L'expérience de l’infirmière et la douleur post-opératoire - WikiMemoires

L'expérience de l’infirmière et la douleur post-opératoire


ANNEXE IX. Le guide l’entretien.

« Bonjour,
Tout d’abord merci pour le temps que vous m’accordez. Comme vous le savez, la réalisation de cet entretien se fait dans le cadre de mon travail de fin de d’études. J’aimerais parler plus particulièrement de la douleur post-opératoire induite par l’amygdalectomie chez l’enfant, âgé entre deux et six ans. »
Objectif principal : Déterminer si l’expérience de l’infirmière, dans le cadre de sa prise en charge de l’anxiété pré-opératoire, auprès d’un petit-enfant et de ses parents, influe sur le score de sa douleur postopératoire.

1er objectif : Connaître le profil et le parcours du soignant interrogé, afin de déterminer son niveau de compétences.

Quel a été votre parcours professionnel ?
Date d’obtention du diplôme – diversité des services – quelles populations rencontrées – spécialisation – DU – formation continue ou diplômante suivie –
Selon vous, que vous a apporté ce parcours par rapport à votre prise en charge de l’enfant aujourd’hui ?
Acquisition de compétences – actes qualifiés – expérience – insécurité – maîtrise – perception
– intuition – meilleure qualité de la prise en charge
Qu’est-ce que vous faites aujourd’hui différemment de ce que vous faisiez au début de votre exercice professionnel ?

2ème objectif : Repérer les connaissances et les représentations du soignant, en lien avec la psychologie du petit-enfant et l’anxiété préopatoire.

Selon vous, comment appréhendent-ils l’hospitalisation / l’amygdalectomie ?
Imaginaire – fantasmes – pertes de repères – punition – anxiété préopératoire – douleur de l’acte – Séparation d’avec les parents
Pouvez-vous me parler de votre prise en charge préopératoire auprès du jeune-enfant ? Sur quoi porte-elle ?
Accueil – informer – prévenir – communication adaptée – confiance – gestion de l’anxiété – protocoles – signes d’anxiété (colères, pleurs, augmentation de la sollicitation parentale) – échelle mYPAS –
Parmi toutes ces actions, pensez-vous que certaines sont fruits de l’expérience ?

3ème objectif : Déterminer quelles ressources sont utilisées par l’infirmière pour la gestion de l’anxiété préopératoire, en fonction de son expérience.

Quelles ressources utilisez-vous dans le service dans le cadre de la prévention de l’anxiété préopératoire ?
Distraction – jeu – communication thérapeutique – hypnose – adapté à l’enfant – effets sur l’enfant – choix sur quels critères ? – limites
Pensez-vous avoir une approche différente de celle de vos collègues ?
Quelle est la place des parents dans le service ? Quelle place leur donnez-vous ?
Relation – cadre sécurisant – anxiété – collaboration – présence rassurante pour l’enfant – insécurité affective – troubles du comportement – anxiété renforcée – mimétisme

4ème objectif : Connaître l’avis du soignant concernant le lien possible entre anxiété postopératoire et score de douleur postopératoire.

Sur quoi porte votre prise en charge postopératoire concernant la douleur ?
Surveillance – inconfort – douleurs postopératoire – signes (repli, mutisme, absence du regard, ne joue plus) – échelle (EVS, CHEOPS, EV, PPMP)- protocoles – prise en charge médicamenteuse et non médicamenteuse
Constatez-vous une douleur exprimée post-opératoire en lien avec le niveau d’anxiété préopératoire de l’enfant ?
Si oui : revenir sur les actions mises en place pour gérer, juguler autant que possible l’anxiété des enfants.
* Quelle serait la « méthode », la « stratégie », la plus efficace selon vous ?
Pourrait-être complémentarité de l’expérience et des ressources ? Est-ce qu’il y a un « fil rouge » pré-op post-op ?
Si non,
* Constatez-vous une corrélation entre la douleur exprimée par l’enfant et un autre aspect de son comportement, environnement matériel et humain (stress des parents, présence d’un membre de la fratrie, objet transitionnel,…), une caractéristique sociologique (liée à la culture de l’enfant par exemple)… ?

ANNEXE X. Retranscription de l’entretien n°1.

