Développements de l’économie congolaise: 1980 – 2010 - WikiMemoires

Développements de l’économie congolaise: 1980 – 2010


Aperçu de l’économie congolaise et des dépenses éducatives de l’Etat : 1980 – 2010 – Chapitre II.
Ce chapitre se propose de retracer l’évolution de la situation économique de la RDC pour la période allant de 1980 à 2010. Ce chapitre comprend trois sections. La première analyse les développements de l’activité économique, la deuxième présente la situation des finances publiques et la dernière décrit le fonctionnement et le financement du système éducatif congolais.
Tenant compte des fondamentaux de l’économie, l’analyse de ces différents secteurs de la RDC pour la période allant de 1980 à 2010 peut être subdivisée en trois grandes phases.
La première phase, caractérisée par une reprise temporaire de l’activité économique et de la mise en œuvre des programmes d’ajustement structurel [PAS] de première génération va de 1980 à 1989, la deuxième dite de déglingue économique totale couvre la sous période allant de 1990 à 2001 et enfin, la dernière phase marquée par une stabilité relative du cadre macroéconomique, s’étale de 2002 à 2010.

II.1. Développements de l’activité économique

De 1980 à 1989. Après les années d’évolution en dent de scie, le redressement de l’économie congolaise observé en 1979, s’est nettement confirmé en 1980; le taux de croissance a atteint 2,3% en termes réels contre 0,2% l’année précédente.
En somme, cette période est caractérisée, à quelque exception près, par des taux de croissance positifs, soit en moyenne 1,88%. Le taux d’inflation est resté supérieur à 30% pendant toute la période, soit 62,33% en moyenne.
L’investissement en % du PIB est passé de 9,9% en 1980 à 14,2% en 1987. Cette légère reprise de l’activité constatée sous cette période a été renforcée par les programmes d’ajustement structurel de 1983 et de 1987-198810.
La discipline imposée par ces programmes, notamment avec la promotion des politiques monétaires et budgétaires restrictives, a permis à l’économie Zaïroise à l’époque d’assainir le cadre macroéconomique.
Toutefois, cet assainissement n’a pas été fait sur des bases solides; la principale faille réside dans la gouvernance et la gestion de la chose publique.
Evolution de la croissance économique et de l’inflation : 1980 – 1989
Graphique 2.1. Evolution de la croissance économique et de l’inflation : 1980 – 1989
En observant le plot, il ressort de manière générale une relation négative entre le taux d’inflation et le taux de croissance du PIB. En effet, l’accélération de l’inflation est corolaire au ralentissement de la croissance économique et son ralentissement s’accompagne d’une reprise du taux de croissance.
La relative stabilité observée au cours de cette période ne mettra pas longtemps pour basculer. La décennie qui suit verra l’économie du pays sombrer dans une récession sans précédent.
De 1990 à 2001. Cette phase a été marquée par une crise socioéconomique et une transition politique chaotique, et leurs effets induits, à savoir une instabilité macroéconomique et la détérioration des conditions de vie de la population.
Il faut d’ores et déjà noter que sous cette période (1990 -2001), consécutive à la suspension de la PAS, fut marquée par plusieurs événements, entre autres, les troubles sociales de 1990, les pillages de 1991 et 1993 ainsi que des conflits armés de 1996 et 1998 et la destruction des infrastructures qui s’en est suivie, ont nettement affecté la production.
On observe, en effet, une baisse sensible du PIB tout au long de la période considérée.
Cette baisse est particulièrement marquée au début de la période envisagée, puis à partir du milieu des années 1990. Elle est imputable aux pillages (1991 et 1993) et aux conflits armés (1996 et 1998).
Le taux de croissance du PIB de cette sous période, s’est élevé à moyenne de -5,31%. En 1992, l’économie congolaise réalise pour la deuxième fois un taux de croissance négatif à deux chiffres et atteint en 1993 son taux de croissance le plus négatif depuis 196011, soit -13,51%.
Graphique 2.2. PIB par habitant, taux d’inflation et PIB Réel : 1990-2001

