Le site de Mlita : Premier mémorial de guerre du Hezbollah - WikiMemoires

Le site de Mlita : Premier mémorial de guerre du Hezbollah


Le site de Mlita : Premier mémorial de guerre du Hezbollah

Les monuments de la guerre : Conservation de la mémoire des lieux – Première partie :

L’inauguration, l’instauration et la reconstruction des monuments de la guerre représentent l’étape la plus efficace dans la stratégie du Hezbollah pour reconstruire la mémoire de la guerre.
Nous allons aborder dans cette partie trois sites, qui sont devenus des mémoriaux de guerre, à travers des observations personnelles suivant des visites effectuées sur ces sites.
On verra le site le plus célèbre Mlita, bâti récemment (Chapitre I), le deuxième est celui du camp de détention de Khyam, converti en musée après sa fermeture, mais détruit après par les israéliens, puis on aborde les tentatives de sa restauration ainsi que sa place dans la mémoire collective (Chapitre II) et le troisième est le château de Beaufort qui était un lieu de plusieurs événements militaires, on aborde le projet de sa restauration et son retour à l’Etat libanais et sa relation avec la mémoire collective (Chapitre III).

Chapitre I : Le site de Mlita : Premier mémorial de guerre du Hezbollah

Les monuments maintiennent la présence du passé qu’ils entendent transmettre en raison de leur stabilité matérielle aux présents toujours nouveaux de la ville ; l’attention du passant, dans le cas des monuments, se concentre sur le nom et sur l’histoire qui prend en lui toute sa densité 25″
Karlheinz Stierle
Dix ans après la retraite des troupes israéliennes du Sud-Liban en mai 2000, et quatre ans après la guerre de juillet 2006, et face à une attaque multidimensionnelle gérée par des forces de renseignements diverses qui ont visé « l’environnement de la résistance » en particulier 26, le Hezbollah a inauguré le premier mémorial de guerre au Liban et dans la région, un site qui a représenté le début d’une nouvelle phase politique pour le Hezbollah.
En effet, plusieurs années de travaux, d’études et de recherches ont fini par l’ouverture de ce musée au public.
Dès ce moment, Le Hezbollah a commencé à résister contre la guerre « souple » israélienne, une guerre culturelle et intellectuelle « qui doit être confrontée par la mobilisation de tous les médias du Hezbollah et de ses moyens de communication », selon L’Ayatollah Khamenei, le guide spirituel du parti 27.
Cette guerre a été accompagnée de l’aide inconditionnelle et illimitée de l’alliance iranienne du Hezbollah, qui leur a apporté un support financier, technique et moral.

A- Que veut raconter ce site ?