Quel a été votre parcours professionnel ?
Alors, j’ai été diplômée en 2007. J’ai travaillé un mois en chirurgie orthopédique, de jour et de nuit. Et, ensuite, j’ai fait six mois à l’hôpital, en dermatologie. Pendant, ces six mois, j’ai passé mes concours de Puéricultrice, et je suis rentrée en école de puéricultrice en 2008. J’ai suivi mes études janvier à décembre moi. Et, du coup, je suis en ambulatoire depuis janvier 2009.
Qu’est ce qui a motivé votre projet de puéricultrice ?
Ah euh… Ça, ça a toujours été. J’ai toujours été beaucoup avec les enfants. Jeune, j’avais passé mon BAFA… Voilà, j’ai toujours voulu faire ça. Et puis, à la fin de mes études infirmières, j’ai réussi à faire pas mal de stages avec les enfants. J’ai passé mon diplôme en pédiatrie, néonatalogie… J’ai fait de la maternité, j’ai été en halte-garderie. Et d’autres encore, mais c’est tellement loin.
Selon vous, que vous a apporté ce parcours dans votre pratique professionnelle actuelle ?
Je réfléchis parce que l’année de puériculture est vraiment très serrée, on voit vraiment beaucoup de choses… Alors moi, j’ai appris plein de choses parce que j’avais quand même travaillé un petit peu, mais pas énormément, au contact des enfants… Mais, je ne sais plus, du coup, ce qui me sert au quotidien. Infirmière, on fait vraiment un tout petit module sur la pédiatrie.
Alors que là, on détaille vraiment tout, de la naissance à dix-huit ans, et puis tous les domaines. Ça passe du milieu hospitalier, à l’extrahospitalier… On parle vraiment de tout, donc, c’est très complet. Il y a une partie sur l’enfant sain, donc, tout son développement (à quel âge il fait quoi, un peu tous les apprentissages).
Et sur l’enfant malade, hospitalisé, donc toutes les différentes pathologies qu’il peut y avoir. Et après, il y a tout de la naissance en fait ; la partie accouchement, nouveau-né, maternité, tout ça.
C’est vraiment global. Et ça va aussi jusqu’aux modes de garde, la crèche, la PMI. C’est très complet, c’est beaucoup plus détaillé que ce que l’on voit à l’école d’infirmière. Moi j’ai appris énormément, après, selon l’endroit où l’on travaille, il y a des choses dont on se sert plus ou moins…
Qu’est ce qui a motivé votre envie d’être puéricultrice, en tant que jeune diplômée ?
Moi quand j’ai eu mon diplôme d’infirmière, je voulais travailler pour avoir de l’argent… Et en fait, j’ai été un mois ici, après à l’hôpital. J’ai dit que je voulais être puéricultrice mais ils m’ont mise en dermatologie… donc, j’étais avec les personnes âgées, ce qui n’était pas mon truc.
Après j’ai appris beaucoup de choses parce que, de travailler, ça permet quand même d’apprendre à gérer son service, d’apprendre beaucoup de choses, etc. Mais du coup, je me suis dit « si j’attends qu’ils me mettent avec les enfants, avant de passer mon concours, je vais attendre des années… ».
Et je voulais vraiment faire ça. Et comme j’ai réussi à avoir le concours directement, j’y suis allée. Je me suis dit « au moins, une fois que je serais puéricultrice, je serai avec les enfants quoi, je serais dans des services euh… ». Il y a des infirmières en pédiatrie à l’hôpital mais ça dépend des besoins qu’il y a, quoi.
Donc, cela fait maintenant huit ans que vous avez le diplôme de puéricultrice… Par rapport, à votre pratique en tant que jeune diplômée et celle d’aujourd’hui, y a-t-il des choses que vous faites différemment aujourd’hui ?
Il y a surement des choses qui ont changé, oui… Après, je suis là depuis un moment. Du coup, j’ai l’impression de moins évoluer maintenant. Il y a des choses qui ont changé dans le service, mais j’ai l’impression de stagner un peu maintenant. Le fait d’être depuis un certain temps dans le même service, ça…
On fait que de la chirurgie, donc c’est très ciblé quoi. Après, je pense que dans ce que je fais, du coup, je pense que je maîtrise assez bien. Mais, on me remettrait sur des choses que je n’ai pas faites depuis longtemps, je pense que ça serait difficile, comme tout le monde.
D’accord. Autrement, selon vous, comment les petits-enfants appréhendent l’hospitalisation ?
Alors en fait, nous, ils sont envoyés par les chirurgiens qui décident de l’opération. Ils voient ensuite, systématiquement, l’anesthésiste, avant de se faire opérer. Et, après, on a un parcours dans la clinique qui existe pour l’instant, c’est le parcours « prévenance ».
En fait, les enfants peuvent rencontrer l’infirmière, le jour où ils voient l’anesthésiste. On fait les dossiers avec les parents, on explique tous les papiers etc. Mais ça nous permet de déjà rencontrer l’enfant, de lui expliquer la tenue, lui expliquer un petit peu le déroulement, tout ça.
On a des petits livrets SPARADRAP aussi que l’on peut leur donner. Je ne sais pas si tu connais… mais il y en a sur « je vais me faire opérer », où déjà, ça permet de repérer la tenue des personnes qui sont au bloc, sa petite tenue à lui, le masque pour s’endormir, des petites choses comme ça… Voilà, ça leur permet de leur montrer…
Avant qu’il y ait ce parcours, moi j’étais vraiment là que pour les enfants. Du coup, quand ils venaient réserver leur chambre, les parents pouvaient venir me voir pour que je leur explique tout ça. Mais avant c’était en tête à tête avec moi (moi et l’enfant).
Maintenant, c’est avec ce parcours là, mais il y en a qui ne suivent pas ce parcours, qui n’ont pas ces informations-là.
Par contre, au téléphone, on a tous les patients la veille qui viennent se faire opérer, où on leur dit à quelle heure rentrer, on leur donne les petits conseils : d’être bien à jeun, les papiers, s’ils ont des questions etc. Ceux que l’on rencontre ça peut aider à préparer l’enfant, sinon c’est eux qui préparent seuls mais…
Et avez-vous remarqué une différence de comportements chez les enfants avant/après ce parcours « prévenance » ?
Avant, quand ils me voyaient, moi, la première fois, et qu’ils me voyaient, moi, après : je voyais vraiment une différence, oui. Ils étaient contents de me voir, ils se souvenaient de mon prénom, et du coup ils arrivaient plus rassurés.
Parce que là du coup, l’entretien c’est bien. Ca explique bien aux parents, tout ça, mais ils ne revoient pas la même personne le jour j. Moi, je voyais vraiment l’effet bénéfique. Plus que là, où c’est plus niveau administratif que pour l’anxiété de l’enfant par exemple. Ca a beaucoup changé l’ambulatoire depuis quelques années là…
Et, selon vous, comment les enfants appréhendent-ils l’amygdalectomie ? Peuvent-ils redouter la douleur de l’intervention par exemple…?
Alors, je ne sais pas… c’est plus, le fait d’être opérer et la séparation des parents. Parce que là du coup, ils sont installés en chambre directement. Souvent les parents sont avec les enfants directement.
Ils les accompagnent jusqu’à la porte du bloc et la séparation se fait avant qu’ils soient endormis. Mais, en salle de réveil, ils sont sans les parents… Après ça se passe globalement bien, il y en a qui sont plus stressés que d’autres mais…
Il y a un anesthésiste, sur la clinique, qui fait venir les parents en salle de réveil, une fois qu’ils sont ex-tubés. Il y en a qu’un seul qui le fait.
Les autres ne le font pas car les locaux ne sont pas du tout adaptés. C’est une grande salle commune la salle de réveil. Tout le monde a vue sur tout le monde, alors ce n’est pas évident niveau… Parfois, il y des parents qui ne sont pas bien, ce n’est pas top.
Par rapport à votre prise en charge préopératoire, y-a-t-il des actions que vous mettez en place dans votre prise en charge qui seraient propre à vous, qui seraient fruits de votre expérience ?
On est deux puéricultrices ici, on fait à peu près pareil toutes les deux. C’est moi qui l’ai formée donc… Moi, je commence toujours par la partie administrative parce que c’est plus enquiquinant et tout ça.
Et après, il y a toujours un moment où je parle avec l’enfant. Selon son âge, je lui demande quel âge il a… des petites questions simples, pour le faire parler un peu. Et, je leur donne toujours mon prénom, pour qu’ils puissent m’appeler par mon prénom, des petites choses comme ça.
Dans le but, d’établir un peu un lien de confiance. Les amygdales, ils sont là toute la journée, donc ils me voient, moi, toute la journée en fait. C’est la même personne qui est là toute la journée. Ce suivi-là, que l’on met en place, c’est plus rassurant, de voir toujours la même personne.