PIB par habitant, taux d’inflation et PIB Réel : 1990-2001

Source : élaboré sur base des données de la BCC et de la Banque Mondiale.
A l’instar de ce qu’on a pu voir pour le PIB réel, le PIB par habitant a connu une évolution contrastée telle qu’illustrée dans la figure ci-dessus. Il a très fortement baissé pendant la période considérée. Il est vraisemblable que la chute brutale du PIB par habitant entre 1990 et 2001 soit liée à la baisse du PIB.
La décennie 1990 a été également marquée par une hyperinflation. En 1991, l’économie congolaise enregistre pour la première fois un taux d’inflation à trois chiffres et ce dernier atteint en 1994 son niveau le plus élevé, environ 9.796,9%.
Pour financer les besoins de la transition (notamment l’équipement de la pléthore de structures de gestion de la transition et des ministères) et l’effort de guerre (achat de matériel militaire et équipement des forces armées et des forces de sécurité, recrutements, salaire, etc.), les gouvernements qui se sont succédé entre 1990 et 2001 n’ont cessé de creuser les déficits publics.
Or, les recettes de l’Etat étaient alors bien insuffisantes par rapport à l’ampleur des dépenses à supporter et donc des déficits des finances publiques, de sorte qu’ils ont décidé de recourir à la création monétaire.
A cette cause majeure, à savoir la forte expansion de la masse monétaire, s’ajoutent d’autres causes non moins importantes telles que l’insuffisance de l’offre des biens et services consécutive à la baisse de la production et la dépréciation de la monnaie locale face au dollar.
En ce qui concerne, le secteur d’activité, seul le secteur de l’électricité et de l’eau qui a pu maintenir un taux de croissance positif, en moyenne de 1,54%. La production s’est nettement essoufflée dans presque tous les secteurs.
Les grandes entreprises congolaises du secteur minier ont connu des difficultés d’exploitation [on note l’effondrement de la Gécamines].
Le volume de production du cuivre, du cobalt, diamant, étain, etc. a fortement reculé. L’agriculture a également affiché des contreperformances liées à la persistance des contraintes structurelles notamment, la vétusté des équipements et l’état défectueux des routes de desserte agricole.
Tableau 2.1. Taux de croissance en volume des différents secteurs : 1990-2001

Secteurs d’activité 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001
A. Secteurs des biens -7.2 -6.3 -8.2 -2.7 -0.8 0.7 -0.5 -7.3 -0.7 -1.9 -8.2 -3.3
1. Agriculture, Sylviculture, Chasse 2.6 2.8 3.1 1.9 -0.8 -2.3 -2.9 -2.8 -1.4 -5.1 -11.7 -3.9
2. Extraction Minière et Métallurgie -15.6 -22.8 -36.3 -20.3 1.9 6.3 3.2 -13.9 9.6 7.9 29.1 0.8
3. Industrie Manufacturière -14.6 -21.5 -27.6 -12.2 -10.2 13.1 -3.4 -21.8 -7.3 4.3 -10.9 -16.2
4. Electricité et Eau 3.2 6.2 7.8 -17.1 -3.3 6.8 18.9 -10.6 -5.9 10.5 -6.6 8.6
5. Bâtiment et Travaux publics -39.7 -16.5 -35 -11.3 20 18.7 24.7 -30.6 4.5 13.7 3.5 6.7
B. Secteurs des services -5.7 -10.1 -12 -29.4 -10 -0.6 -2.3 -1.3 -4.7 -6.8 -6.9 -3.5
1. Commerce de gros et Détails -2.5 -12 -9.7 -28.5 -2.3 -0.6 -0.2 -1.6 -6.7 -11.9 2.3 -0.7
2. Transport et Communication -27.6 -15.9 13.7 -25.7 -2.8 -0.6 -3.5 -8.4 -8.5 -20.7 28.5 8.1
3. Services Marchands 31.6 -18.4 -26.2 -21.3 -1.3 -0.5 -0.5 -2 -6.5 -5 -18.7 -10
4. Services non Marchands 7.3 25.2 -9.2 -38.7 -53.8 -1.5 -21.2 15.4 21.7 33.6 -44.7 -23.6
5. Droits et Taxes à l’importation -31.6 -30.1 -48.9 -29 -2 47.9 -4.3 58.9 -21.3 -49.4 25.1 44.4
Taux de croissance du PIB -6.6 -8.4 -10.5 -13.5 -3.9 0.7 -1.1 5.4 -1.7 -4.3 -6.9 -2.1
Source : BCC, Rapport Annuel

