Microfinance, Microcrédit, pré-défaillance et credit scoring - WikiMemoires

Microfinance, Microcrédit, pré-défaillance et credit scoring


Microfinance et Microcrédit : Les auteurs montrent la supériorité de la microfinance sur le microcrédit en termes d‘efficacité pour les pauvres!
A – Première partie : la microfinance un outil de lutte contre la pauvreté
Chapitre 1 : micro finance et développement économique; une approche conceptuelle et théorique
Ce chapitre présente quelque concepts clés pour une meilleure compréhension du travail (section tout en mettant l’emphase sur certains théories et travaux traitant de la microfinance (section 2).
Ces outils nous ont permis d’avoir une idée synthétique fondant la base de notre étude.

Section 1 : Cadre conceptuel de l’étude

Cette partie se consacre au traitement des concepts importants de l’étude afin de dissuader les nuances ou toutes mauvaises interprétations des termes clés.

1.1. Définition microfinance

Dans une acceptation purement financière, la microfinance est définie comme l‘octroi de services financiers (épargne, crédit, assurance, transfert de fonds…) aux pauvres (Christen, 1997). Dominique Gentil et Jean-Michel Servet ont proposé une définition plus large encore.
Pour eux, « le terme de microfinance recouvre un ensemble très diversifié de dispositifs offrant des capacités d’épargne, de prêt ou d’assurance à de larges fractions des populations rurales, mais aussi urbaines, n‘ayant pas accès aux services financiers des établissements soumis à des contraintes de rentabilité immédiates et à certains ratios prudentiels, modèle qui domine dans les pays capitalistes développés » (Gentil et Servet, p. 737, 2002).
Parmi les institutions de microfinance (IMF), on peut différencier les institutions de microfinance mutualistes ou coopératives, les institutions de microfinance non-coopératives et les mutuelles de Solidarité.

– – Les institutions de microfinance coopératives

Les institutions de microfinance de type coopératif constituent un groupe de personnes physiques ou morales, formant une organisation à but non lucratif et fondée sur les principes de coopération, de solidarité et d’entraide mutuelle avec principalement pour objectif la collecte de l’épargne de ses membres et/ou l’octroi du crédit.
Elles accordent des prêts aux membres et également à des particuliers.

– – Les institutions de microfinance non-coopératives

Ces institutions, différentes de celles constituées sous forme mutualiste ou coopérative, sont des organismes qui accordent du crédit à partir des fonds empruntés du système bancaire ou d’une organisation financière internationale ou reçus en dons d’une ONG.

– Les mutuelles de solidarité

Une mutuelle de solidarité (MS) est un groupe de personnes ayant des liens solides entre elles (origine socioprofessionnelle, lieu de résidence, famille, amitié, etc.) qui décident de créer un fonds alimenté par leurs cotisations, en vue d’atteindre un objectif clairement défini : l’octroi du crédit aux membres du groupe sur une base rotative.
Contrairement aux banques communautaires, les mutuelles de solidarité sont indépendantes dès le départ : les règles de fonctionnement sont établies par le groupe lui-même sans ingérence d’une quelconque IMF, même si cette dernière peut être une source alternative de fonds pour suppléer à l’insuffisance des ressources internes et également fournir de l’assistance technique