Je pense que le fait de connaître mon prénom, même les parents ils peuvent s’en servir… Alors, il y en a qui ne s’en servent pas du tout, d’autres si. Ca dépend un peu de chacun mais le fait de voir toujours la même personne, je trouve que c’est un plus. C’est plus facile. Quand certains jours, pendant les vacances par exemple, je vais en avoir quinze, c’est beaucoup.
Les collègues veulent venir m’aider, mais en fait, je n’aime pas ne pas faire les entrées parce que ça permet de les repérer, et eux de me repérer… Je trouve qu’après, je suis moins… J’ai plus de mal dans la prise en charge, il n’y a pas eu ce lien depuis le début en fait. Ca n’est pas un élément précis, mais : mettre en place une relation, qu’ils aient confiance. Avec l’enfant, mais avec les parents aussi du coup.
D’accord. Sinon, vous m’avez parlé des livres SPARADRAP, disposez-vous d’autres ressources pouvant être mises en place dans le cadre de la gestion de l’anxiété préopératoire ?
Moi, j’explique le déroulement : qu’ils vont venir se faire opérer etc… J’explique la petite tenue. Après, souvent il y a l’anesthésiste qui passe les voir. Certains anesthésistes mettent une prémédication. Soit en suppositoire, soit en sirop, ça dépend.
Après, je leur explique le parcours : que les parents peuvent les accompagner jusqu’à la porte du bloc et puis voilà.
Comme ça, l’enfant n’attend pas tout seul. Parfois il peut attendre un quart d’heure à la porte du bloc, donc, là du coup, ils sont autour de lui. Mais en fait, quand ils font la séparation, quand les personnes du bloc viennent chercher l’enfant, ils s’occupent de lui tout de suite.
Ils l’endorment rapidement après. Ils ne le font pas attendre, comme les adultes peuvent attendre dans le couloir… Le fait d’attendre peut être une situation anxiogène pour les enfants…
Avez-vous recours à la distraction par exemple ? ou à l’hypnose ?
Les petits, surtout, ont du mal à se détacher des parents. Parfois, ils vont dans les bras des parents, ça les rassure plus. Après il y a quelques temps, c’est moi qui les emmenais au bloc et qui les ramenais.
Et, du coup, comme je les avais déjà vus avant, ça facilitait… Là, ce sont des brancardiers qui viennent les chercher. Ça m’est arrivé de porter des enfants de huit ans parce qu’ils ne voulaient pas aller dans le lit.
Ils avaient trop peur. Maintenant, je ne le fais plus car l’organisation fait que ça n’est plus possible. La charge de travail…
La qualité de cette relation de confiance entre vous et l’enfant, peut-elle être le fruit de votre expérience ?
Ah oui, oui, oui. Après, ça dépend. Parfois, la relation passe tout de suite. D’autres fois, moins bien… Après, ce n’est pas toujours facile de savoir pourquoi mais… D’un enfant à l’autre, c’est très différent.
Il y a ceux qui parlent beaucoup, d’autres qui ne parlent pas. Il y en a pour leur faire décrocher un mot de la journée, ce n’est pas facile. D’autres qui parlent tout le temps… Ca dépend.
Oui. Disposez-vous, à la clinique, d’un moyen d’évaluation de l’anxiété ? comme une échelle par exemple ou… ?
Non, c’est plutôt subjectif… Chaque soignant juge selon son observation. Après c’est comme la douleur, moi, je me fie à l’échelle mais aussi beaucoup au comportement, hein. Chez l’enfant, déjà, souvent ils dorment un peu…
Après suivant s’ils sont agités, s’ils sont au calme, s’ils jouent : il y en ils passent leur après-midi à jouer. Un enfant qui joue, c’est un enfant qu’est bien. Moi c’est plus là-dessus, sur le comportement, s’il parle, s’il parle pas, s’il joue, si… C’est révélateur.
D’accord. Concernant les parents, quelle place leur donnez-vous dans le service ?
Alors, on fait avec eux. Après, parfois, ils ne sont pas du tout rassurants pour l’enfant… Mais, en ambulatoire, ils ont tendance à être là de moins en moins de temps, donc il faut qu’ils sachent gérer, après, pour la sortie. Les parents, on ne peut pas les mettre de côté.
Moi, du coup, je m’axe beaucoup sur les parents parce que s’ils n’arrivent pas à lui donner un médicament, par exemple, le jour de l’opération : à la maison, ils n’y arriveront pas non plus. Donc, j’ai tendance à beaucoup faire avec eux plutôt que de faire à leur place. Il y a des choses que je n’ai pas le choix, que je fais moi-même : enlever la perfusion etc.
Tout ce qui est médicaments per os, j’essaie de responsabiliser tout de suite dans la prise en charge et au traitement pour la sortie. Après, surtout avant le bloc, je vois les parents qui pleurent juste avant que l’enfant entre dans le bloc… c’est flagrant, ils stressent l’enfant quoi. Les parents qui sont hyper inquiets, ils transmettent, sans le vouloir, l’inquiétude aux enfants. Les enfants, plus ils sont préparés, plus ils sont rassurés.
Alors entre deux et six ans, il y a une différence. A deux ans, ils ne se rendent pas bien compte… Mais à six ans, si on leur explique avec le petit livret, qu’on leur détaille bien tout : ils peuvent avoir peur, mais ils comprennent mieux ce qu’il se passe.
Ils comprennent pourquoi ils sont séparés, ils savent qu’ils vont retrouver les parents après, ça, ils comprennent bien. Mais voilà, plus les parents sont informés, mieux ils expliquent à l’enfant, et moins il y a d’inquiétude. Le fait de savoir comment ils vont s’endormir, etc, c’est des petits détails mais ça permet de visualiser. Ca permet de repérer un peu, ça dédramatise un peu l’opération.
D’accord, très bien. Ensuite, sur quoi porte votre prise en charge postopératoire concernant la douleur ?
La douleur postopératoire de l’amygdalectomie est une douleur plutôt forte, mais qui est plutôt bien maîtrisée en fait. Maintenant, il y a beaucoup de médicaments qui sont donnés dès le bloc opératoire, grâce à la perfusion. Tous les enfants sont perfusés.
Ils n’attendent pas que l’opération soit finie, que les enfants soient réveillés pour donner des antalgiques, ils donnent dès le bloc opératoire. Ils en redonnent en salle de réveil. Et en fait, après, ils sont sous Dopliprane et ils ont du Topalgic en si besoin, entre les doses du doliprane, ou en même temps, ça dépend. Globalement, ils sont bien. Ils boivent et ils mangent quatre heures après l’opération.
Ça joue sur la douleur, le fait qu’ils boivent ou mangent du frais… On en reloge certains, c’est à dire qu’ils ne peuvent pas rentrer chez eux le soir, mais c’est rarement à cause de la douleur.
Ah, quelle serait la cause ?
Parce qu’ils vomissent, parce qu’ils n’arrivent pas à boire ou manger… Mais c’est rarement à cause de la douleur. Ils sont parfois plus douloureux le lendemain, je trouve.
Tous les enfants qui se font opérer, on les rappelle le lendemain pour prendre des nouvelles, savoir comment ils sont… Et en général, ils sont plus douloureux le lendemain, je trouve. Je pense qu’il n’y a pas eu tout ce qu’il y a eu au bloc, le jour de l’opération.
Des fois, ils dorment très bien la nuit par exemple, donc ils ont eu un antalgique le soir mais rien pendant la nuit donc… Généralement, avec le Doliprane et Topalgic, c’est bien géré je trouve.
D’accord, et, constatez-vous une douleur postopératoire exprimée en lien avec le niveau d’anxiété manifesté en préopératoire ?
Sur la gorge, pas vraiment… Sur la perfusion, peut être plutôt. Par exemple, ils sont fixés sur la perfusion, ils ne se plaignent que de la perfusion, en fait. Pour moi, c’est rassurant, je me dis « la gorge, ils n’ont pas mal du tout en fait »…
Ils n’aiment pas la perfusion, ça, ça peut leur faire peur. Et je dirais que leur peur de ça, fait qu’ils vont avoir mal. Mais sur l’amygdalectomie en elle-même… pas franchement.
Si, vous ne constatez pas forcément de lien entre douleur postopératoire exprimée et niveau d’anxiété préopératoire, est ce que vous remarquez un lien entre la douleur postopératoire et un autre facteur ?
C’est plus… Il y a vraiment des différences de tempérament des enfants, plutôt. Il y en a qui vont pleurer en salle de réveil, être agités… Dès qu’ils vont retrouver les parents, ils vont se calmer tout de suite. Et l’inverse…
C’est plutôt l’inverse, on ne va pas les entendre, et dès qu’ils retrouvent les parents, ils expriment tout ce qu’ils ont retenu en fait. C’est comme s’ils se retenaient et, puis une fois qu’ils voient les parents : ils s’autorisent à dire « j’ai mal je ne suis pas bien, j’ai ci, j’ai ça ». Du coup, ils pleurent un bon coup.
Il y a un peu… Plus, je dirais, oui, en fonction du tempérament, de l’éducation… Mais c’est vrai que la douleur est bien gérée maintenant donc, c’est difficile à expliquer, à évaluer.