Source : BCC, Rapport Annuel
Il ressort de l’analyse de ce tableau un recul important de la production dans les secteurs d’Extraction minière, Industrie Manufacturière, Bâtiments et travaux publics, Transport et communication (1990 et 1991), Services Marchands (1991 et 1992) ainsi qu’une baisse des recettes des Droit et Taxes à l’importation durant les 3 premières années.
En 1993, le recul de la production s’est manifesté dans pratiquement tous les secteurs.
En effet, la forte baisse de la production enregistrée dans les secteurs des biens a entraîné la baisse de tous les secteurs des services; le taux de croissance s’est situé à -13.5%.
Le secteur d’Agriculture est demeuré positif durant les quatre premières années. Mais tel que dit précédemment, le secteur semble être caractérisé par des goulots d’étranglement qui constituent un frein à son expansion.
Les causes de la dégringolade de l’économie congolaise pendant la période de 1990-2001 sont multiples.
Toutefois, il sied de préciser à ce niveau que la relecture attentive de l’histoire semble indiquer que les facteurs les plus responsables de cette dégringolade se trouvent dans la sphère politique.
Parmi ces facteurs, l’instabilité politique qui résulte essentiellement de la mauvaise gouvernance, la dictature, l’impunité, la corruption ou l’injustice sociale, méritent d’être citer.
Il faut aussi noter que les pillages de 1991 et de 1993, les guerres de 1996 et 1998 ainsi que les conflits armés ont conduit à la destruction de l’outil de production et ont eu comme corolaire de décourager les investisseurs étrangers et le tarissement de l’aide publique au développement, principale source de l’investissement public.
Les performances réalisées en 1995 sont le résultat du programme de désinflation rapide (PDR) mené avec le concours technique du FMI.
Ce programme avait pour objectif de réduire sensiblement le niveau d’inflation et de contenir les dérapages des finances publiques. De 1994 à 1995, le taux d’inflation est passé de 9796,9% à 370,3%.
Ce programme a aussi permis à l’économie congolaise de renouer avec un taux de croissance positif, soit 0,74% en 1995.
Mais, cette croissance n’a pas été entretenue à cause des plusieurs contraintes, notamment l’éclatement de la guerre à l’Est du pays et l’affaiblissement du pouvoir en place.
Après la reprise du pouvoir par l’AFDL, le 17 mai 1997, il y a eu certes un changement de régime politique mais le nouveau gouvernement n’a pas pu maitriser le cadre macroéconomique.
L’économie était toujours exposée aux déséquilibres qui ne cessaient de s’aggraver.
Le déclenchement de la guerre d’agression en 1998 n’a fait que fragiliser davantage l’économie congolaise. Le tableau ci-dessous résume la situation de l’économie congolaise de 1997 à 2001.
Tableau 2.2. Evolution du secteur réel congolais

1997 1998 1999 2000 2001
Taux de croissance du PIB (en %) -5,41 -1,74 -4,27 -6,89 -2,11
PIB/habitant (en USD courant) 122,84 84,17 97,96 82,59 127,32
Taux de croissance démographique (en %) 3,29 3,4 3,19 3,37 2,69
Taux d’inflation 13,76 134,85 483,71 511,21 135,09
Taux de change (CDF/1USD) 1,31 2,4 4,5 50 311,56
Ratio investissement (en % du PIB) 8,1 6,5 9,6 11,2 8,1
Ratio Pop. Salarié et active (en %) 24,78 29,22 28,55 28,12 35,11
Taux de chômage 70,2 65,8 66,5 66,9 49
Source : BAD et Banque Centrale du Congo, Rapport Annuel