1.2. Microcrédit et microfinance

Selon la Banque Mondiale, le microcrédit consiste à « offrir à des familles en situation de précarité économique un crédit de faible montant pour les aider à s‘engager dans les activités productives » (Banque Mondiale, 2000). La logique du crédit veut que le bénéficiaire du crédit paie les intérêts et respecte l‘échéancier des remboursements fixés contractuellement (De Brandt et Nowak, 2006).
Jusqu‘à récemment, plusieurs ouvrages et enquêtes sur la microfinance se ramènent ordinairement, au seul aspect du microcrédit. Or la microfinance c‘est à la fois l‘offre de services financiers et non financiers (ACDI, p. 4, 2007).
Déjà en 2002, une revue de la littérature présentée Matin, Hulme et Rutherford sur la « révolution de la microfinance » mettait en évidence le passage du microcrédit aux services microfinanciers imposé par les besoins des pauvres (Matin, Hulme et Rutherford, 2002). Les auteurs montrent la supériorité de la microfinance sur le microcrédit en termes d‘efficacité pour les pauvres.
La microfinance se distingue donc du microcrédit qui en est un produit ou seulement une forme particulière. C‘est à partir des années 1990, nous dit Thomas Dichter (2006), que le terme microfinance commençait à remplacer celui de microcrédit. L‘objectif de cette substitution terminologique était explicite : il s‘agissait d‘englober sous un même terme les services financiers autres que le crédit dans les services offerts par les organisations.
Il est vrai que les services divers que propose la microfinance sont ordinairement accessoires au microcrédit. Dans les pratiques de la microfinance, le premier service à être demandé par les pauvres est le micro- crédit.
En effet, c‘est aussi ce qui motive l‘existence même des organisations de microfinance. Mais le microcrédit à lui tout seul ne peut résoudre les problèmes des pauvres. Sachant que ces individus que la microfinance souhaite transformer en microentrepreneurs sont principalement caractérisés par des compétences très limitées et très peu de capital.
De nouveaux produits sont apparus, elle comprend en plus la micro-assurance, le crédit à l‘habitat et les transferts de fonds (Boyé et al., 2006, p. 78).
Dans la même logique de réponse aux besoins, les organisations de microfinance apportent à leurs clients des services non financiers1. On y retrouve : des services d‘appui au développement de son entreprise (formation technique en marketing ou en gestion) ou des services sociaux (éducation, santé, nutrition ou alphabétisation).

1.3. La pré-défaillance

La pré-défaillance est une situation dans laquelle un client d’une IMF n’honore pas ses engagements à l’échéance convenue (Lahna, 2001).
La difficulté de remboursement ne se situe pas à l’échéance définitive, mais à une des échéances intermédiaires. Cela suppose, bien entendu, que le remboursement du crédit soit échelonné dans le temps (d’une semaine à quelques mois).
Il y a donc pré-défaillance lorsque l’une des quelconque de ces échéances intermédiaires n’est pas respectée, chacune d’elles comptant pour un crédit. Même si le non-remboursement d’une échéance n’implique pas la défaillance définitive, la déchéance du terme voudrait que, lorsqu’une échéance n’est pas honorée, toutes les suivantes deviennent exigibles.
En tant que prémisse de la défaillance définitive, la pré-défaillance permet de détecter le plus rapidement possible les difficultés éventuelles de l’emprunteur et de prévenir la défaillance définitive.
En réduisant ainsi le risque du crédit, la prédéfaillance améliore l’efficacité allocative du prêteur et réduit le risque de rationnement de crédit découlant de la détérioration de la qualité du portefeuille de crédit et entraînant par conséquent la contraction des fonds prêtables.

1.4. Le “credit scoring”

La méthode de « credit scoring », c’est-à-dire l’évaluation statistique en microfinance consiste à utiliser les informations relatives aux résultats de remboursements et les caractéristiques des prêts remboursés dans le passé pour pronostiquer les possibilités de succès pour les prêts futurs.
La démarche peut être simple, implicite et même subjective à la sélection des clients : un agent de crédit ou un gestionnaire peut comparer mentalement le demandeur de crédit auquel il a affaire à une expérience antérieure (Schreiner, 2003).
Cette démarche est élaborée lorsque, sur base des informations et des caractéristiques contenues dans une base de données, l’organisation de microfinance parvient à établir rigoureusement un système de cotation applicable à toute demande de crédit qui lui est adressée.
Considérons un système de cotation composé de quatre niveaux : « pas risqué », « normal »,« risqué » et « très risqués ». Toute demande sera préalablement confrontée à la fiche d’évaluation statistique pour savoir quel niveau de risque elle représente.
Si elle n’est « pas risquée », le prêt est aussitôt octroyé. Le candidat présentant une telle demande peut même bénéficier d’autres avantages particuliers en dehors du crédit sollicité.
En cas de besoin, il peut par exemple, sans beaucoup de formalité, accéder à une facilité de caisse. Si la demande est jugée comme un risque « normal », l’accès au crédit est aussi immédiat, mais aucun avantage supplémentaire n’est à accorder.
Pour les demandes estimées « risquées », l’avis du comité du crédit est préalablement requis afin d’ajuster éventuellement le montant requis, le terme prévu ou le type de nantissement (ou garantie) nécessaire (Schreiner, 2003).