ANNEXE XI. Retranscription de l’entretien n°2.

Pouvez-vous me décrire votre parcours professionnel ?
Alors, moi, j’ai tenté les concours infirmiers après l’obtention d’un bac SMS. Je ne les ai pas réussis donc, j’ai fait une formation d’aide-soignante. J’ai travaillé pendant un an en tant qu’aide-soignante, plutôt en service de gériatrie. Puis, j’ai de nouveau tenté les concours infirmiers, que j’ai réussis. Donc, j’ai obtenu mon diplôme d’état infirmier en 2003, et, je suis arrivée ici en chirurgie pédiatrique.
Ce n’était pas vraiment mon choix de travailler avec les enfants à la base, mais bon, voilà… Il a fallu un petit temps d’adaptation, quand on est jeune diplômée, qu’on n’a pas fait trop de stage auprès des enfants…
J’avais juste fait un stage aux urgences pédiatriques, donc lorsqu’on se trouve un peu propulsée auprès des enfants : bon bah, il y a un petit temps d’adaptation ! Mais bon, après, c’est vrai qu’un service de chirurgie pédiatrique, c’est vrai que c’est agréable quoi, de travailler avec les enfants. Je me suis bien habituée, et je ne regrette pas. Donc cela fait quatorze ans que je travaille ici ! C’est vrai que je n’ai pas vadrouillé à droite à gauche.
Durant votre parcours, avez-vous suivi des formations diplômantes ? ou bien continues ?
Eh bien, oui. Moi, je suis correspondante douleur au sein du service.
J’ai fait la formation d’hypnoanalgésie comme beaucoup le font aussi dans le service, maintenant. Je n’ai pas fait de formation de puéricultrice, car je voulais rester travailler en chirurgie…
Je savais qu’à l’hôpital, les puéricultrices occupaient souvent les postes de médecine, de réanimation ou aux urgences. Ici, en chirurgie, ils ne prennent pas forcément de puéricultrices, et je voulais garder ce poste.
D’accord. Pouvez-vous m’en dire plus sur l’hypnoanalgésie ?
Ça fait trois/quatre ans déjà que j’ai fait cette formation, par l’Association SPARADRAP.
Ah. C’est une formation qui dure combien de temps ?
Ça doit être cinq jours en tout, entre deux périodes. Ça doit être trois jours, et après on doit se revoir un peu plus tard pour deux/trois jours, de nouveau.
C’est une formation qui a été financée par l’hôpital ?
Ah oui oui. C’est une formation qui est prise en charge par l’hôpital, oui. C’est une formation interne. Il y a un intervenant qui vient. Et, du coup, le but c’était d’essayer de former le plus possible de personnel du pôle.
D’accord. Pouvez-vous m’expliquer un peu en quoi l’hypnoanalgésie consiste ?
Eh bien, l’hypnoanalgésie, ça permet de distraire les enfants en leur faisant penser à différentes sensations. Donc, il y a les couleurs déjà : les faire voyager auprès des couleurs qui vont être différentes, les couleurs de l’arc en ciel qui font un peu rêver. L’odeur : une odeur que l’enfant aime bien, on va lui dire « bah oui regarde là t’es en train de manger une glace à la vanille, tu sens l’odeur de la glace ? ». Tout ça, va essayer de les faire voyager… Il y a quatre accès : visuel ; l’odorat ; le toucher… ça s’appelle le « VAGOG » je crois, j’ai du mal avec le nom.
Il y a quatre/cinq termes, qui correspondent chacun à une sensation du corps, qui les fait penser à une sensation agréable pour eux quoi. Donc, on essaie de faire des histoires sur les thèmes qu’ils aiment bien, en intégrant ces différentes valeurs dedans.
Du coup, ils vont se sentir dans une atmosphère agréable, et ça va les décontracter. On va aussi utiliser des métaphores pour expliquer les choses. Par exemple, pour prévenir d’une piqûre : on va dire « tu vas sentir le petit papillon qui va se poser sur ta main ».
Et donc, selon vous, ce parcours, que vous a-t-il apporté dans votre pratique professionnelle actuelle ?
Et bien c’est vrai, que j’ai évolué depuis que j’ai commencé à travailler, parce que l’hypnoanalgésie, c’est vrai que l’on n’en parlait pas, moi quand j’ai commencé. On en parle depuis trois/quatre ans à peu près. C’est vrai que cela permet d’aborder le soin différemment : par le jeu, de faire distraire les enfants, de leur faire penser à autre chose, et être moins centrés sur le soin que l’on va faire. Je vois, les enfants de quatre/cinq ans, ils aiment bien les dessins animés, la « pat’patrouille » par exemple pour les garçons. Et c’est vrai que j’arrive à les faire partir un petit peu dans des actions qu’ils vont imaginer lorsque je vais discuter avec eux quoi…
D’accord. A quels moments avez-vous vous recours à l’hypnoanalgésie ?
Généralement, je le fais plus pour un soin douloureux, ou une prise de sang. Après, ça peut être des pansements aussi, cela dépend de ce que l’on va faire comme soin. Et puis, ça dépend de comment est l’enfant aussi… C’est vraiment le soin, si je sens que ça va être difficile, je vais partir sur ce qui a bien fonctionné.
On essaie de faire une traçabilité, si une collègue a travaillé sur tel sujet, on va reprendre le même sujet parce qu’on sait que ça marche bien quoi.
Oui. Par rapport à vos débuts en pédiatrie, notez-vous des changements ? Que faites- vous aujourd’hui que vous faisiez différemment de ce que vous faisiez au début ?
Oui, effectivement. Comme je le disais, j’arrive à les faire voyager sur différents thèmes…
C’est vrai que, automatiquement, d’emblée, on met en place des choses, un petit peu de manière aléatoire je dirais, sans penser que c’était de l’hypnoanalgésie que je faisais. Je les faisais penser à autre chose, mais je n’allais peut-être pas en profondeur du sujet, je survolais le sujet.
Et c’est vrai que là… J’étais plus dans les soins compliqués, j’étais plus dans « il faut faire le soin, j’y vais ». Effectivement, c’était plus difficile quoi. Après tout ça dépend de l’enfant, s’il adhère ou pas.
Oui… Selon vous, comment les enfants appréhendent-ils l’hospitalisation ?
Alors, il y a des enfants, on va leur expliquer et ça va très bien se passer. Ils ne vont pas être anxieux car les parents ont bien expliqué. On a un petit livre que les parents ont en consultation, qui explique l’anesthésie, ce qu’il va se passer, la pommade, le masque etc.
Et puis, c’est vrai que la prise en charge au niveau de la consultation de l’anesthésie, là, il y a l’association des Doudous d’Aliénor : ils donnent un masque, l’enfant le garde, il met de gommettes dessus. Donc, il y a tout un travail qui fait en amont pour que l’enfant arrive aussi plus détendu pour le jour de l’intervention quoi. Il y a la tablette, qui est mise en place aussi, donc ça aide.
Ca les détend beaucoup aussi quoi. C’est vrai qu’avant, et bien on n’avait pas de masque, pas la tablette… donc un enfant qui arrivait à reculons, c’était plus difficile de rentrer en contact avec lui. Là, quand un enfant on va faire l’accueil, si c’est un peu difficile, on va sortir la tablette : tout de suite, généralement, il commence à sourire, il va aller sur la tablette, et on va le sentir beaucoup plus détendu.
Les choses vont mieux se passer. C’est vrai que l’on a des retours assez positifs. Je voyais hier… j’avais une maman, son fils s’est fait opéré plusieurs fois, et puis là du coup, elle appréhendait. Et en fait, le fait qu’il y ait la tablette, bah l’enfant a mieux vécu les choses aussi quoi.
Si un enfant arrive anxieux, comment est-ce qu’il manifeste cette anxiété ?
De toute façon, c’est vrai qu’ils vont pleurer… Ils vont être refermés sur eux-mêmes, on ne va pas du tout réussir à communiquer avec eux. Et puis, le fait de leur mettre une blouse de bloc opératoire, certains enfants veulent pas du tout la mettre quoi.
Donc c’est compliqué. On s’adapte à l’enfant. On dit « bah cest pas grave, il l’a mise juste sur lui comme ça tant pis » ou bien « il part avec son pyjama à lui quoi c’est pas grave » mais on essaie de s’adapter pour que les choses se passent mieux quoi.
