée dans les émanations, les volutes de mille usines, de cent mille voitures en trafic… […] Paris un pot d’échappement sans échappement. Buées, nuages de tous les carbures, de toutes les huiles, de toutes les pourritures jusqu’au deuxième étage de la tour Eiffel. Une cuve, asphyxiante au fond de laquelle nous rampons et crevons…3

Céline par cette critique envers les industriels et la pollution de Paris, peut être considéré comme un des précurseurs du mouvement écologiste en France. En effet, le premier mouvement écologiste en France est né en 1970, quant au discours écologiste, il est à remarquer qu’aucun écrivain ou intellectuel durant l’entre-deux-guerres n’a pris réellement position sur cette question. Avec sa description de la saleté qui règne sur Paris et son message de contestation, Céline a écrit un des textes écologistes les plus réalistes de la littérature du XXe siècle et bien que tout cela baigne dans les outrances et les injures proférées par l’auteur, le message est d’une lucidité limpide.

La majorité des économistes et des écologistes sont unanimes quant au futur de l’humanité qui est en perdition, à cause de la matière et que la terre d’ici 2050 ne pourra plus subvenir aux besoins de l’humanité, du moins, en ce qui concerne les ressources naturelles. Cela engendrera, sans l’ombre d’un doute, un cataclysme politico-économique à l’échelle internationale qui effritera tous les systèmes politiques et économiques, car ils n’ont pas pu satisfaire les besoins du peuple. Ces systèmes étaient voués à l’échec pour le pamphlétaire qui les considérait comme la source de tous les maux du monde, étant donné qu’ils sont édifiés dans le but d’asservir le peuple et de lui mentir. Il présage leur défaite sous la pression de la « Société de consommation » :

Même l’armature de votre boutique sera saccagée en fin de compte. Votre propre système à produire les richesses, l’usine, la mine, les coopératives s’écrouleront, comme tout le reste, sous les assauts du peuple, dans la boulimie délirante populaire1.

Ainsi celui qui annonçait que « Les hommes épris de matière sont maudits. [Ou] lorsque l’homme divinise la matière il se tue 2» en 1938, voit ses craintes se réaliser au début XXIe siècle. La matière s’est ancrée dans la vie de l’humain jusqu’à devenir un totem sacralisé par la masse. En passant de propriétaire de la matière (l’objet), il est devenu son sujet, voire la victime de l’objet. Un phénomène résumé par Céline, à travers l’épigraphe de L’École des cadavres, en transformant la célèbre phrase de Frédéric Nietzsche « Dieu est mort » par « Dieu est en réparation 1 », cette phrase de Céline est loin d’être fortuite, car l’auteur a été témoin de la régression du pouvoir et de l’importance qu’avait la religion chrétienne sur l’Europe. Avec la montée de l’athéisme et de la laïcité, la religion s’est repliée dans l’église, en perdant sa force et sa prédominance dans le quotidien des hommes. Sans pour autant prendre la défense de la religion, l’auteur prévoit dans un futur proche, la création d’un nouveau dieu qui prendra la place de l’ancien.

Ce dieu n’est nul autre que la matière, en déclarant que « Dieu est en réparation » Céline sait que les « élites » vont tôt ou tard dresser une nouvelle icône pour le peuple, afin de l’asservir, car au final qu’importe l’objet qui prend la forme de dieu, le but reste le même ; régner sur le peuple, pour mieux l’exploiter.

La création d’un nouveau dieu passe inévitablement par la publicité. Le pamphlétaire savait quelle importance jouerait celle-ci dans le futur, car lors de la publication de Bagatelles pour un massacre, la publicité était cantonnée au cinéma, à la radio et aux journaux. La proportion qu’elle a aujourd’hui était inimaginable en 1937, en particulier, avec l’intrusion de l’internet dans la vie quotidienne qui a ouvert la porte aux publicités. Or Céline dans son premier pamphlet critiquait déjà le rôle nocif de la publicité dans la fabrication des idoles :

N’importe quelle croulante charognerie peut devenir à l’instant l’objet d’un culte, déclencher des typhons d’enthousiasme, ce n’est plus qu’une banale question de publicité, faible ou forte, de presse, de radio, c’est-à- dire en définitive, de politique et d’or, donc de juiverie. On se croit enculé d’un petit centimètre, on l’est déjà de plusieurs mètres2.

Ses déclarations sont presque passées inaperçues en 1937, le public s’est plus intéressé à la diatribe de Céline contre les Juifs qu’à ce genre de prophéties. Cela est en partie dû à l’époque durant laquelle son premier pamphlet est publié, car la publicité n’avait pas encore intégré les foyers du peuple, à travers la télévision. Quant au cinéma, tout le monde n’avait pas la possibilité d’y aller, il ne restait que la radio et les journaux. Aussi l’impact de la publicité était-il limité par rapport à aujourd’hui. C’est pour cette raison que son avertissement n’a pas eu d’écho au sein de la société française qui considérait ses craintes comme de la pure paranoïa.