1.5. La notion du taux d’intérêt

Pour les économistes néoclassiques, le taux d’intérêt est la rémunération de l’abstinence à une consommation immédiate de la part de celui qui épargne pour prêter. Le taux d’intérêt est en quelque sorte le prix du temps, la récompense de l’attente pour épargner.
Pour Keynes, le taux d’intérêt est la récompense de la renonciation à la liquidité. « Il mesure la répugnance des détenteurs de monnaie à aliéner leur droit d’en disposer à tout moment ». Le taux d’intérêt permet aux agents économiques d’arbitrer entre actifs liquides ou actifs placés contre rémunération.
En d’autres termes le taux d’intérêt est un prix : c’est le prix qu’il faut payer pour emprunter de l’argent, c’est aussi le prix que l’on reçoit quand on prête de l’argent. L’intérêt est donc la rémunération d’un service, le prêt d’argent. L’usage de taux d’intérêt s’applique dans de multiples domaines : depuis les instruments financiers jusqu’aux produits d’épargne (compte d’épargne), en passant par les obligations, etc.
La microfinance telle qu’elle est organisée aujourd’hui, implique l’application de taux d’intérêts sur les emprunts. Le montant des crédits étant faible et les fréquences de remboursement rapides (hebdomadaires/mensuels), les montants à rembourser sont supportables par les clients, compte- tenu de la productivité de leurs activités génératrices de revenus.

Les taux d’intérêt doivent couvrir :

– le coût des fonds qui sont avancés,
– le coût associé au risque de non-remboursement
– les frais administratifs et de traitement des microcrédits Ils sont fonction :
– de la réglementation locale sur le plafonnement des taux d’intérêt
– des frais liés aux activités de microfinance,
– du positionnement de l’institution (IMF à vocation sociale ou commerciale),
– des technologies ou innovations permettant à l’IMF d’accroître sa productivité pour réduire
– ses coûts de fonctionnement.

1.5.1. La détermination des taux d’intérêt en microfinance

Plusieurs études (CGAP, 1997; Gibbons et Meehan, 2000; Lesaffre & Pesche, 2002 et SEEP Network, 1995) ont établi au moins six composantes indispensables dans la formation du taux d’intérêt.
Elles sont toutes exprimées sous forme d’un pourcentage de la moyenne du montant des prêts accordés constitutifs du portefeuille : les frais administratifs (FA), les pertes sur prêts (PP)2, le coût de financement (CF), le taux de capitalisation souhaité (K) et le revenu de l’investissement (RI).
En théorie, le taux d’intérêt approprié3 se détermine comme suit :
le taux d’intérêt
Si un tel taux est effectivement appliqué par les IMF, ses multiples composants et leurs poids respectifs peuvent justifier le cas échéant son niveau élevé. C’est particulièrement le cas avec la rubrique « frais administratifs4 » qui mérite d’être disséquée car elle représente la composante la plus importante du taux d’intérêt.
Ces frais se rapportent aux charges non financières découlant directement des prestations des services financiers ou autres faisant intégralement partie de la relation existant entre l’IMF et sa clientèle. Il s’agit notamment de dépenses d’amortissement, de loyer, d’eau, d’électricité et gaz, de publicité, de transport, de communication et de conseil.
La maîtrise de telles dépenses5 permettra à l’IMF, si elle est subventionnée, de tendre vers son autonomie financière et de se libérer de la pratique des taux bonifiés. Si elle ne reçoit pas de subventions, l’IMF en profitera pour consolider sa marge d’intérêt nette ou marge financière.