La création d’un mémorial de la résistance était l’idée d’Imad Moghnieh 28, par laquelle il a voulu commémorer « les deux victoires 29 » du Hezbollah, dans le but de refléter en quelques sortes l’image des membres du Hezbollah et leur mode de vie, qui est conçu comme « une vie très simple et profondément inspirée de valeurs »30.
Le logo du site symbolise cette idée, en montrant un épervier qui désigne la résistance qui ne recule pas face à l’obstacle, qui est sûr de lui et ne connaît pas la défaite.
Mlita veut raconter l’histoire de la terre au ciel (hikayat al ared lil sama’a) : chaque goutte de sang des martyrs tués lors des combats représente l’histoire de la terre qui la raconte au paradis (le ciel), où leurs esprits y montent.
Cette idée relie la colline en haut du site, qui symbolise l’axe de la résistance et le choix des résistants à défendre leur patrie, au bas où se trouve « l’abîme » ou le bourrier (appellation des généraux israéliens qui désigne le sud du Liban après leur défaite en 2000), auquel se trouvent les casques des soldats du Tsahal jetées par terre avec des grandes lettres hébreux dispersées, qui symbolisent la chute des projets israéliens au Liban dès l’an 1982 jusqu’à la guerre de 2006.
Ces lettres peuvent être vues par les avions israéliens qui montent au-dessus de Mlita.
Le but principal de la création de ce site, selon Ahmad Mansour, directeur de communication et des relations internationales du site 31, est sans doute « la construction d’une mémoire de la résistance pour la transmettre aux générations futures », car c’est le premier site militaire de la résistance en général, et du Hezbollah en particulier.
Mansour explique que ce parti n’a jamais provoqué une guerre contre Israël, mais il était toujours dans une position de défense contre les agressions israéliennes depuis sa création en 1982.
En plus, les membres du Hezbollah n’ont jamais voulu sacrifier leurs vies pour rien, selon Mansour, car ils aimaient la vie comme tous les gens, mais la défense de la patrie, très chère pour eux, leur obligeait à résister contre l’ennemi.
Le projet a été conçu dans un contexte architectural de modernité, dont un grand nombre d’ingénieurs, d’artistes et de spécialistes ont participé à sa construction 32.
Il a fallu cinq ans de réflexion profonde et trois ans de travaux pour le réaliser, puis il a été ouvert au public le 21 mai 2010, date symbolique, qui correspond aux premiers jours de la libération du Sud-Liban en 2000.
L’inauguration a été accompagnée d’un discours télévisé du secrétaire général du Hezbollah, durant lequel il a raconté l’histoire du site et son idée, un discours qui s’est ensuite intégré dans le film projeté à l’entrée du site.
La salle de projection est la première partie du site, il s’agit d’un espace à usages multiples qui est utilisé pour la projection des films, l’organisation des colloques et d’autres genres d’activités.
Le film principal est un documentaire de court métrage qui raconte l’histoire de la résistance, tout en liant les victoires du parti aux divers discours du secrétaire général durant les combats.
Ce film est organisé et planifié d’une façon très professionnelle, il résulte de l’expérience importante de plusieurs départements du parti 33.
Le film qui dure quinze minutes environ, attire l’attention du spectacle sur la réalité de ce parti comme un mouvement de résistance contre l’occupation israélienne, ce qui légitime son action au Sud même après le retrait des troupes Israéliennes en 200034.
Le Gouffre situé à l’ouest du site sur une étendue de 3500 m2, symbolise la défaite et le déclin de « l’occupant ». Il est constitué des véhicules blindés et d’armes abandonnés par l’armée israélienne et ses collaborateurs, puis récupérés par le Hezbollah entre 1982 et 2006.
Au centre est exposé le fameux Char de Mer kava 4 « fleuron de l’industrie militaire israélienne » noyé dans la boue et dont le canon a été noué pour exprimer l’inefficacité de cette machine de guerre face à la résistance du Hezbollah.
Ensuite, le chemin représente la zone où des milliers des résistants se sont positionnés durant des années, puis ont lancé différentes opérations militaires. On observe aussi plusieurs scènes panoramiques des combats du parti qui se sont présentées tout au long de ce sentier.
Un char Mer Kava 4 exposé au gouffre et suspendu par un mur qui symbolise la résistance, et sur lequel est inscrite la signature d’Imad Moghnieh- Mémorial de Mlita-Photo personnelle
Figure 2 Un char Mer Kava 4 exposé au gouffre et suspendu par un mur qui symbolise la résistance, et sur lequel est inscrite la signature d’Imad Moghnieh- Mémorial de Mlita – Photo personnelle
A travers les sections du musée, on trouve divers échantillons de butins de guerre qui ont été pris par les combattants du Hezbollah depuis le début des combats contre l’armée Israélienne, et surtout durant la dernière guerre de juillet 2006.
Plusieurs citations des généraux et des chefs israéliens surmontent les photographies de la guerre pour montrer la défaite du Tsahal. Ensuite, le tunnel représente un des points clés que les soldats ont créé dans le but de se protéger.
Selon le guide, plus de mille résistants ont succédé à creuser et fortifier ce tunnel durant trois ans. Profond de deux cents mètres, il est constitué de chambres et d’objets militaires variés.
Enfin, on trouve la ligne de feu où y sont exposés les différents types d’armes utilisés par le Hezbollah sur un sentier long de deux cents mètres.
En quelques jours après l’ouverture, le public a été choqué : les élèves, les jeunes, les étrangers, les médias…tous sont venus de loin pour voir le site qui montre les secrets militaires de ce parti connu pour sa discrétion complète, un site qui va leur montrer une partie de l’histoire des combats historiques qui ont eu lieu dans cette zone du Liban.
Cependant, et après quelques mois de l’ouverture, la tension avec Israël avait monté considérablement, le musée a commencé à déranger le pouvoir politique là-bas, car ce musée, qui a permis au Hezbollah de montrer son visage pacifique à travers les médias occidentaux, et à travers les milliers des visiteurs curieux, ne lui ai pas plu, surtout après les visites des ambassadeurs et des représentants diplomatiques européens, ce qui a créé des conflits entre Israël et ces pays, mais ce qui a enfin accompli les buts de Hezbollah de faire un chaos à travers ce site.
En conséquent, les israéliens ont déclaré de façon indirecte, leurs intentions de détruire ce musée complétement lors de la première guerre qui pourra éclater contre le Hezbollah, selon Ahmad Mansour.

B- Vers un tourisme de résistance ?

