Dynamique concurrentielle du marché du pétrole - WikiMemoires

Dynamique concurrentielle du marché du pétrole


Dynamique concurrentielle du marché du pétrole : Concurrence imparfaite

II. La dynamique concurrentielle

Les acteurs de l’industrie énergétiques sont connus de tous; toutefois cette industrie regroupe des compétences si multiples qu’il est un peu difficile de s’y retrouver entre le pétrole lui-même et ses composés, ses substituts et les différents marchés. De plus ses acteurs sont très différents les uns des autres et une classification s’impose à ce stade.
D’autre part, malgré la concentration verticale relativement poussée, cette industrie doit maintenant passer par un processus de concentration horizontale pour assurer la rentabilité du downstream qui est pour l’instant en terme de profitabilité en partie «subventionnée » par l’upstream.

*** Les marchés de concurrence imparfaite

Par marché il faut entendre un lieu d’échange de droits de propriété où il existe une interaction entre les agents. Les concurrents vont tenter volontairement ou non de se placer dans une situation de dépendance mutuelle, où la mise en commun d’actifs conduit à une monopolisation (hausse de prix, hausse de profit et donc baisse de la concurrence).
En ce sens le marché du pétrole est un ensemble de marchés de produits différenciés non seulement par leurs qualités physiques et leurs localisations géographiques, mais aussi par la logique des marchés d’accumulation et de valorisation économique qui sont sous-jacents à la définition de ces qualités et qui pousse à la concentration. Cette concentration va se justifier principalement par la recherche d’efficience économique.
Il est régulièrement admis de qualifier l’industrie pétrolière d’oligopolistique. Une observation des chiffres d’affaires, des capitalisations boursières, ou des profits des acteurs semble effectivement pousser cette croyance.
Toutefois, selon Bain [1959] un marché est oligopolistique dès que la part de marché des 8 premières firmes est supérieure à 70 %. Les études faites pour le moment ne permettent pas de vérifier cette définition.
Cela dépend de beaucoup de facteurs comme le marché géographique concerné mais aussi à quel niveau de l’industrie on se place. Dans certain marché, l’industrie est loin de la définition de marché oligopolistique aussi bien dans le sens de Bain que dans le sens plus large de la notion d’interdépendance qui est la première conséquence d’un nombre restreint d’acteurs.
Les effets de l’interdépendance sont très importants dans l’exploration et l’exploitation qui est comme le montrera le chapitre 3 uniquement réalisé par un jeu de participation croisée (notion de pool).
Toutefois l’observation de parts de marché dans les stades de la distribution ou du raffinage pose problème. Quelle marché géographique faut-il considérer ? Aux EU, la distribution est hautement concurrentielle et seule les récents rapprochements de grands acteurs ont permis à des compagnies de dépasser le seuil des 10% de part de marché.
Ainsi la simple part de marché ne suffit pas pour qualifier un marché d’oligopolistique, mais c’est un élément essentiel car une faible part de marché conduit à une impossibilité d’influencer les conditions du marché, comme le voudrait un marché oligopolistique.
Il faut d’autre part considérer la contestabilité du marché [Baumol, Panzar et Willig, 1982]. En effet, la concurrence potentielle est déterminante dans les mécanismes de détermination des prix par un oligopole. Un marché est qualifié de contestable lorsqu’il n’existe aucune barrière à sa pénétration ou à sa sortie. Dans une telle situation, les entrants potentiels et les firmes en place bénéficient tous des mêmes conditions de coûts et de prix.