1.6. Le développement économique

Le développement, comme le disait F. Perroux [1969] est : « l’ensemble des changements sociaux et mentaux d’une population qui la rendent apte à accroître cumulativement et durablement son produit réel global ».
Dans la littérature économique, le développement est souvent associé à la croissance (PIB en volume). Toutefois, il faut souligner que le développement n’est pas la croissance, bien que celle-ci soit indispensable à son aboutissement.
Il est important de préciser que la croissance porte sur une augmentation quantitative des ressources disponibles d’une économie sur une période donnée, tandis que le développement implique l’amélioration du bien-être de toute la population et se traduit par une hausse de revenu par tête, un accroissement du ratio alimentaire et de meilleurs accès aux services de santé et d’éducation.
On s’accorde sur le fait que la seule croissance du PNB/ habitant ou du PIB per capita n’est pas un facteur suffisant pour analyser le développement.
En effet, ce n’est pas parce que le niveau de PNB/habitant croît que la qualité de vie des populations s’améliore systématiquement. De ce fait, de nombreux indicateurs alternatifs ont ainsi été créés pour mesurer le développement.
L’un des plus connus est l’Indice de Développement Humain (IDH). A cela s’ajoute d’autres dimensions pas forcément mesurable (exemple, la religion, la culture) et leur impact sur le développement.

1.6.1. L’indicateur de développement humain (IDH)

L’indicateur de développement humain proposé par le PNUD se fonde sur une conception du développement humain défini comme « le processus conduisant à l’élargissement de la gamme des possibilités qui s’offrent à chacun.
Les possibilités de choix offertes aux individus ne sont ni finies ni statiques.
Cependant, quel que soit le stade de développement, les trois possibilités essentielles sont celles de vivre longtemps et en bonne santé, d’acquérir des connaissances et de pouvoir accéder aux ressources nécessaires pour vivre dans des conditions décentes (Conté, 2004).
L’IDH est un indice normé et est utilisé depuis 1990 par le PNUD. Il privilégie la santé/ la longévité, le savoir ou le niveau d’éducation et le niveau de revenu.
Conçu au départ comme la moyenne arithmétique des indicateurs de durée de vie, de niveau d’éducation, et de PIB réel corrigé par la PPA, il est actuellement calculé à partir de quatre variables de base : revenu, espérance de vie, alphabétisation des adultes, nombre moyen d’années d’étude, en différenciant le primaire, le secondaire et le supérieur.
En résumé, « le développement est un processus de transformation quantitatif et qualitatif.
Il allie progrès économique et transformations sociales. Il ne saurait se réduire à la seule croissance du produit, ni à la seule couverture des besoins biologiques de l’homme. Il implique des changements structurels et l’atteinte d’objectifs clairement exprimés. ».

Section 2 : Antécédents théoriques et empiriques

La littérature économique présente le rationnement du crédit sous plusieurs angles, l’objet de cette revue de littérature est de faire le point sur certains travaux consacrés au développement financier et les résultats obtenus par leurs auteurs.

2.1. Antécédents théoriques

Cette partie présente de manière non exhaustive certaines théories qui ont animé les débats sur l’octroi de crédit ces dernières décennies.