________________________________

1 Xavier DEMEERSMAN, 02 août 2017, « Jour du dépassement : l’humanité a déjà épuisé les ressources annuellesdelaTerre », Futuraplanet, Consulté le 14/02/20, URL :https://www.futurasciences.com/planete/actualites/developpement-durable-jour-depassement- humanite-deja-epuise-ressources-annuelles-terre-63853/

2 Olivier DAMETTE, « Présentation. Ressources naturelles et développement : un nouvel éclairage entre malédiction des ressources, financiarisation et changement climatique », In ; Mondes en développement, 2017/3 (N° 179), p.10.

3 Louis-Ferdinand CÉLINE, op.cit., 1937.p.203.

1 Louis-Ferdinand CÉLINE, op.cit., 1938, p.35.

2 Ibid.

1 Ibid., p.01.

2 Louis-Ferdinand CÉLINE, op.cit., 1937, p.119.

Toutefois, avec le XXIe siècle, la publicité est devenue omniprésente dans le quotidien des hommes. Chaque jour, le peuple est sous l’influence d’une dizaine de spots publicitaires qui l’incitent à consommer, voire à surconsommer. En effet, avec le développement de la psychanalyse vers la fin du XXe siècle, des théoriciens se sont penchés sur l’impact de la publicité chez l’homme et ils sont arrivés à la conclusion que la publicité agit sur la psychologie de l’humain à trois niveaux.

Au niveau cognitif d’abord, car le premier rôle d’une publicité est de faire connaître l’objet au consommateur et de rendre ce dernier « plus perméable à l’offre 1». Puis au niveau affectif, où il s’agit de faire aimer au consommateur le produit, à travers les slogans et ses caractéristiques « qui vont permettre davantage d’apprécier la marque ou le produit par le consommateur ciblé 2». Et enfin, au niveau conatif celui qui nous intéresse ici, car « ce niveau vise à modifier le comportement des personnes ciblées, à inciter le consommateur à utiliser le produit d’une manière différente, à créer du trafic vers un point de vente, à le fidéliser 3».

Ainsi, la publicité joue-t-elle un rôle important dans la consommation du peuple, elle en est un facteur majeur, car elle peut l’induire psychologiquement à consommer un produit déterminé et le favoriser parmi ses concurrents. Dans plusieurs cas « les consommateurs achètent les produits démarchés par la publicité alors qu’ils ne leur sont pas forcément nécessaires 4» et cela prouve que « la publicité détient ainsi l’art d’acheter les consommateurs 1» comme l’a prédit Céline durant l’entre-deux-guerres. Cette ascension de la publicité, selon lui, bouleversera la vie des hommes en les rendant esclaves de la matière.

Il est indéniable aujourd’hui de dire que l’homme est soumis à la matière et que la société moderne divinise cette dernière. En plus du capitalisme et du libéralisme qui ont amplifié cette philosophie de la matière, l’existence de l’homme au XXIe siècle se résume dorénavant à son capital et ainsi « l’homme digne [aujourd’hui] se reconnait à son compte en banque 2».

L’implication de la publicité comme vue plus haut, ne réside pas seulement dans l’incitation à la consommation, mais aussi dans la création d’idoles. C’est le deuxième point abordé par l’auteur, lorsqu’il critiquait la publicité comme étant une machination orchestrée pour contrôler la masse.

Pour Céline, les idoles modernes du peuple se créent, grâce à la publicité qui met en avant telle personnalité au détriment d’une autre, car ce dernier est plus apte à éblouir le peuple par son image ou son discours. Depuis le développement de la publicité au sein de la société moderne, c’est l’image d’une personnalité qui est représentée par les médias au peuple qui prime, ainsi il le prédit :

N’importe quel trou du cul peut devenir, bien enculé de publicité, un immense n’importe quoi, l’objet d’un culte, une suprêmissime vedette, un criminel horriblissime, une léviathane catastrophe, un film dantesque, une pâte à rasoir cosmique, un transatlantique qui fait déborder la mer, un apéritif qui fait tourner la terre, le plus grand Lépidaure des Ages, le Président du Conseil qui bouffe les casquettes vivantes3.

Cet aspect de la publicité a été mis en avant, lors de la création de la publicité électorale en 1952. Celle-ci a eu « un impact majeur sur le rôle de la télévision comme espace de médiation entre électeur et candidat4 » en créant un lien entre ces deux protagonistes, la masse est en contact direct avec l’image embellie des candidats. C’est ainsi que commence le processus de création d’idoles par la publicité. Après avoir établi le lien entre les deux pôles, le spot électoral utilise deux principes de base : « l’utilisation d’une « proposition unique de vente « , ou la répétition d’un message unique associant idée et candidaté 1» grâce aux slogans et aux messages subliminaux, l’électeur est conditionné pour élire tel candidat. Cette image créée de toute pièce par la publicité influence directement son jugement. Le deuxième principe, c’est « la diffusion de ces publicités pendant des heures de grande écoute (prime time) 2» afin de captiver l’attention d’un maximum d’électeurs.