Le prix en vigueur est celui de concurrence pure et parfaite. Ainsi dans l’industrie pétrolière les barrières à la sortie dans le stade du raffinage et de la distribution étaient plutôt faibles. Dans les années 80 plusieurs firmes américaines (Gulf, Amoco et Marathon) ont pu se retirer du marché européen grâce à la faiblesse des coûts irrécupérables. La plus grande partie de ces actifs ont pu être rachetés par la KPC (Koweït).
La faiblesse des coûts irrécupérables, et donc des barrières à la sortie ont contribué à atténuer la concurrence qui régnait alors dans cette industrie par suite des excédents de capacité. La situation aujourd’hui semble bien différente selon les analyses les plus récentes. En effet, les raffineurs sont incapables de réduire les surcapacités qui existent toujours.
Ainsi des études récentes sur les huiles de bases, par exemple, ont montré que malgré les marges souvent négatives des producteurs les capacités continuent à augmenter car l’industrie à ce stade est bien trop fragmentée. Sortir du marché semble être une option que les acteurs excluent et préfèrent plutôt s’allier avec leur concurrent (voir le chapitre 4).
Toutefois ce qui reste le plus difficile est de déterminer la limite entre les différents marchés. Tirole [1988] montre ce problème de définition du marché. Si nous posons que 2 biens appartiennent au même marché si et seulement s’ils sont parfaitement substituables, alors pratiquement tous les marchés seraient servis par une seule firme…
Ainsi le marché du brut appartient à plusieurs marchés dont les plus visibles sont les différents marchés situés dans l’espace physique mais également différenciés en fonction des qualités. Ces différents marchés seront d’autant plus autonomes, qu’ils seront physiquement, techniquement, économiquement, et informationnellement éloignés.
Cet éloignement statique n’est lui-même rien d’autre que la cause de l’existence des différents marchés : le marché des transports et notamment des pipelines dont le réseau détermine les contours; le marché de la compétition technique pour améliorer les méthodes de prospection ou encore pour augmenter l’efficacité du raffinage qui donne accès à l’ensemble des pétroles bruts et définit les différences de qualité.
Ainsi comme l’industrie pétrolière est soumise à des rendements croissants du fait des ratios CF/CV élevé, la taille des firmes est déterminante; la taille minimale efficiente par rapport au marché est élevée et même croissante et conduit donc à une concentration [Frankel, 1946]. Les marchés seraient donc oligopolistiques. Cette analyse oublie les entrés potentielles et pour le moment seul l’upstream peut être qualifié d’oligopolistique.
De plus il faudrait se mettre d’accord sur la définition de profits supra-normaux car pour les réaliser, il faut être capable de maintenir un prix élevé durablement. Les prix du pétrole ont été élevé mais fluctuent, il y a donc instabilité; D’autre pat la raison de ces profits tiennent surtout dans le Cartel de l’OPEP qui maintient les prix artificiellement hauts. Cela produit des marchés du brut oligopolistiques mais cette situation est très instable.
Les désaccords perpétuels en sont le reflet. Et enfin, il faut rappeler que c’est l’OPEP qui contrôle le brut et non les multinationales, qui ne peuvent explorer et exploiter que sur accord du pays d’accueil. Il y a donc oligopole en amont mais la menace de perdre des positions est permanente.