2.1.1. La théorie de la répression financière

Elle trouve son origine dans les travaux de McKinnon et Shaw (1973) et Gurley & Shaw (1956,1960) et s’inscrit dans la problématique de la mobilisation de l’épargne intérieure en vue du développement économique.
La répression financière se manifeste par un certain nombre des mesures restrictives qu’imposent les pouvoirs publics à l’exercice de l’activité financière dans une économie.
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Ces restrictions consistent essentiellement :
– en la fixation administrative des taux d’intérêts;
– en la constitution des coefficients des réserves obligatoires;
– en la régulation de la concurrence;
– au contrôle des changes.
De ces différentes mesures de répression financière, la politique délibérée de bas taux d’intérêt pratiquée dans la plupart des pays en développement a fait l’objet des plus larges débats (AryTanimoune, 2003; Essombe, 1987; Germidis & ali, 1991; Joumady; 1999).
Dans la plupart de ces pays, les gouvernements appliquent, souvent par l’entremise de la banque centrale, une politique de crédit sélective en faveur des secteurs dits prioritaires. Pour ce faire, ils fixent les taux d’intérêt débiteurs à un niveau bas et ce, pour l’ensemble de l’économie nationale.
Au sens strict, la répression financière se manifeste donc par la fixation par les pouvoirs publics des taux d’intérêt en dessous du niveau d’équilibre. Une des conséquences de la répression financière est la fixation des taux créditeurs également à des niveaux plus bas que les taux d’équilibre.
En effet, la nécessité pour les intermédiaires financiers de s’assurer une marge minimale les conduit aussi à rémunérer faiblement l’épargne lorsqu’elle celle-ci est mobilisée.
Il s’ensuit que les épargnants ne sont pas attirés par la faible rémunération qui leur est proposée. Ceci peut entraver la mobilisation de l’épargne par les institutions réglementées.
Il n’est pas exclu que, dans ces conditions de raréfaction des fonds prêtables, ces institutions rationnent le crédit. Parmi les agents les plus touchés par ce rationnement figurent les micro-entrepreneurs.
Leur ultime recours s’avère le financement alternatif auprès d’IMF existantes (dont les services peuvent être sollicités) ou des institutions à créer par eux-mêmes à leur propre initiative. De cette façon, la répression financière – principalement par la politique des taux d’intérêt administrés pourrait bien expliquer l’existence voire la prolifération des IMF.

2.1.2. La théorie des coûts de transaction

Lorsque deux agents spécifient contractuellement la date et le lieu d’échange d’un bien particulier, ils opèrent ce qu’on appelle une « transaction ». Les coûts de transaction désignent le prix de la mise en œuvre d’une transaction entre deux agents individuels ou collectifs (Chareaux, 1987). Les coûts de transaction se composent:
des coûts ex ante : ils sont engagés pour concevoir le contrat permettant le transfert des droits de propriété d’un individu à l’autre.
On y retrouve les coûts liés à la recherche de futurs partenaires, les coûts d’études des dossiers, les coûts de la négociation (déplacement, traduction, honoraire d’expert etc.) de contrat, les coûts de la rédaction du contrat, etc.
Il s’agit donc des coûts primaires de transaction qui sont essentiellement de nature juridique.
des coûts ex post : ce sont des coûts d’ajustement pour corriger les dérives, soit par rapport à l’accord initial, soit par rapport à un autre accord jugé meilleur; d’où l’idée d’incomplétude des contrats et sans doute des marchés. Ces coûts apparaissent après la signature du contrat.
Ils correspondent aux coûts d’administration, de surveillance et de contrôle mis en place par les cocontractants afin de veiller au respect des clauses contractuelles. Ils sont donc inhérents à la prestation des obligations et à la réalisation du contrat.
Tableau 1 : Coûts de transaction liés à un contrat de crédit

Nature
l’opération
de Couts financiers Couts transactions de
Phase 1 Information Frais déplacement Temps nécessaire
Phase 2 Introduction dossier du Frais d’introduction Frais déplacement Temps nécessaire Frais documentation
Frais courtoise
Phase 3 Obtention du crédit Déboursement Intérêt Frais déplacement Temps nécessaire Frais courtoisie