Source : BAD et Banque Centrale du Congo, Rapport Annuel
Il ressort de ce tableau que toutes les grandeurs macroéconomiques sont aux rouges. Le passage d’une année à l’autre est caractérisé par la baisse continuelle de la production réelle, un amenuisement du revenu per capita et une monté de l’inflation [Le taux d’inflation s’est situé à 511,21% en 2000, alors qu’il était de 13,76% en 1997].
La monétisation du déficit budgétaire pendant toute la période d’agression se résume par un renforcement de l’hyperinflation.
La part des investissements dans le PIB Réel reste faible, soit 6,5% en 1998. Le niveau de chômage reste à un niveau assez élevé alors que le gouvernement s’était déjà orienté dans le sens de la reconstruction du pays.
Le taux de chômage étant un ratio, sa baisse [1998-2000] résultait plus d’une augmentation de la population active que d’une baisse du nombre de chômeurs.
De 2002 à 2010. Après plus d’une décennie de récession, l’économie congolaise a renouée avec des taux de croissance positifs et a rompu avec la série des taux d’inflation de trois chiffres depuis 2002; résultat de l’exécution sous l’œil vigilant des institutions de Bretton Woods de deux programmes successifs de stabilisation, le programme intérimaire renforcé [PIR] et le programme économique du gouvernement [PEG] décrété en 2001- 2006.
C’est qui a permis de casser l’hyperinflation en la ramenant drastiquement de 511% en 2000 à 15,8% en 2002 et 4,4% en 2003.
En effet, le taux de croissance économique s’est situé à 3.5% en 2002, à 6.6% en 2004 et 7.8% en 2005. En somme, la situation macroéconomique de la RDC s’est alors, en général, notablement améliorée pendant la période considérée.

Développements de l’économie congolaise: 1980 – 2010

Source : par l’auteur sur base des données de la BCC et de la Banque Mondiale.
L’économie congolaise a repris avec la croissance à partir de 2002. La libéralisation de plusieurs secteurs de l’économie [tels que celui de la télécommunication] et le regain de confiance de certains investisseurs ont permis l’entrée d’énormes capitaux sous forme d’Investissement Direct Etranger [IDE].
Cette hausse des investissements s’est accompagné de nouveaux emplois. Le taux de chômage est passé de 49.1% en 2001 à 43.2% en 2007, soit une baisse de près de 6%.
Le taux d’inflation a atteint en 2003, un niveau historique de 4.4%; ce ralentissement notable a résulté des politiques appliquées dans le cadre du programme économique du gouvernement [PEG], principalement dans les domaines budgétaires et monétaires.
Le ratio d’investissement sur PIB est passé de 8.1% en 2001 à 20.2% en 2007. Le PIB/habitant a connu également une progression positive (il est passé de 79,3 USD en 2002 à 96,6 USD en 2009).
Le miracle de la croissance réalisé par toute l’économie n’a jamais été le fait du hasard, c’est plutôt la conjugaison des efforts et des performances réalisées dans les différentes branches de la vie économique.
Ainsi, la croissance positive observée depuis 2002, a été soutenue par les branches ci après : le commerce de gros et de détail, l’agriculture, sylviculture, la chasse et la pèche, les travaux publics, le transport et communication, l’eau et l’électricité, l’industrie de fabrication et les activités extractives et métallurgiques.
Le tableau suivant l’exprime si bien :
Tableau 2.3. Taux de croissance en volume des différents secteurs : 2002-2009