En revanche, la construction de ce site a eu d’autres buts que de créer des nouveaux conflits.
Selon les dirigeants du site, le plus important c’est la conservation de la mémoire de la résistance, et la préservation des endroits où vivaient « les résistants », afin que les gens puissent comprendre l’exceptionnel mode de vie de la résistance islamique contre l’ennemi israélien après l’occupation israélienne du Liban en 1982.
En plus, la construction du site a eu pour but de « contribuer à l’épanouissement du tourisme au Sud-Liban 35 », région privée, depuis l’occupation israélienne et depuis les guerres successives, de toutes sortes d’activités touristiques.
Ainsi, le secteur de tourisme était absent totalement jusqu’à la libération du sud en mai 2000, mais en revanche, et durant les dix ans qui ont suivi cette date, la situation ne s’est pas beaucoup améliorée à cause de la négligence de l’Etat de cette région, ce qui a conduit le Hezbollah à se présenter comme une alternative, en créant des activités économiques et touristiques pour les habitants de cette région.
L’exemple le plus concret de cette situation est la construction du site de Mlita, qui a apporté beaucoup de bénéfices à la région (emplois, mouvement commercial, restaurants), ce qui a permis au Hezbollah de réaliser plusieurs buts en même temps: construction d’une mémoire collective, changement des règles du jeu avec Israël, et compétition avec ce dernier pour attirer l’attention de l’opinion internationale sur la légalité de ces travaux militaires durant l’occupation, en montrant le visage pacifique et humaniste de ses combattants, au contraire de l’image terroriste que les israéliens travaillent à diffuser.
En effet, et pour savoir la fonction que Mlita remplit, il convient de « relier la dimension topographique à son contenu, suivant en cela Johnson (1995), lequel précise que la localisation d’un musée mérite d’être prise en compte dans la mesure où elle conditionne le discours qui y est tenu (au niveau de son contenu) en tant que discours légitime, c’est-à-dire autorisé et devant faire autorité (Bourdieu,1982).
En suivant Wahnich (2007), il convient de se demander quel est le message de ce musée, qu’est-ce qui y est narré et de quelle façon : à mi-chemin du lieu de mémoire (Petitier, 1989) et du discours de légitimation sur la résistance, sa fonction semble combiner le témoignage et l’affirmation identitaire 36 ».
Il faut remarquer que Mlita est construit sur la montagne de Safi qui était un lieu de conflit direct contre une base militaire israélienne très proche.
À côté de l’importance spirituelle et morale de cette montagne, elle constitue un lieu historique imprégné dans la mémoire de la génération qui a vécu la seconde moitié de l’occupation israélienne.
Cette montagne était une zone avancée durant les combats, et Mlita en était une partie, où y sont installés quelques combattants du Hezbollah 37 entre les arbres et sur les collines, pour préparer leurs opérations de Guérilla.
En effet, Le Hezbollah n’a eu rien à craindre par l’ouverture de l’une de ces anciennes zones militaires au grand public, surtout en ce qui concerne l’importance géostratégique de cette zone dans sa guerre probable contre les israéliens, car, militairement c’est une région un peu éloignée de la frontière israélienne, et le bénéfice qu’elle pourra apporter en la transformant en musée de guerre est beaucoup plus grand que de la laisser une zone peu utilisée.
La mission était de conserver l’histoire de cette montagne qui résume une période de souffrance, de torture et de lutte contre l’occupant, d’un peuple qui mérite de conserver son patrimoine de résistance, pour commémorer ses martyrs, et célébrer ses victoires.
Selon Ahmad Mansour, « l’amour de la terre et de la patrie » incarné dans Mlita pourra instaurer un nouveau type de tourisme au Liban, qui montrera les valeurs sacrées et nobles de la résistance aux différentes catégories des visiteurs libanais et étrangers.
Le tourisme « djihadiste » ne représente pas la vraie mission du site, car Mlita38 ne peut pas être identifié comme un site religieux, même s’il représente la mémoire d’un parti idéologique islamique, mais « nous n’aborderons pas la vision islamique du mouvement du Hezbollah, mais plutôt de la résistance nationale libanaise que nous avons voulu montrer par ce projet ».
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25 CLAVARON (Y) et DIETERLE (B), La mémoire des villes, The Memory of Cities /Publications de l’Université de Saint-Etienne, 2003, P 193
26 Article en arabe publié au quotidien libanais AL-Akhbar, le 30 novembre 2009, disponible sur le lien : http://www.al-akhbar.com/node/68542 [consulté le 22/01/2015]
27 Ibid.
28 Ancien chef djihadiste du Hezbollah assassiné en Syrie le 2 février 2008
29 La libération en 2000 et « la victoire divine » en 2006
30 Brochure informative du site
31 Entretien effectué le 15 mai 2015
32 Ibid.
33 toutes les unités ont travaillé et collaboré pour le réaliser, c’est une véritable propagande militaire qui résume l’histoire du conflit israélo-libanais dès la première invasion du Liban en 1978 en passant par l’occupation de Beyrouth, et la naissance du Hezbollah dans les années quatre-vingts, jusqu’à nos jours
34 Naim el Qassem: Un retrait de Chebaa n’arrêta pas la résistance, L’Orient-Le Jour, 17 aout 2005
35 Brochure du site
36 Par invité, Mleeta : Le Hezbollah en musée, Les carnets de l’Ifpo, publié le 03/05/2012, disponible sur ce lien : www.Ifpo.hypotheses.org/3385 [Consulté le 22/01/2015]
37 Plusieurs personnes d’entre eux ont été tuées là-bas, et parmi elles le fils du secrétaire général du Hezbollah Hadi Nassrallah


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