Source : Labie (1999, pp. 50-53).
Certains éléments de coûts de transaction peu mentionnés dans la littérature nécessitent un éclairage avant d’examiner la manière dont le coût total du crédit est déterminé.
Les frais de déplacement sont à déterminer en fonction de la distance et de moyen de transport utilisé concrètement par le micro-entrepreneur pour se rendre au bureau de crédit. Le temps nécessaire représente le coût d’opportunité.
En effet, le micro-entrepreneur est placé devant l’alternative entre consacrer du temps à la production des biens et services ou en consacrer à la recherche du crédit.
Le temps passé à effectuer des démarches relatives à la signature d’un contrat de crédit représente un coût d’opportunité, c’est-à-dire une perte de revenu due à la non production pendant ladite période. Les frais de documentation par contre englobent l’ensemble des dépenses supportées par le micro-entrepreneur pour se procurer les documents administratifs indispensables aux dossiers relatifs à la demande de crédit.
Et les frais de « courtoisie » sont constitués de divers « cadeaux » que le micro-entrepreneur offre à l’agent de crédit : pot-de-vin, repas etc.
Ces quatre groupes de frais constituent la partie de coûts de transaction ex ante généralement supportés par les emprunteurs et non pris en compte par les organisations de microfinance et donc non comptabilisés par elles. Ils devraient être ajoutés au coût total tel que déterminé de manière classique par ces organisations (cf. formule 3.10.).
Le coût total de crédit pour un micro-entrepreneur peut être formalisé comme suit :
CT = CF + Ct
où CT = [(MP. i) + FF] + [FD + FT + T + FC] avec CF = [(MP. i) + FF)
Ct = [FD + FT + T + FC]
Où CF = Coûts financiers; Ct = Coûts de transaction; i = Taux d’intérêt MP = Montant prêté; FF = Frais financiers pour introduction de demande;
FD = Frais de documentation; T = Temps exprimé en équivalent monétaire; FT = Frais de transport; FC = Frais de courtoisie
Ces composantes transposées sur l’organisation de microfinance elle-même, conduisent à une perception plus classique des coûts de transaction permettant d’en regrouper les composantes en trois grandes rubriques :
Charges d’Exploitation ou CE (1) + Provisions pour Impayés ou PI (2) + Dotations aux Amortissements (3) = Cout de transaction ou Ct
Les charges d’exploitation sont essentiellement constituées par les salaires et d’autres frais relatifs au traitement administratif des dossiers; les provisions pour impayés de crédit (ou de détournement) représentent les risques (l’équivalent des frais variables) alors que les dotations aux amortissements sont des charges de fonctionnement (ou frais fixes).
Par ailleurs, les charges financières ou CF (4) représentent les rémunérations versées à la clientèle sur les dépôts et l’épargne (déterminées par les taux créditeurs) plus les intérêts sur les lignes de crédits obtenus. On déduit dès lors : 1+2+3+4= Cout total du crédit
Le choix d’une organisation de microfinance devrait donc, dans la logique de l’efficacité productive, se baser sur tous ces éléments. Pour réduire au maximum les coûts ex ante, la technique de proximité est généralement utilisée par les prêteurs.
Ainsi le poids des facteurs tels que le temps et les frais de transport est réellement insignifiant par rapport à celui des autres composantes du coût total. Il en est de même de la paperasse qui est souvent réduite à sa plus simple expression.

2.2. Antécédents empiriques

Plusieurs études ont été réalisées dans des pays voir même dans des continents différents et ont aboutis à des résultats parfois contradictoires. Certaines conclusions sont en faveur de la microfinance, d’autres sont plus sceptiques par rapport à l’apport de la microfinance dans la lutte contre la pauvreté.
Force est de reconnaître que les individus divergent les uns des autres, tant au niveau de leurs capacités entrepreneuriales, de leurs compétences sociales ou de leur habilité à gérer une activité économique.
Les biais de sélection peuvent conduire à une surestimation ou à une sous-estimation dans les mêmes proportions. C’est ainsi que des études d’impact réalisées ci- dessus peuvent conduire à des conclusions totalement différentes en fonction de la méthode scientifique mise en œuvre.