Ainsi, depuis la naissance de la publicité électorale, les idoles politiques sont forgées, à travers d’innombrables spots publicitaires qui essayent d’influencer la doxa. Cependant, la publicité n’influence pas seulement le secteur politique, mais aussi le secteur artistique (littérature, cinéma, musique… etc.) et dans Bagatelles pour un massacre, « on peut y lire une analyse assez réaliste du star system naissant qui annonce certains programmes de télé-réalité 3». Le pamphlétaire décelait en 1937, la prédominance qu’aura la publicité dans le futur. Une prédominance qui touche tous les secteurs industriels et artistiques et à travers un spot publicitaire, une simple personne ou un simple objet peut devenir une déité acclamée par la foule. L’auteur dresse explicitement l’état des choses dans son pamphlet en indiquant :

« Comment se fabriquent, je vous demande, les idoles dont se peuplent tous les rêves des générations d’aujourd’hui ? Comment le plus infime crétin, le canard le plus rebutant, la plus désespérante donzelle, peuvent- ils se muer en dieux ?… déesses ?… recueillir plus d’âmes en un jour que Jésus-Christ en deux mille ans ?… Publicité ! Que demande toute la foule moderne ? Elle demande à se mettre à genoux devant l’or et devant la merde !… Elle a le goût du faux, du bidon, de la farcie connerie, comme aucune foule n’eut jamais dans toutes les pires antiquités… Du coup, on la gave, elle en crève… Et plus nulle, plus insignifiante est l’idole choisie au départ, plus elle a de chances de triompher dans le cœur des foules… mieux la publicité s’accroche à sa nullité, pénètre, entraîne toute l’idolâtrie… Ce sont les surfaces les plus lisses qui prennent le mieux la peinture. On fabrique un Joseph Staline comme une Jean Crawford, même procédé, même culot, même escroquerie, mêmes Juifs effrontés aux ficelles1. »

À travers cette critique, Céline résume en quelques lignes la situation dans laquelle se trouve la société du XXe-XXIe siècle. Une société qui est oppressée par la publicité et l’avidité, où le capital et l’image sont la finalité des masses. Pour l’écrivain, l’or a souillé l’âme de l’homme en le déshumanisant et en ayant comme seul dieu : la matière. Toute l’existence humaine à présent orbite autour de la matière et par conséquent de l’argent.

Le message prophétique de Céline s’est concrétisé avec le temps. L’évolution scientifique et technique a provoqué un bouleversement au sein de la société mondiale. Loin d’être du délire, les prémonitions de Céline révèlent le travail de recherche mené par l’auteur avant d’entamer la rédaction de ses pamphlets, mais aussi l’expérience acquise lors de son séjour à la SDN où il a côtoyé les « élites ». Le pamphlétaire a vu juste au sujet de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que ses enjeux politico-économiques. Néanmoins, il reste à préciser qu’il s’est trompé sur quelques points : comme sur le cas d’Hitler, ainsi que de n’avoir pas explicitement précisé de quels Juifs. Il était question dans ses pamphlets. Chose qu’il rectifiera en soulignant que c’est envers les Juifs sectaires que l’auteur a mené une guerre et non pas la totalité des Juifs. Quant à ses déclarations sur le futur, Céline a été d’une précision chirurgicale en brossant un tableau réaliste de la deuxième moitié du XXe siècle et du XXIe siècle.

_____________________

1Kamelia KIROUANI, Faouzi MEZIANE, Influence de la publicité sur le comportement du consommateur Cas de l’entreprise IFRI Bejaia, Mémoire de master, Algérie, Université Abderrahmane Mira de Bejaïa, 2018, p.33

2 Ibid., p.34.

3 Éric BIZOT, Marie-Hélène CHIMISANAS et Jean PIAU, « communication » Édition Dunod, Paris, 2014, p. 41.

4 L’équipe Dynamique Entrepreneuriale, « L’influence de la publicité sur les consommateurs », In ;

Dynamique Mag, 29/12/1, [Enligne]

1 Loc.cit.

2 Louis-Ferdinand CÉLINE, Op.Cit., 2016, p.241.

3 Louis-Ferdinand CÉLINE, op.cit., 1938, p.173.

4 Donna Spalding-ANDRÉOLLE, « « Culture in action » : l’utilisation de la publicité électorale dans l’enseignement de la civilisation américaine », Cahiers de l’APLIUT, Vol. XXIII N° 3 | 2004, 62-75.

1Stéphen.R.FOX , The Mirror Makers: A History of American Advertising and Its Creators. New York : William Morrow and Co., Inc.1984, p.192. [Notre traduction]

2Donna ANDRÉOLLE, « La publicité électorale de la campagne présidentielle américaine en 1992 : rhétorique politique et symbolique culturelle ». ASp 5/6, p.163.

3 David ALLIOT, op. cit., p.81.

1 Louis-Ferdinand CÉLINE, op.cit., 1937, p.49.


Abonnez-vous!
Inscrivez-vous gratuitement à la Newsletter et accédez à des milliers des mémoires de fin d’études !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Do NOT follow this link or you will be banned from the site!