Secteurs d’activité 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
A. Secteurs des biens 3.1 4.6 6.6 7.2 3.7 3.5 4.7 3.5
1. Agriculture, Sylviculture, Chasse, Pêche, Elevage 0.5 1.2 0.6 2.9 3.2 3.3 3.0 3.0
2. Extraction Minière et Métallurgie 9.9 13.2 16.4 13.6 0.9 2.5 11.4 2.5
3. Industrie Manufacturière 6.8 -3.3 24.0 5.6 0.9 5.1 2.7 1.4
4. Electricité et Eau 2.8 8.3 -7.4 1.7 4.3 1.8 -4.9 -1.6
5. Bâtiments et Travaux publics 11.5 23.8 22.5 24.1 13.2 5.4 3.8 9.1
B. Secteurs des services 4.9 8.0 7.5 8.7 9.1 11.1 9.8 2.4
1. Commerce de gros et Détails 1.7 3.5 5.7 9.9 8.9 13.1 12.3 4.3
2. Transport et Communication 21.0 27.8 11.3 10.1 12.5 10.9 8.4 2.9
3. Services Marchands 6.1 6.2 8.1 8.5 7.5 6.9 4.8 3.5
4. Services non Marchands 3.5 14.4 11.6 -3.5 5.8 6.2 4.2 -23.0
5. Droits et Taxes à l’importation 16.3 4.7 11.5 13.7 14.0 19.0 15.4 8.5
PIB -3.5 5.8 6.6 7.8 5.6 6.3 6.2 2.8
Source : BCC, Rapport Annuel

Source : BCC, Rapport Annuel
Il convient de signaler qu’en 2009, l’activité économique a été marquée par un net ralentissement. La croissance a été de 2.8% contre 6.2% en 2008. Ce repli est dû essentiellement aux effets de la crise économique et financière internationale.
En effet, la baisse de la demande mondiale et la chute drastique des cours des principaux produits d’exportation se sont répercutées sur les secteurs exposés notamment, les mines et les hydrocarbures.
La RDC s’est fortement ressentie de cette crise à cause entre autres, de la diversification limitée de son économie et de sa dépendance vis-à-vis des exportations des produits.
Les activités économiques sont demeurées vulnérables face aux chocs extérieurs notamment, la hausse des prix des produits alimentaires et énergétiques ainsi que la baisse des investissements directs étrangers [IDE].
Graphique 2.4. Contribution des branches d’activité en % du PIB en 2009
Droits et taxes à l’importation
Services marchands
Transport et communication
AGRICULTURE 50,00%
40,00%
30,00%
20,00%
10,00%
0,00%
Activités extractives et métallurgies
Activités de fabrication
Electricité et eau
Commerce de gros et de détail
Batiments et travaux

Contribution des branches d’activité en % du PIB en 2009

Source : par l’auteur sur base des données de la BCC
La structure des contributions dans la formation du PIB a été modifiée comparativement à 2008.
En effet, la branche « agriculture, sylviculture, élevage, pêche et chasse » a contribué à hauteur de 40,6% à la croissance, suivie par celles de « commerce de gros et de détail » ainsi que de « bâtiments et travaux publics » pour respectivement 32,2% et 26,2%.
Le dynamisme de ces secteurs est imputable à une meilleure circulation des biens et services induites par la mise en œuvre progressive des travaux de réhabilitation des infrastructures routières dans le cadre de cinq chantiers de la république.
Par contre, l’activité de production et de distribution d’eau et d’électricité a plombé la croissance avec une contribution négative de 0,4%. [BCC, 2009]
Outre le ralentissement de l’activité économique en 2009, on observe également une reprise de l’inflation. En effet, située à 27,57% en 2008, l’inflation s’est élevée à 53,44% en 2009 [voir Graphique 2.3].
Ce niveau d’inflation jamais atteint depuis 2002, est consécutif à la conjugaison des chocs à la fois endogènes et exogènes tenant principalement à la forte dépréciation de la monnaie nationale face aux devises étrangères dans une économie fortement dollarisée.
Malgré les coups de fouet de la crise financière internationale, les performances affichées par l’économie congolaise ont débouchées sur un taux de croissance économique de 6.06% pour l’exercice 2010. Soit une augmente de 3.26 point de pourcentage, par rapport l’année précédente.
Ceci laisse entrevoir que l’économie congolaise s’est nettement inscrite sur un sentier de croissance soutenu. On note également une baisse du taux d’inflation [voir Graphique 2.3].