Par rapport à l’amygdalectomie, selon vous, les enfants redoutent-ils la douleur ou bien n’en ont-ils pas conscience ?
Et bien, est-ce qu’ils redoutent la douleur ? Non. Mais après ça dépend de comment ils ont été informés par les parents et par le chirurgien… Mais c’est vrai qu’à deux ans/cinq ans…
A deux ans, ils n’ont pas encore la notion. Si le médecin lui dit « ça va être une douleur comme une angine » : il va pas trop comprendre, on va plutôt lui dire « tu vas avoir mal à la gorge ». A six ans, c’est vrai qu’il va mieux comprendre déjà donc.
On leur dit les choses… Mais, c’est qu’après lorsqu’ils reviennent, qu’ils sentent vraiment la douleur. Donc après soit, c’est les médicaments qu’il faut donner en systématique. Ou bien en retour de bloc, bah, essayer de les faire penser à autre chose, de les faire sortir de la chambre pour qu’ils ne restent pas centrer sur leur douleur.
Après c’est un petit peu un cercle vicieux : s’ils ont mal, ils ne veulent pas manger. S’ils ne mangent pas, ils ont du mal à prendre les médicaments pour les calmer… donc il faut essayer de les faire sortir de leur environnement quoi.
Oui, je comprends. Autrement, je me posais la question : Avez-vous un moyen d’évaluation de l’anxiété ?
Entretien : expérience de l’infirmière et douleur post-opératoire
Ah. Non pas vraiment, c’est vrai, on remarque plutôt des signes…
D’accord. Oui. Vous ne disposez pas d’échelle par exemple qui permettrait une évaluation moins « aléatoire »… c’est vrai que je n’en ai pas trouvé beaucoup au cours de mes recherches. Alors, si je reprends ce dont vous m’avez déjà parlé… Par rapport aux ressources dont vous disposez, vous me dites que vous avez des tablettes, des livres pour informer enfants et parents… A propos des parents, quelle place leur donnez-vous dans le service ?
Et bien, les parents ne sont forcément une aide ici. Les parents peuvent très bien augmenter l’anxiété de l’enfant parce qu’ils vont être stressés, par le fait d’être à jeun, par exemple.
Certains parents, ça les stresse énormément. Ils disent « bah non, elle ne va pas supporter, elle va avoir faim » alors que l’enfant s’adapte, et du coup, il réclame pas du tout.
Donc les parents ne diminuent pas forcément l’anxiété de l’enfant. En tant que parents, on a tendance quand même à transmettre… l’enfant sent plus ou moins nos émotions. Après, les parents ont une place assez importante auprès de leur enfant hein.
Sauf si effectivement, ils sont angoissants pour l’enfant. Là, on essaie de leur faire comprendre, mais bon… Après si l’enfant n’arrive pas à prendre un médicament par exemple, et que le parent ne coopère pas, on va dire « bah vous sortez ».
On essaie de dialoguer avec eux pour que ça passe mieux quoi. En fait, ils accompagnent l’enfant jusqu’à l’entrée du bloc opératoire, ils voient l’anesthésiste. Et les parents remontent après, ils ne peuvent pas l’accompagner dans le bloc même.
Comment est vécue la séparation des parents par l’enfant ?
Et bien, on n’a pas trop de retour… Mais je pense que depuis qu’il y a les tablettes… Ils se prennent en photo avec les parents les enfants. Le but c’est qu’ils puissent regarder les photos, qu’ils voient les photos de leurs parents, pour qu’ils soient rassurés. Je pense que ça atténue leurs angoisses.
Après je ne suis pas en bas, pour voir vraiment comment cela se passe mais… et puis, on n’a pas forcément de retour des parents…
En préopératoire, par rapport à ce vous mettez en place, pensez-vous avoir une approche différente de celle de vos collègues ?
Et bien, moi je vais essayer de faire partir l’enfant sur des choses autre que l’intervention quoi. « tiens t’as un beau pyjama etc ». Et puis, éventuellement, lui proposer des jeux donc… Et puis, c’est vrai que maintenant on la tablette donc, effectivement, elle aide quand même bien à diminuer l’anxiété en préopératoire. Après…c’est vrai qu’on est toutes différentes aussi…
Donc, oui, j’ai surement une approche différente de mes collègues hein. Moi, j’ai tendance à être assez patiente. J’ai des collègues qui effectivement vont être moins patientes, qui vont être plus « rentre dedans », en disant « ressaisis toi tout de suite » alors que moi je vais essayer de dialoguer un peu plus, pour réussir à établir vraiment une relation de confiance, et que ça se passe mieux quoi. Mais, il y a une part de la personnalité, il y a le parcours, ce que j’ai vécu aussi personnellement…
Après dans le service c’est vrai qu’on est toutes expérimentées quoi… Ca ne tourne pas beaucoup. On a toutes au moins cinq ans d’expérience avec les enfants !
D’accord… Vous ne m’en avez pas parlé, mais utilisez-vous des techniques comme l’hypnose par exemple ?
Alors, du coup, ça va plutôt être de l’hypnose analgésie que je vais faire. Après je vais le divertir, est ce que l’on peut appeler ça de l’hypnose ? L’hypnoanalgésie c’est quand même plus léger, ils sont toujours conscients quoi, alors que l’hypnose ils se souviennent mais… Moi, c’est juste que leur esprit aille sur des histoires de dessins animés par exemple, ou aller à la mer, la sensation d’eau froide lorsqu’on fait un pansement, essayer de les faire voyager avec ça mais ça n’est pas de l’hypnose. C’est un degré un peu moins important que l’hypnose du coup.
Et, lorsque les enfants reviennent du bloc opératoire… Sur quoi porte votre prise en charge postopératoire ?
Euhm, la douleur dépend complètement des enfants. A deux ans, les enfants sont un peu moins douloureux. Plus ils grandissent, plus la douleur est importante. Mais certains enfants, avec les médicaments systématiques, ça va bien se passer.
Et puis d’autres, ça va être plus important. C’est quand même une douleur assez importante, l’amygdalectomie, c’est de l’équivalence d’une angine. Après, chaque enfant… Voilà, ils ont leur seuil de sensibilité différente de douleur. Il y en a qui vont vraiment se bloquer avec l’alimentation. Et d’autres, où ça va bien se passer quoi.
Très bien. Et, constatez-vous une douleur postopératoire exprimée en lien avec le niveau d’anxiété manifesté en préopératoire ?
J’allais dire que on les a pas forcément en post-op… Du coup, on ne les voit pas tout le temps. Après, ça dépend des cas. Il y en a qui vont être super anxieux et ça va très bien se passer. Et certains qui vont rester effectivement sur leur anxiété, le moindre petit truc ça va être… Le cathéter : ça va être immense… Tout va être difficile à gérer.
Si je comprends bien, ça n’aurait donc pas forcément de lien significatif avec le niveau d’anxiété manifesté en préopératoire ?
Si ça peut avoir un lien avec l’anxiété d’avant quand même mais… C’est vrai qu’un enfant qui est anxieux en pré-op oui, ça va être plus difficile quand même je pense… Il va rester avec cette anxiété-là. Sauf si, finalement, il n’est pas douloureux et qu’il va réussir à se détendre.
Là ça va bien se passer. Chacun réagit différemment aussi au traitement antalgique donc c’est un peu compliqué du coup. On a pas forcément vu l’enfant en pré-op et on ne le voit pas forcément en post-op non plus donc… Mais après un enfant qui est anxieux, il va rester anxieux.
On va peut-être réussir à diminuer l’anxiété mais il va rester anxieux. Avec l’expérience, on réussit quand même mieux à les rassurer, on sait de quoi on parle, il faut qu’on arrive à créer une relation de confiance en leur disant « là, ça va vraiment être quelque chose qui va te faire mal », « là, essaie de te ressaisir un petit peu, ça va aller », je pense que ça joue.
Voyez-vous une autre corrélation entre la douleur exprimée par l’enfant et un autre aspect ? Une caractéristique comportementale, ou bien sociologique (liée à sa culture par exemple) ou… ?
Euh… non.