*** Les offreurs

** Les grands producteurs

Il existe 2 groupes de producteurs [Dalemont et Carrié, 1994, pp.55-57]. Il s’agit tout d’abord des grandes Majors complètement intégrées verticalement de l’exploration à la distribution. Ces compagnies sont fort célèbres et très puissantes comme la Royal Dutch/Shell, ou British Petroleum, pour les étrangères et ELF et Total pour les Françaises, par exemple. Ce sont les compagnies les plus connues du public (Voir annexe).
Il faut aussi considérer dans ce groupe les «indépendants » par opposition aux Majors dont la taille bien plus modeste n’est pas un frein à l’intégration.
Il s’agit de compagnies comme la British Borneo, Premier Oil, Philips Petroleum Compagny, … Un peu plus loin encore dans le classement, il existe des compagnies nées sur l’initiative des pouvoirs publics comme la Neste, Petrofina, Daikyio,… Les acteurs sont nombreux mais ce qui caractérise cette situation c’est la domination des 10 Majors qui en terme de capitalisation boursière dépassent les 2 sous-groupes très largement.
Le second groupe est constitué par les producteurs contrôlés par les Etats de pays Arabes, Latino-américains, mais aussi Norvégien et Africains. Ces producteurs sont peu intégrés verticalement et se concentrent surtout sur la production; par contre, ce sont eux qui possèdent la plus grosse part des réserves mondiales de pétrole et sont les interlocuteurs incontournables des Majors pour la fourniture de la matière première. Il s’agit de société comme la Norvégienne Statoil, ou l’Iranienne NIOC ou encore la koweïtienne KPC.
Ainsi, en terme de réserve, les Majors ne contrôlent pas plus de 5% des réserves mondiales alors que les compagnies étatiques en contrôlent plus de 85% (Voir Annexe).
Dynamique du marché du pétrole : Concurrence imparfaite
L’avantage des Majors va se trouver dans un savoir-faire et une capacité de recherche et développement considérable. Les Etats producteurs ont besoins d’eux.
En terme d’influence à mesure que l’on descend dans la filière le poids des compagnies étatiques décroît considérablement; elles n’extraient que 50% de la production, et ne transforment que 25% des produits raffinés. La part des Majors est respectivement de 20%, et 45%.

** La concurrence

La concurrence dans cette ind  ustrie est assez facilement identifiable. En effet, du coté des menaces il existe les produits de substitution et les entrants potentiels d’une par;,iopr^$
t, et les fournisseurs et acheteurs d’autre part. Les produits de substitution sont constitués par les énergies électriques, mais aussi du gaz ou du charbon.
Cette concurrence à court terme n’est pas crédible pour 2 raisons; la première est que le remplacement des équipements existants serait beaucoup trop coûteux à mettre en œuvre et la seconde réside dans les propriétés du pétrole qui lui confer un avantage que ni le gaz ni l’électricité ne peuvent pour l’instant égaler [Dalemont et Carrié, 1994, p.8 note4]. Toutefois à plus long terme le gaz semble une option stratégique de plus en plus crédible.
Il existe aussi la menace de nouveaux entrants que la rentabilité de l’industrie peut attirer; les bouleversements à attendre sont assez aléatoires car il faut aujourd’hui un grand savoir-faire pour entrer dans ce secteur; de plus les perspectives d’avenir sont très incertaines et ne constituent ainsi un facteur d’attraction que dans la mesure où le candidat à l’entrée peut s’assurer un avantage décisif d’approvisionnement, et que si ce candidat possède le savoir-faire nécessaire.
Les compagnies étatiques possèdent aujourd’hui les réserves mais pas le savoir-faire.
La menace du côté des fournisseurs tient dans leur pouvoir de négociation; mais en réalité quelle est leur marge de manœuvre ? Ils ont à faire à de puissants groupes ce qui réduit considérablement leur marge de manœuvre. Il s’agit, ainsi, de firmes indépendantes de taille très modeste qui concentrent leurs activités sur des métiers très précis de l’industrie comme en particulier les prestataires de services ou les sociétés d’ingénierie.
Du côté des acheteurs la situation est plus contrastée; mais qui sont en réalité ces clients ? Il s’agit des compagnies elles-mêmes mais qui n’ont pas de pouvoir réel sur les prix, et qui n’ont aucun intérêt à bouleverser la situation.
Seul l’OPEP pourrait avoir une influence; les prix sont artificiellement hauts certes, toutefois les désaccords perpétuels et les non-respects des quotas peuvent permettre de douter de cette force. Il s’agit également des consommateurs finaux ou intermédiaires au pouvoir très limité.
Parmi ces intermédiaires il existe des sociétés comme Yacco qui produisent des lubrifiants à partir d’huiles de base achetées aux Majors. Il s’agit aussi de toute l’industrie pétrochimique qui dépend des approvisionnements en pétrole.