II.2. Evolution des Finances Publiques

De 1980 à 1989. Au cours de cette sous-période, en somme, la gestion des finances publiques a été relativement bonne.
On observe non seulement un net recul des déficits publics en % du PIB [-0.9% en 1980, -1.4% en 1983 et 1984], mais aussi l’apparition des excédents budgétaires consécutivement en 1985 et en 1986, puis en 1989.

Développements de l’économie congolaise: 1980 – 2010

Source : Elaboré sur base des données de la BCC.
L’assainissement des finances publiques, de manière générale, au cours de cette période et les excédents budgétaires réalisés en 1985, 1986 et 1989, sont le fait de la discipline imposée par les programmes d’ajustement structurel [PAS] de première génération, avec notamment la promotion des politiques budgétaires et monétaires restrictives.
D’autre part, il sied de remarquer que pour le financement de son développement, la RDC a eu recours, au cours des années, aux capitaux étrangers.
Grâce à ceux-ci et à l’assistance technique extérieure, la RDC a pu se doter du barrage d’Inga, des ponts, des immeubles modernes tels que la RTNC et le CCIC, de la sidérurgie de Malaku, d’un nombre important de diplômés dans divers domaines du savoir, etc.
Malheureusement au terme de la décennie 1980, force était de constater que ces projets d’investissement n’ont pas débouché sur les effets attendus.
Ne pouvant pas faire face à ses engagements vis-à-vis de l’étranger, le pays était ainsi entré dans un cycle d’endettement, car il a accumulé et rééchelonné plusieurs arriérés, il est arrivé – des fois− à s’endetter à nouveau pour relancer la production et dégager des surplus financiers [NSHUE, 2010].
Entre 1980 et 1990, le stock de la dette extérieure est ainsi passé de 4.7 à 8.9 milliards USD. La dette extérieure a constitué la part la plus importante de la dette publique, soit 80% de la dette publique en moyenne annuelle.
Le paiement du service de la dette, chaque année, a constitué un poids important dans le budget de l’Etat réduisant de ce fait sa capacité à soutenir le développement socio-économique.
Tableau 2.4. Déficit public et croissance de la dette extérieure : 1980-2001

Indicateurs 1980-1990 1991-2001
Déficit public (en % du PIB) -6.3 -10.2
Taux de croissance de la dette extérieure (en %) 9.0 2.3

Source : Rapport Annuel BAD, 2002.
Toutefois, ce relatif assainissement des finances publiques n’a pas été fait sur de bases solides; la principale faiblesse réside dans la gouvernance et la gestion des affaires publiques.
Après une maîtrise relative des finances publiques [1980-1987], la situation n’a pas mis longtemps à se détériorer et cela, doublé des massacres des étudiants à Lubumbashi, a abouti à la suspension du programme d’ajustement structurel [PAS] en 1989.
De 1990 à 2001. Durant la décennie 1990, l’économie congolaise était plongée dans la récession. La gestion des finances publiques n’est pas restée indifférente à cette situation.
Les exercices budgétaires allant de 1990 à 2001 laissent apparaître un sérieux dépassement des dépenses sur les recettes. En effet, le solde budgétaire a atteint jusqu’à
-15.86% du PIB en 1991. Cette situation résulte à la fois du manque de réalisme dans l’élaboration des prévisions des recettes et de l’absence d’une volonté politique de maîtriser les dépenses publiques.
Le solde positif apparait seulement dans l’année 1995, soit 0.02 en % du PIB.
Tableau 2.5. Situation des finances publiques : 1990-2001