ANNEXE XII. Retranscription de l’entretien n°3.

Pour commencer, peux-tu me parler rapidement de ton parcours professionnel ?
J’ai fait mes études à Paris. J’ai été au bloc opératoire. Pendant que j’étais en bloc opératoire, j’ai fait un DU de médecine tropicale. Après mon DU, j’ai fait aussi une école. Ça s’appelle « Bioforce développement », c’est une école pour l’humanitaire (logistique humanitaire).
Suite à ça, j’ai donc fait de l’humanitaire : je suis partie avec médecins sans frontières pendant cinq ans. Puis, je suis revenue, j’ai refait du bloc opératoire… En fait, en gros, dans mes vingt-sept ans de carrière, j’ai dû faire six/sept ans de bloc opératoire, six/sept ans d’urgence…
Et le reste du temps, c’a a été des années dans les services (cardiologie, pneumologie…) mais de nuit. Là, à la clinique, j’ai fait de l’ambulatoire, dernièrement. Et maintenant, je suis à la douleur : j’ai fait un DU douleur, il y a deux ans. Je suis à 100% à la consultation douleur, depuis janvier cette année.
Selon toi, qu’est-ce que t’a apporté ce parcours dans ta pratique professionnelle au contact des enfants (en ambulatoire) ?
Alors, moi, j’ai toujours aimé travailler avec des enfants, déjà. Et, je pense que pour travailler avec des enfants : il faut avoir un profil. N’importe qui ne travaille pas avec des enfants, comme n’importe qui ne travaille pas avec des personnes âgées.
C’est très différent. Tu sais, toutes les infirmières ont un profil. Soit tu aimes, soit tu n’aimes pas. Moi, les enfants, j’aime mais en chirurgie par exemple. Je n’aurais pas pu faire infirmière en médecine, chez les petits cancéreux, tout ça.
Je n’aurais pas pu. Mais, la chirurgie ça va. C’est vrai que moi, au début, quand j’ai fait de l’ambulatoire avec les enfants, ce n’était pas facile de savoir comment approcher les enfants.
Donc, j’ai demandé une formation ici. Et on a eu une formation, de un jour, sur l’approche des enfants en chirurgie.
D’accord, cela venait de toi ? Il s’agissait de ta propre initiative ?
Ouais, j’ai demandé. Et, suite à ça, c’est là que j’ai appris et compris la douleur. C’est de là, que j’ai voulu faire un DU douleur. Donc tu vois ça fait vingt-sept ans que je suis diplômée et ça fait trois/quatre ans seulement que ça m’intéresse autant.
Qu’est-ce qu’a apporté cette formation à ta pratique ? Comment cela s’est-il traduit ?
Je maitrisais plus, parce que je partais du principe qu’un enfant : il faut savoir s’il est « vierge ou pas d’hospitalisation ». D’accord. S’il a déjà eu un contact avec des blouses blanches ou pas.
Il faut savoir que s’il n’a jamais eu de contact avec les blouses blanches, ton premier contact sera hyper important pour sa vie adulte et, la douleur, rentrer à l’hôpital, et tout ça. Déjà, tu le sais. Ca veut dire que toi, quand tu vas prendre en charge un enfant, tu sais que tu es vachement importante quoi.
Tu sais que un enfant : il faut toujours le rassurer, lui parler, lui dire ce que tu vas faire. Tout le temps. Et le dire en même temps aux parents. Dans la formation, on te dit tout ça. Après en général, tu le repères. Tu sais déjà comment il va être au retour de bloc.
Tu vois si les parents sont trop près de lui etc… Tu vois comment il est. Donc au retour de bloc, tu vois un peu comme il va se comporter. Après au retour du bloc opératoire, il ne faut jamais les surprendre. Il faut toujours être à côté d’eux, toujours les distraire. Dès que tu fais quelque chose, tu les distrais.
Moi, quand j’enlevais un cathéter à un enfant, je leur chantais toujours une chanson (« la reine des neiges » parce qu’à l’époque c’était la reine des neiges), donc il faut apprendre des chansons pour les enfants, et voilà… Après tu apprends : pour les urgences, il y a toujours le Kalinox, pour les actes, pour les enfants. Il y a la distraction, les faire lire un livre, demander aux parents de raconter des choses etc.
Oui, je comprends. Et, lorsqu’ils arrivent dans le service, selon toi, comment est-ce qu’ils appréhendent l’hospitalisation ?
Ca dépend de :
_1) S’ils connaissent ou pas. S’ils ont eu une bonne expérience ou pas. Ça, c’est déjà super important. S’ils ont eu une bonne expérience, ça se passera bien.
_2) Comment ils ont été préparés. Comment les parents les ont préparés. Ça c’est d’une importance capitale. C’est pour ça que, souvent en consultation d’anesthésie, je pense que c’est là déjà que l’anesthésiste doit vachement lui expliquer, le briffer… etc.
Si je comprends bien, la consultation d’anesthésie se fait donc en présence de l’enfant, c’est ça ?
Ah ouais ! Ah oui, oui, oui. Ça c’est obligatoire. L’enfant doit toujours être là.
Et puis, tu sais quand tu arrives : soit il se met à crier parce qu’il te voit, ou alors sinon, il est très compatissant etc, mais ça dépend de comment il a été préparé avant. Il peut être très impressionné. Tu sais, la douleur…
On a tous une mémoire de la douleur. Ça veut dire que quand t’es tout petit et que tu tombes, que tu te blesses, si ta maman court et qu’elle est paniquée, l’enfant, il a ça en mémoire. Ça veut dire qu’il sait, que lui, quand il aura quelque chose…
Ô là, il peut, il a le droit de pleurer. Un enfant qui tombe ou qui se blesse, à qui tu ne dis rien, tu dis « boh ça va, ça va aller » tu vois, cet enfant là il sera plus dur à la douleur. Donc, tu vois, en tout cas le rapport avec les parents et les enfants… tu vois un peu comment ça va se passer.
Le rapport qu’il a déjà eu, lui, à la douleur. Comment ses parents se sont comportés quand il avait mal au ventre etc, ça c’est vachement important aussi.