*** Vers un processus de concentration inévitable

Les ambitions du groupe des compagnies étatiques sont considérables; pendant des années elles sont restées dans leur marché domestique. Peu nombreuses ont été les tentatives d’en sortir (KPC rachète le réseau de distribution, Q8, au Danemark). Les choses changent aujourd’hui. La Chinoise CNPC s’expatrie en Afrique ou au Kazakhstan et va titiller les Majors sur ses bastions historiques.
Les compagnies étatiques ne peuvent plus se contenter de leur marché domestique si elles veulent continuer à s’assurer une croissance. Cependant beaucoup d’analystes se demandent si le support politique est suffisant face aux impératifs techniques et aux larges moyens financiers aujourd’hui indispensables.
La richesse de ces compagnies tient essentiellement dans leurs réserves potentielles ou effectivement exploitées à l’opposé des Majors dont la richesse est contenue dans le savoir-faire.
De plus, ce mouvement des compagnies étatiques coïncide avec un désengagement relatif des Majors des activités avals aux marges très faibles et à la concurrence assez vive. Il semblerait que les compagnies étatiques seraient prêtes à accepter une rentabilité plus faible en échange d’une sécurité pour les débouchés du pétrole brut.
Le second développement à surveiller va venir des majors dont la vulnérabilité vis à vis des prix du brut est trop forte et peu compensée par les autres stades. Les profits viennent essentiellement de l’exploration/production, or si les prix du brut baissent la rentabilité des firmes s’en trouve durement touchée. Les Majors sont obligées d’améliorer les marges des stades en aval.
La réduction des coûts n’a pas été suffisante, et un processus de concentration est donc inévitable par le biais de rachats, de fusion mais aussi de rapprochements en filiales communes. Les parts de marché globales étant extrêmement faibles cela ne devrait pas pour le court et moyen terme poser de problème.
D’autre part, Franco Barnabé (Chief Excecutive à L’ENI) croit que les acteurs du secteur vont rechercher des alliances, pour marier les compétences des Majors aux réserves des compagnies étatiques.
Ceci n’est toutefois pas pour le court terme car pour l’instant tout le monde veut devenir une 11ème Major. Les mariages ont donc ainsi lieu entre les grands groupes occidentaux, et avec une participation de petits acteurs locaux par le biais de joint venture.
L’objet de ce mémoire est d’étudier ces accords de coopération. L’organisation de cette industrie en dépend fortement. Ils sont omniprésents et l’ont d’ailleurs toujours été. L’organisation repose aussi sur les relations entre les acteurs avec l’opposition Majors-Indépendants; l’opposition est une réalité historique car elle a toujours existé.
Cependant cette opposition est surtout de nature ponctuelle pour les indépendants qui par définition ne sont présents que sur des segments de l’industrie. Mais surtout, l’organisation de l’industrie pétrolière repose sur l’intégration verticale des Majors qui sont tous présents partout et à tout niveau de l’industrie.
Industrie du pétrole : Alliances dans l’Industrie Pétrolière
Mémoire réalisé dans le cadre du DEA D’Economie Industrielle
Université de Rennes 1
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Entreprise de conseil basé à Edinburgh, et spécialisée dans l’industrie pétrolière.
Une délimitation précise des marchés serait possible à l’aide des élasticités croisées des prix des produits ; ainsi plus celle-ci est faible plus la dépendance des 2 ou plusieurs marchés est forte. Cette mesure dépasse toutefois le cadre de ce simple mémoire.
Le classement du Financial Times (FT 500 de janvier 1997) place les 10 Majors parmi les 100 premières firmes mondiales alors que les autres suivent très loin derrière (quand leur nom apparaît) (Voir aussi Annexe).
Financial Times, Global Business Outlook, janvier 1998.
Comme Fergus MacLeod (NatWest, Edinburgh)
Financial Times, 19.02.1998, p13.


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