 
Années
 
Recettes publiques en % du PIB
Dépenses publiques en % du
PIB
 
Soldes en % du PIB
 
Stock de la dette en
% du PIB
1990 9.96 17.21 -7.25 119.6
1991 4.94 20.79 -15.86 130.1
1992 3.13 15.67 -12.54 146.3
1993 4.10 17.46 -13.36 112.0
1994 3.01 5.41 -2.40 240.2
1995 5.35 5.33 0.02 271.4
1996 5.42 5.74 -0.32 237.7
1997 5.17 5.98 -0.81 217.0
1998 6.05 8.89 -2.84 226.6
1999 5.01 10.59 -5.58 279.1
2000 3.73 7.77 -4.03 298.4
2001 4.73 4.79 -0.06 269.1

Source : nos calculs, sur base des données de la BCC et de la Banque Mondiale.
Les intérêts de la dette ont continué à courir, le stock de la dette en % du PIB est passé de 119.6% en 1990 à 298.4% en 2000. Au début des années 1990, la coopération fut suspendue.
Les principaux créanciers de l’Etat congolais sont le FMI, le Club de Paris, le Club de Kinshasa, le Club de Londres, les Institutions multilatérales dont la Banque Mondiale et la BAD. Le paiement du service de la dette s’est effectué à un niveau très faible du montant à payer.
A titre d’exemple, en 1996 le service effectué était 43.2 millions USD au moment où le service dû était de 8865.07 millions USD; en 1998 le service effectué était de 2.1 millions USD au moment où le service dû était de 8697.4 millions USD.
Pour les deux années prises à titre illustratif, le service effectué concernait le FMI [BCC, 2000].
Les dépenses de l’Etat, quant à elles, ont évolué de manière désordonnée entre 1990 et 2001 [20.79% du PIB en 1991] sans tenir compte de la baisse des recettes publiques.
Cette situation a donné lieu à des déficits de l’ordre de -7.25, -15.86, -12.54, -13.36 et -2.40 en % du PIB respectivement entre 1990 et 1994. La non-utilisation de la chaîne des dépenses pour l’exécution des dépenses a traduit la mauvaise gouvernance des autorités politiques.
Le financement monétaire du déficit par les avances de la Banque Centrale [le crédit à l’Etat, rapporté au PIB, est passé de 8.2% en 1990 à 16.4% en 1991] a été à la base de l’hyperinflation en RDC qui a atteint le sommet record de 9796.9% en 1994.
Graphique 2.6. Situation des Finances Publiques: 1990-2001
100
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Dépenses Publiques en % du PIBRécettes Publiques en % du PIBSoldes en % du PIB
Graphique 2.6. Situation des Finances Publiques: 1990-2001
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Dépenses Publiques en % du PIBRécettes Publiques en % du PIBSoldes en % du PIB
Source : Elaboré sur base des données de la BCC.
L’abondance des moyens de paiement sur le marché, au cours de cette période, a résulté du fait que les dépenses courantes, entre autre les dépenses de consommation, ont été plus exécutées que les dépenses en capital.
Les rémunérations et les frais de fonctionnement totalisent près de 67.0% des dépenses courantes. Ces deux postes ont réalisé des dépassements budgétaires par rapport aux prévisions allant jusqu’à plus de 150% d’exécution.
Les énormes déficits qu’a connu la RDC, durant cette sous-période, et leur monétisation ont contribué à la dégradation non seulement du tissu économique, mais aussi celle encore plus prononcée des conditions de vie de la population.
Il ressort également, des graphiques ci-dessus, que la cause de l’inflation durant cette sous-période a été le désordre des finances publiques, cela peut se lire à travers l’importance du crédit à l’Etat dans le crédit intérieur.
Dans le but de combattre l’hyperinflation, le programme de désinflation rapide [PDR] a permis de mener une politique budgétaire restrictive. Le principe d’unicité de centre d’ordonnancement des dépenses, confié traditionnellement au Ministre des Finances, a été réaffirmé.
La conséquence de cette politique a été de réduire les dépenses à 8.75% contre 11.32% des recettes en 1995, soit un solde positif de 0.14%.
Les restrictions de dépenses avaient permis aux finances publiques d’avoir un niveau assez soutenable entre 1995 et 1996. Les séries de guerre qui ont dérangé le pays entre 1998 et 2000 ont renversé les tendances [le solde budgétaire a atteint jusqu’à -5.08% du PIB en 1999] à cause des dépenses de souveraineté.
De 2002 à 2010. La gestion des finances publiques a été satisfaisante, en somme, de 2002 à 2010. La reprise des activités et le retour des taux de croissance positifs, au cours de la période 2002-2010, ont permis d’élever le niveau des recettes publiques. Son ratio, qui se situait à 3.73% en 2000, a atteint le niveau de 18.63% en 2009, puis de 19.34% en 2010.
Le recours aux avances de la Banque Centrale pour le financement du déficit a été sensiblement réduit, allant jusqu’au remboursement [-0.54% en 2002, -0.88% en 2004]. La compression du crédit à l’Etat a été à la faveur du crédit aux secteurs privés.
Tableau 2.6. Situation des finances publiques : 2002-2010