→ Au Mali

Une étude a été effectuée auprès des femmes en distinguant les clientes de plus de 2 ans, celles depuis 1 an et les nouvelles clientes (Koloma, 2007).
Au niveau de l’entreprise, il est montré que les clientes ont vu le bénéfice mensuel de leur entreprise augmenter depuis leur adhésion aux programmes de microfinance, celui des clientes de plus de deux ans plus que les nouvelles clientes. Cela permet aux clientes de longue durée de sortir plus facilement de la pauvreté monétaire.
Bénéfice permettant notamment de pouvoir acheter un petit outil ou accessoire nécessaire à l’entreprise tel qu’une casserole, une bassine… 87% des clientes de deux ans ont pu alors augmenter leur équipement d’entreprise, contre 45% pour les nouvelles clientes.
Enfin, 100% des clientes de deux ans affirment avoir effectué des changements dans leur entreprise, changements s’élevant au nombre de 6,8 en moyenne durant les douze derniers mois.
Tandis que la proportion de femmes ayant connu des changements dans leur entreprise s’élève à 94% pour les clientes d’un an et à 93% pour les nouvelles clientes, avec respectivement 4 et 3,2 changements dans chacune d’elles.
Au niveau du foyer, durant les 12 derniers mois, il a été noté une augmentation du revenu du foyer concernant 67% des clientes de deux ans, 54% celles d’un an et 50% des clientes nouvelles.
Cependant, la différence est plus significative quand il s’agit du revenu personnel, puisque 80% des clientes de longue durée sont concernées, contre 66% pour les clientes d’un an et seulement 52% pour les nouvelles adhérentes.
Quant à l’épargne personnelle, 70% des clientes de deux ans contre 36% des nouvelles clientes déclaraient en posséder; elle a été en hausse ces douze derniers mois pour 50% des adhérentes de deux ans, 54% des clientes d’un an et 36% des nouvelles clientes.
Cette augmentation du revenu individuel et de l’épargne, a permis de mieux faire face aux chocs économiques et saisonniers, notamment chez les clientes de deux ans, dont 68% d’entre elles s’étaient engagées récemment (dans les quatre dernières semaines précédant l’enquête) dans plus d’une entreprise, percevant alors un revenu en provenance de deux entreprises, contre 47% chez les clientes d’un an et uniquement 32% des nouvelles clientes.
L’impact sur la pauvreté, ici féminine, est d’autant plus fort que la période d’adhésion est longue. Une plus longue présence dans le programme est nécessaire afin que son impact soit visible. Il y a donc bien un effet positif mais sous condition.