Tu évalues cela dès le premier contact ?
Tu essaies de voir….
En posant des questions ?
Euhm, surtout en regardant. Tu sais au premier contact, en ambulatoire, tu ne leur poses même pas de cathéter. Tu ne fais rien. Tu fais juste un questionnaire, déjà tu vois s’ils arrivent à répondre/pas répondre, si la maman répond tout le temps.
Si… quand tu donnes la prémédication, tu vois si il la prend ou pas. S’il dit qu’il en veut pas, et que la mère le laisse dire qu’il n’en veut pas : bah non, t’as pas le choix, il y a une prémédication, tu dois la prendre. Tu vois comment les parents se comportent un peu. Si c’est lui le chef, que c’est lui qui décide…
Voila. Quand, au retour de bloc, tu vas lui dire « bah il faut prendre tel médicament, tel truc pour la douleur », il en voudra pas hein. Après quand un enfant a mal, il faut d’abord lui demander où il a mal. Parce que les enfants, en fonction de l’âge ils ne savent pas trop comment s’exprimer, tout ça. Il faut lui demander où il a mal.
Et quand tu lui donnes le médicament, il faut savoir lui dire que ça va guérir mais pas tout de suite, tu peux lui dire que c’est magique par exemple, ça il comprend. Un enfant, il comprend la magie, les fées, il croit en tout. Ça, tu peux lui dire. « Ca c’est un produit magique » par exemple. Toutes ces petites astuces-là qui font que…
Selon toi, ces astuces, sont-elles le fruit de ton expérience ou bien est-ce plutôt instinctif ?
Je pense qu’il y a de l’acquis. Ça veut donc dire que tu l’as appris. Moi, je sais que mon DU douleur, parce que le DU douleur traite de la pédiatrie, et la formation m’ont vachement apporté. Après, moi, je sais que j’adore m’occuper des gamins.
Il y a un profil hein. Moi, j’ai des collègues en ambulatoire, lorsqu’il y a des enfants et qu’ils pleurent : elles n’aiment pas trop. Elles préfèrent les adultes. Les amygdales, tout ça… Elles me disent « tu le fais quoi ». Donc, tu as un profil.
Par rapport à ta prise en charge préopératoire : tu me disais que tu observais beaucoup au début… Sur quoi encore porte-t-elle ?
En fait, il faut toujours essayer de rassurer l’enfant. Si tu peux essayer de te mettre à sa hauteur par exemple, au lieu d’être grande… Tu peux essayer de t’asseoir à côté de lui. Tu peux essayer de jouer un peu avec lui, pendant le questionnaire…
En ambulatoire, le pré-op il est rapide. C’est un interrogatoire, t’as pas beaucoup de temps : l’enfant est à peine arrivé, que cinq minutes ou dix minutes après, on vient déjà te le chercher.
Ça veut dire que pour un enfant, même si on te presse, il ne faut pas te presser. Jamais pour un enfant. Parce que le problème c’est que le post-opératoire ne sera pas bon quoi. L’adulte c’est l’adulte, l’enfant c’est autre chose quoi. L’enfant : tu prends le temps.
Tu peux lui dire « Là, tu vas partir, quand tu reviendras papa et maman seront là, ils t’attendront, t’inquiète pas ». Tu vois ? Rassurant un petit peu.
Oui. Mais, comment ça ? Le fait de le tenter de le rassurer par rapport à la présence postopératoire de ses parents veut-il dire la séparation peut, possiblement, représenter une situation anxiogène, pour l’enfant ?
Ouais… Tu vois, souvent, ils accompagnent.
A la clinique, ici, leur accompagnement se fait jusqu’à l’entrée du bloc ?
C’est ça. C’est pour ça que nous, il faut à tout prix que les parents soient présents au retour de bloc. Il ne faut pas que lorsque l’enfant revient dans le box, les parents soient partis prendre un café quoi. Ça, ça ne le fait pas.
C’est nul. Il faut que tu leur dises « vous allez boire un café, trente minutes, et vous remontez. ll faut que vous soyez là quand l’enfant remonte du bloc. Il ne faut pas que l’enfant arrive et ne vous voit pas ». Pour lui, ce sera catastrophique.
Catastrophique ?
Oui. Déjà il part, il quitte ses parents. Il revient, ses parents ne sont toujours pas là, alors que toi, tu lui dis que les parents vont être là. Au niveau de la relation de confiance, c’est pas ça.
Après tu lui dis « t’inquiète pas, tes parents ne vont pas partir, ils restent maintenant avec toi, le bloc s’est bien TRES bien passé, pas de souci, si tu as mal : on te donnera un produit magique » voilà. Ce genre de choses. Un enfant c’est du temps, c’est important.
A quoi repères-tu l’anxiété chez un enfant ?
Il crie. Un enfant qui crie, qui pleure.
Y-a-t-il, selon toi, des signes propres à l’anxiété qui diffèrent de ceux de la douleur ? Dans le cas de l’amygdalectomie, lors de leur arrivée, ils ne sont normalement pas douloureux… Si ?
Non, ils n’ont rien. Ils sont comme toi et moi. Le problème c’est qu’ils n’ont rien, et quand ils reviennent ils ont hyper mal…
En général, on essaie de leur donner les antalgiques qu’il faut. Si c’est en ambulatoire, les enfants ne sont pas censés partir avec une douleur importante. Donc, on peut leur rajouter ce qu’il faut.
Un enfant qui pleure tout le temps, tu lui donnes quelque chose, ça ne sert à rien de le laisser. Il ne faut pas confondre, parce que des fois, au retour de bloc il y a des mauvais réveils anesthésiques.
C’est à dire que les enfants : tu les endors, et après tu leur mets quelque chose pour qu’ils se réveillent, pour les ex-tuber, sauf qu’ils n’ont pas spécialement envie de se réveiller.
Ça veut dire que quand ils reviennent en ambulatoire, eux ils ont plutôt envie de dormir, donc, ils sont grincheux, ils pleurent etc. Les parents disent « il a mal », mais en fait c’est pas trop ça, c’est qu’il a un mauvais réveil.