 
Années
Recettes publiques en % du PIB Dépenses publiques en % du PIB  
Soldes en % du PIB
 
Crédit à l’Etat en
% du PIB
Stock de la dette en % du PIB
2002 7.69 6.77 0.92 -0.54 191.6
2003 9.63 10.12 -0.49 -0.07 205.2
2004 11.77 12.89 -1.12 -0.88 181.2
2005 14.58 15.46 -0.88 2.48 155.3
2006 14.18 15.04 -0.86 3.27 135.2
2007 14.76 15.02 -0.26 3.42 132.7
2008 18.48 18.95 -0.47 3.81 118.2
2009 18.63 17.98 0.65 1.91 192.2
2010 19.34 17.8 1.54 0.35 30.7

Source : Rapport Annuel de la BCC
L’exécution du PIR ainsi que d’autres programmes politiques ont permis au gouvernement congolais de restructurer les niveaux des soldes budgétaires qui sont restés inférieurs à -2.0%. En 2002, 2009 et 2010, le solde était positif affichant un niveau de 0.92%, 0.65% et 1.54% respectivement.
Ce sont, notamment, ces critères de performance qui ont conduit à l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative en faveur des Pays Pauvres et Très Endettés [I-PPTE] en 2010.
En effet, après une rupture de la coopération avec la communauté financière internationale de près d’une décennie, la RDC a régularisé sa situation en 2001-2002 en restructurant sa dette extérieure.
Ceci a permis le retour de l’aide publique au développement [APD], le redémarrage du paiement de la dette extérieure et l’admission à l’I-PPTE. Ce processus devrait, à terme, déboucher sur l’annulation considérable de la dette du pays, compte tenu des certains critères, appelés déclencheurs [NSHUE, 2010].
Au vu de la rigueur qui a caractérisé la gestion des finances publiques en 2009 – les finances publiques ont présenté un excédent de 82.3 milliards de CDF en fin 2009, 150.67 milliards de CDF en mars 2010 contre 2.5 milliards de CDF en mars 2009−, l’année 2010, au mois de juillet, a vu le point d’achèvement de l’I-PPTE être atteint. La dette de la RDC a été allégée de 12.3 milliards USD.
Les conseils d’administration du FMI et de la Banque Mondiale ont estimé que la RDC avait appliqué les mesures politiques requises pour atteindre le point d’achèvement, un stade auquel l’allègement de la dette devient irrévocable [NSHUE, 2010].
____________________________
11 En 1960, le taux de croissance se chiffrait à -26,10% [Banque mondiale]
10 Les programmes d’ajustement structurel de la décennie 80 sont qualifiés des programmes de la première génération (KABUYA. K et TSHIUNZA.M, 2006)


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