→ Au Bangladesh

Il était logique que bon nombre d’études soient effectuées dans ce pays étant donné l’importance qu’il accorde à la microfinance. Au Bangladesh l’analyse de données collectées par la Banque Mondiale dans les années 1991-1992 dans 87 villages ont permis d’analyser 1800 foyers.
Des chercheurs utilisant différentes méthodes d’analyse ont essayé d’estimer l’impact du microcrédit à partir de ces mêmes données. Ce fut le cas de Khandker et Pitt (1998) qui concluent que le microcrédit a permis une augmentation des revenus ainsi qu’une augmentation de la fréquentation de l’école par les enfants des bénéficiaires.
Un an plus tard, Jonathan Morduch (1999) reprend les mêmes données et obtient des conclusions inverses : il n’y a selon lui, aucune augmentation de revenu, ni d’augmentation de la fréquentation des écoles.
Pourquoi un si grand décalage entre les études de Kandker et Pitt (1998) et celles de Morduch (1999) ?
Penchons-nous par exemple sur les résultats concernant le rôle positif ou pas de l’action de la Grameen Bank sur la fréquentation des écoles. Khandker et Pitt (1998) déduisent de leurs analyses statistiques que la Grameen Bank a eu un effet positif sur la fréquentation scolaire.
Les auteurs en sont arrivés à cette conclusion en comparant la fréquentation scolaire par les enfants des emprunteurs (57%) à la fréquentation par les enfants des personnes qui seraient éligibles à un prêt de la Grameen Bank mais qui n’en ont pas encore contracté (30%).
Morduch (1999), quant à lui, réalise son enquête à l’échelle du village. Il calcule le pourcentage d’enfants fréquentant l’école dans les villages où sont proposés des programmes de microfinance par la Grameen Bank. Peu importe que les enfants appartiennent à des familles bénéficiant des services ou éligibles aux services. Il trouve un total de 46%.
Il compare ce résultat au pourcentage d’enfants fréquentant l’école mais issus de villages ne bénéficiant pas des programmes de microfinance. Dans ces villages de contrôle, le résultat obtenu est de 48%. Ainsi, Morduch en déduit-il que l’action de la Grameen Bank n’a pas d’effet positif particulier sur la fréquentation des écoles par les enfants des bénéficiaires.

→ Dans les autres PED

En Ouganda, trois IMF ont fait l’intérêt d’une étude montrant une augmentation de l’investissement dans l’éducation de leurs enfants de la part des clients, rendue possible suite aux revenus de leur micro-entreprise.
De plus, il a été montré que les clients de l’IMF FOCCAS ont développé de meilleures pratiques d’hygiène, notamment grâce à la sensibilisation. Ceux ayant essayé au moins une méthode de prévention du SIDA s’élève à 32% contre 18% pour les non clients (Barnes et al., 2001).
Au Zimbabwe, il est démontré que les clients de la Zambuko Trust accumulent beaucoup mieux les équipements et autres actifs utiles à un bon niveau de vie, comme un four, par rapport aux ménages non clients. Leurs sources de revenus sont beaucoup plus diversifiées. Quant à l’alimentation elle s’améliore en tout point, que ce soit en quantité ou en qualité (Barnes, 2001).
_____________________
1 Boyé et ses collaborateurs laissent entendre par services non financiers, toutes les prestations pouvant renforcer la capacité du client à tirer profit des services financiers.
2 La plupart d’organisations de microfinance dont le ratio de pertes sur prêts « dépasse 5 % ne sont généralement pas viables » (CGAP, 1997, p.2).
3 Selon CGAP (1997), ce taux est un facteur clé de la pérennité de l’IMF car il intègre tous les coûts supportés par celle-ci et lui permet de dégager une marge nécessaire à sa croissance (en la libérant les cas échéant de la dépendance des bailleurs de fonds).
4 Ce sont aussi les frais de fonctionnement et de personnel de l’IMF. Les IMF effectuent toutes leurs transactions en argent liquide et doivent souvent se déplacer pour collecter l’argent, ce qui occasionne des coûts opérationnels élevés (personnel, véhicules, agences, etc.). Ce sont des coûts que les banques traditionnelles n’ont pas à supporter. Ces frais se situent le plus souvent dans une fourchette de 10 à 25%. C’est le facteur de coût qui pèse en moyenne le plus lourd dans la fixation du taux : 62% (Source Micro Finance Hub – « 10 determinants of interest rates in microfinance »)
5 Pour une organisation de microfinance n’accordant que des crédits à des taux bonifiés parce que les subventions couvrent la totalité de ses charges administratives, l’approche efficacité productive n’est pas appropriée. « Son efficacité est analyser sous un autre angle » (Labie, 2004, p. 14). Mais considérant le caractère non permanent des subventions, cette approche est très recommandable dans la pratique.


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