Les anticipations rationnelles: les marchés financiers - WikiMemoires

Les anticipations rationnelles: les marchés financiers


1.2.2 Les anticipations rationnelles et leurs implications

Outre la rationalité du comportement, la théorie de l’efficience des marchés financiers suppose que les agents font des anticipations rationnelles.
En effet, à chaque instant le cours observé est égal à sa valeur fondamentale, cette dernière étant définie sur la base des anticipations rationnelles des agents concernant les dividendes. On définira tout d’abord le concept des anticipations rationnelles avant de présenter ses diverses caractéristiques et implications.

a. Définition et contenu

Selon J. F. Muth (1961), «Les anticipations, dans la mesure où elles sont des prévisions bien informées d’événements futurs, sont essentiellement identiques aux prévisions d’une théorie économique correcte»6. Cette hypothèse de travail deviendra par la suite la pierre angulaire de toute la théorie sur les anticipations rationnelles.
Cette hypothèse assimile essentiellement deux concepts distincts; elle pose d’une part que les agents économiques ont des anticipations concernant certaines variables (économiques, subjectives et psychologiques). D’autre part, ces anticipations sont les espérances mathématiques conditionnelles de ces variables.
Autrement dit, les anticipations subjectives des agents sont, en moyenne, égales aux vraies valeurs de la variable. Cette conclusion nous permet d’affirmer qu’il y a une réelle liaison entre les croyances économiques de chacun et le véritable comportement hasardeux et statistique du système (stochastique).
C’est là, l’originalité de la démarche des anticipations rationnelles. Si l’agent peut prévoir correctement l’évolution des variables exogènes et s’il connait la relation entre ces variables et la variable endogène, il formera des anticipations rationnelles [A. d’Autume (1985), p. 7].
Formellement, nous pouvons définir l’hypothèse d’anticipations rationnelles de la manière suivante
hypothèse d’anticipations rationnelles
Avec :
l'hypothèse d’anticipations rationnelles
E est l’espérance mathématique conditionnelle à l’ensemble d’information disponible.
Supposer que les anticipations sont rationnelles, c’est supposer que le modèle est juste. Cela nécessite la connaissance de la totalité des composantes influençant la variable à anticiper mais surtout le modèle gouvernant l’évolution de cette même variable. Chose qui n’est possible que si tous les agents utilisent le même « modèle »7 pour former leurs anticipations.
Ainsi, trois conditions sont nécessaires pour la formation des anticipations rationnelles

  • La spécification correcte du modèle liant la variable anticipée aux autres (omniscience)
  • La connaissance de l’historique de toutes les variables figurant dans le modèle (transparence)
  • L’estimation sans biais de la variable à prévoir (optimalité)

Après avoir défini les anticipations rationnelles et les conditions nécessaires à leur formation, nous allons exposer les principales implications et caractéristiques relevant de l’hypothèse des anticipations rationnelles.

b. Implications de la théorie des anticipations rationnelles

Les implications de l’hypothèse des anticipations rationnelles sont les suivantes :

– Les agents utilisent tous le même modèle

On suppose que les agents pour former leurs anticipations disposent du même modèle de représentation de l’économie. Ils pensent tous de la même façon.
Pour E. S. Phelps « ils sont tous des fondamentalistes, c’est-à-dire qu’ils utilisent tous le même modèle décrivant la façon dont les données fondamentales déterminent les divers prix et quantités de l’économie » [V. Mignon (1998), p. 20]. Selon cette idée, tout économiste avant d’utiliser un modèle de prévision doit en prendre en considération le fait que les autres connaissent son modèle et l’utilisent dans leurs anticipations.
Aujourd’hui sur la plupart des marchés financiers le modèle de prévision des cours boursiers correspond au modèle d’actualisation des dividendes futurs8.

– Les agents ont une information gratuite et illimitée

En partant du principe que les agents disposent d’une connaissance parfaite de la théorie économique pertinente (capacités illimitées de recueil et de traitement d’informations) et que les anticipations son rationnelles, alors, toute possibilité de réaliser des profits à long terme est éliminée.
En effet, selon J. F. Muth (1961) de telles occasions de profits sont éliminées si les visions des entreprises ne sont pas systématiquement différentes de celles de la théorie économique [idem, p. 20].

– Les anticipations rationnelles ne sont pas des prévisions parfaites

Notons que les notions d’anticipations ne constituent nullement des prévisions parfaites sauf en situation de certitude.
Or, les marchés financiers peuvent être dans la réalité caractérisés par des situations d’incertitude. D’ailleurs dans la plupart des cas, s’en est ainsi et les anticipations ne seront réalisées qu’en moyenne.

– Les anticipations rationnelles sont auto réalisatrices

Appelées aussi « prophétie auto-réalisatrices »9. Pour R. K. Merton, si les agents croient qu’un certain événement a une influence sur la variable à prévoir, alors on pourra constater qu’ils provoquent son apparition.
Pour C. Azariadis, « La seule croyance des agents en la relation entre deux événements suffit à l’engendrer » [V. Mignon (1988), p. 21].
Etude de l’efficience semi-forte des marchés financiers : cas de la bourse de Casablanca
Mémoire pour l’obtention du Master en Finance Appliquée
Université Cadi Ayyad de Marrakech – Faculté des sciences juridiques Économiques et sociales
_________________________
6 F. Mazerolle (2005), (page consultée le 9 Mai 2011), Histoire de la pensée et des faits économiques [en ligne], Adresse URL : http://www.mazerolle.fr/index.htm, http://www.mazerolle.fr/HPE/Contemporains.htm
7 D’après Arrow (1987), « le rôle des croyances collectives en économie », ce modèle n’est rien d’autre que celui qu’utilise l’économètre.
8 Il s’agit d’une approche actuarielle basée sur une estimation des futurs flux générés par une société, compte tenu du risque de l’actif économique.
9 Cette notion a été utilisée pour la première fois par R. K .Merton (1949) et repris dans l’ouvrage « Eléments de théorie et de méthode sociologique » Armand Colin, 1998


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