Là, il faut que leur dire « Ecoutez, il faut à tout prix qu’il redorme, et qu’il se réveille de lui-même, de son propre chef. Et vous allez voire, lorsqu’il va se réveiller il sera beaucoup mieux, mais là, c’est le mal être qui est là ».
Ils sont pas bien quoi, donc, ca chouigne… Parce que souvent en post-op, ils ont quand même tout ce qu’il faut pour la douleur. La douleur est essentiellement gérée en salle de réveil.
Alors, pour poursuivre, tu m’as dit que tu utilisais beaucoup la distraction… Est-ce que tu peux avoir recours à d’autres ressources ? comme l’hypnose, par exemple ?
Non… Mais je veux me former en hypnose. En octobre/novembre normalement. Parce que justement, je trouve que l’hypnose conversationnelle, par exemple, avec des enfants, c’est super bien quoi. Nous, en douleur, c’est pas mal aussi. Bon moi je fais pour la douleur mais…
Oui. En quoi consiste l’hypnose conversationnelle ?
Et bien, dans l’hypnose conversationnelle, tu choisis un peu tes mots quoi. Tu fais attention à ne pas utiliser de termes porteurs de sens négatifs, par exemple. Le but c’est de détourner l’attention du patient sur un point de fixation.
Est-ce que selon toi, le recours à l’hypnose conversationnelle auprès de l’enfant avant de partir au bloc opératoire peut « faciliter » sa prise en charge à son arrivée en salle de permutation ?
Ah bah oui. C’est sûr. Nous, au bloc opératoire, les anesthésistes sont beaucoup formés en hypnose pour l’endormissement et la gestion de l’anxiété, mais les infirmières ne sont pas formées en amont, justement, c’est dommage.
Autrement, de nouveau rapport aux parents… Quelle place leur donnes-tu ?
Je pense qu’il faut totalement leur donner leur place dans le service. Le parent : c’est lui qui connait. Donc, si toi tu sais pas, tu leur dis « mais vous trouvez son comportement normal ? il pleure normalement ?
D’habitude il est fatigué comme ça ? Il chouigne comme ça d’habitude ? » Et… les parents, ils le savent mieux que toi de toutes manières.
D’accord. Est-ce que cela signifie qu’ils représentent un atout pour la prise en charge de l’enfant ?
Moi, j’aime qu’il y ait pas les parents. Il me faut les parents. Après, il y a un ou deux parents qui peuvent être nocifs des fois…
Des parents plus « porteurs de soucis » quoi. Parce qu’ils sont trop stressés, et qu’ils transmettent le stress à l’enfant, donc, notre rôle c’est aussi de déstresser les parents, ce qui fait qu’ils détressent l’enfant.
Comment est-ce que tu t’y prends dans ces cas-là ?
Je leur explique. Je recommence. De toutes manières, quelqu’un qui est stressé, c’est qu’il ne comprend pas. Il faut qu’en face de lui, il ait quelqu’un qui lui explique comment ça se passe, et quelqu’un qui soit sur de lui.
C’est à dire que si tu vas voir un patient et que tu lui dis « Bon, voilà, je vais vous mettre du Profenid : c’est un anti-inflammatoire. L’anti-inflammatoire, il va agir au bout de trente minutes. D’accord. Au bout d’une heure, il sera à son maximum. D’accord. Et, il va faire effet pendant deux ou trois heures.
Ça, c’est le protocole. Maintenant, si vous, vous estimez que ça ne va pas, vous m’appelez il n’y a pas de souci. ». Et ça, ça va faire diminuer la douleur.
Tu lui donnes et toi, quarante minutes après tu repasses et tu vas voir… Il faut expliquer, et surtout montrer que tu connais les choses. Si tu fais l’indécise : « je sais pas, est ce que je donne un médicament ? est ce que je n’en donne pas ? est ce que je préviens l’anesthésiste ? est ce que je ne préviens pas ? etc »…
Cette assurance découle directement de l’expérience, après hein. Mais, bon, après tu peux toujours être une jeune diplômée, ne pas trop t’impliquer dans ce que tu dis, et aller demander rapidement à une collègue puis revenir. Ça c’est pas exclu.
Oui, je vois. Euhm, tu m’as parlé de ta prise en charge post-opératoire… La question que je me pose en lien avec cette dernière, c’est : Est-ce que tu constates une douleur exprimée postopératoire en lien avec le niveau d’anxiété préopératoire de l’enfant ?
Ah bah oui ! Quelqu’un qui part anxieux, on sait qu’il va revenir : il va plus se plaindre. Le but principal, c’est de déstresser dès le début. C’est quoi le but de la prémédication ?
C’est que l’on sait que les gens qui partent déstressés, quand ils reviennent ils sont mieux. Plus les gens partent dans de bonnes conditions, et mieux est le retour. Et ça, chez les enfants tout pareil.
Pour toi, quelles sont les choses les plus importantes, dans ton approche, pour justement gérer cette anxiété ?
Déjà à partir du moment où tu prends en charge un enfant, tu le prends du début à la fin. Ça veut dire que même s’il est treize heure, que tu fais tes entrées, que tu ne t’occupes plus des patients comme cela se passe en général…
Et bien, c’est toi, qui iras enlever le cathéter au gamin que tu as suivi. S’il doit partir au moment où tu es encore là, c’est toi qui finis quoi.
Tu ne laisses pas des enfants. C’est la relation de confiance. S’il doit rester un peu plus longtemps, et que tu ne peux plus le suivre, tu préviens l’enfant « tiens ça sera ma collègue ect » c’est important. Tu le connais, le lien s’est instauré.
Après… c’est possible qu’avec un enfant, ça ne se passe pas très bien, parce qu’il ne fait que de pleurer etc. Et toi aussi, des fois, tu as le droit d’être « un peu… » : tu ne peux pas toujours être zen, cool, et tout ça. Des fois tu peux te dire « oh il m’énerve ».
Dans ce cas-là, c’est bien aussi de passer la main, parce qu’il peut retrouver une infirmière qui est plus disponible. Des fois, voilà, tu as plein de travail, et ta prise en charge ne sera pas la même quoi.


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